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Tunisie/Université : Il y a péril en la demeure ! Imprimer
Publié le Dimanche 31 Janvier 2010 à 17:33
L'université est en mal de repères.Des relations entre enseignants et étudiants qui se dégradent et tournent au vinaigre, des étudiants qui recourent impunément au plagiat, des professeurs qui empochent des pots-de-vin, l’université dérape, et s’empêtre dans un laxisme condamnable. 

L’université est perçue dans l’imaginaire collectif comme étant la sphère des privilégiés, ces intellectuels accomplis ou en voie d’accomplissement. Elle rassemble l’élite du pays, celle qui donne l’exemple, éclaire les esprits et montre la voie. Tout naturellement, les relations en son sein devraient être basées sur le respect mutuel. Etant entendu que ses différents acteurs sont matures, et forcément redevables de civilité et de  moralité. Dans la dialectique enseignant/enseigné, l’étudiant a pleinement le droit d’acquérir les connaissances pour lesquelles il a consenti tant de sacrifices ;  il doit, en contrepartie, vénération à son professeur. Pour sa part, ce dernier a la lourde responsabilité de prendre l’étudiant par la main afin qu’il puise dans le vaste océan du savoir, en le dotant des instruments de réflexion, d’analyse et de synthèse qui feront de lui un universitaire digne de ce nom.

Mais tout cela ne semble être que de la pure théorie ; la pratique est hélas tout autre. Les rapports courtois cèdent la place à des tensions de mauvais aloi. Les rôles se confondent, l’échelle des valeurs est chamboulée, et chacun peine à s’en tenir à sa place. Les professeurs qui devraient, dans l’ordre naturel des choses, avoir l’ascendant, se trouvent confrontés  à une certaine autorité autoproclamée et incongrue, celle de leurs étudiants qui n’hésitent pas à les "corriger", s’ils venaient à exercer leur autorité naturelle.

Ce professeur de sociologie, la cinquantaine passée, constate avec grande amertume la dégradation des relations entre professeurs et étudiants. Lui-même en a fait les frais tout récemment. "L’autre jour, alors que j’étais en cours, une étudiante s’est amenée avec une heure de retard,  je l’ai autorisée  à entrer, d’autant que le temps était pluvieux. A peine que je me suis retourné vers le tableau, qu’elle s’est jetée sur la feuille de présence dans l’intention de la subtiliser. Mais Mademoiselle, lui dirais-je, vous n’avez pas le droit de consulter cette feuille de présence, c’est un document qui doit rester entre l’administration et moi-même. Et alors ? A-t-elle rétorqué ? Où est le problème, ai-je commis un sacrilège ? Mon observation m’a valu une altercation où l’étudiante  a effrontément défendu son geste. Fini le cours, j’arpentais les couloirs de l’université, lorsque je l’ai croisée en compagnie d’un groupe d’étudiantes. Elle m’a, alors, infligé une volée de bois vert, et m’a traité de tous les noms. Je l’ai ignorée, me disant qu’il était inutile à ce que je réponde à une personne aussi impolie. J’ai saisi l’administration. Mais aucune suite n’a été donnée à ma requête. Des exemples analogues sont récurrents, et tous les collègues s’y heurtent au quotidien".

Cet enseignant respectable qui passe ses journées entre bibliothèques et amphis est triste de se sentir impuissant devant une telle dépréciation du professeur, et raconte au passage un autre fait grave. "L’autre fois, un professeur a été bastonné par son étudiant, parce qu’il lui a simplement reproché son retard. N’eût été l’intervention de ses collègues pour l’arracher des mains de son agresseur, les choses auraient pu être très graves. Là aussi, l’administration n’a pas bougé le petit doigt. Et comme à l’accoutumée, la protestation des professeurs est restée lettre morte". C’est ce à quoi ressemble aujourd’hui l’ambiance à l’université. "Des étudiants démotivés, des professeurs démissionnaires et démobilisés, qui courent derrière leurs propres intérêts". D’où les affaires, de plus en plus, fréquentes de corruption, avec des professeurs qui empochent des pots-de-vin de leurs étudiants pour leur garantir un bon déroulement des thèses. "Un professeur a exigé 40 mille dinars d’un étudiant du Golfe en contrepartie d’une soutenance de thèse, sans accrocs". Et personne ne semble pouvoir souffler mot. Aux dires de ce professeur, il est même un crime de lèse-majesté de critiquer, et même d’évaluer  le travail d’un collègue. L’évaluation des enseignants s’arrête, en effet, au grade du maître assistant. Au-delà pour les professeurs et les maîtres de conférences, il n’y a aucune évaluation possible.

Mais pourquoi une telle dégradation des relations au sein de l’université, a fortiori, entre des gens sensés. "Pour 36 mille raisons", nous répond un professeur chevronné qui sombre dans "la désespérance" (sic). "D’abord, la valeur de l’enseignement sur le plan social s’est dégradée. La vision consacrée de l’enseignement a cédé la place à une vision utilitaire. Aussi, il faut noter la disparition du contenu qui fait dévaloriser l’enseignant lui-même. On a enlevé leur substance aux études. La réforme actuelle, en l’occurrence, la généralisation du système LMD (Licence, Master, Doctorat), revient au système anglo-saxon avec les principes de semestrialisation, de crédits…sauf que ce système tel qu’il est appliqué ici, s’appauvrit en une condition majeure qui lui est consubstantielle, soit le nombre d’étudiants qui ne doit pas dépasser les 12. Alors que dans nos universités,  il y a des groupes de 60 et plus". Et de poursuivre : "Dans le système LMD, l’étudiant doit avoir la capacité d’intervenir au moins trois fois par semestre. Ce qui n’est pas possible avec un tel nombre d’étudiants ;  si 10 % des étudiants posent des questions, on sera venu à  bout de la séance d’une heure et demie.  Moi, je dis à mes étudiants en travaux dirigés (TD) au début de l’année, ne posez pas des questions, de toutes les façons, je n’y répondrai pas. Celui qui a une question, qu’il me la dépose par écrit  à l’administration, et j’y répondrai quand  j’aurai le temps".

Dire que le dialogue est rompu entre étudiants et professeurs ne serait au regard de cela qu’un euphémisme. .
"Par ailleurs, la tendance actuelle, soutient-il, est de faire de sorte à ce que les étudiants aient la paix. C’est ce qui fait que les termes de l’échange entre professeurs et étudiants se dégradent considérablement. Les étudiants ont uniquement la hantise du diplôme, et sont partisans du moindre effort, c’est qui les fait recourir de plus en plus au plagiat sur Internet. A chaque fois que je me rends compte de passages suspects, notamment en thèse,  je vérifie en ligne soit par mes propres moyens soit en les envoyant à des collègues en France qui sont dotés des systèmes à même de déceler les copier/coller".

Pour ce professeur  agrégé en linguistique, les problèmes de l’université s’expliquent par des "raisons syndicales avec une profession qui reste dispersée, dépourvue d’une représentation unique et d’une parole unique. 40 % des enseignants ne font pas partie du corps de l’enseignement supérieur, et n’ont pas droit ni à la parole, ni à la grève ni de prendre part aux commissions. Ce sont soit des vacataires, soit des contractuels ou encore des détachés de l’enseignement secondaire, qui, plus est,  n’ont pas les qualifications requises. Exemple, l’enseignement de la communication qui est généralisé à toutes les disciplines universitaires est souvent dévolu à des enseignants qui n’ont pas reçu de leur vie un cours de communication".

Les problèmes de l’université sont ce qu’ils sont, la réforme de l’enseignement supérieur continue son petit bonhomme  de  chemin. L’heure est maintenant à l’évaluation des établissements de l’enseignement supérieur. "On a reçu de l’argent de la Banque mondiale pour mener la réforme LMD. Pour que la BM nous verse le reste de l’argent, et pour que l’on puisse terminer la réforme, la BM nous a donné un canevas d’évaluation. Un groupe de 10 enseignants, toutes spécialités confondues, considérés comme étant des experts indépendants sont  "réquisitionnés" (sic) par le cabinet du ministre pour conduire cette évaluation. Ce groupe va faire le tour des universités du pays, Moknine, Gafsa, Sfax etc. pour évaluer les établissements d’enseignement supérieur selon des critères de pertinence, de viabilité, etc. ", nous confie ce professeur de l’enseignement supérieur qui fait partie du cénacle des experts. Entre-temps, notre interlocuteur est en train de mettre en place les modules pour développer l’enseignement en ligne. A l’inverse de l’université réelle qui bouillonne, à tous les égards, l’université  virtuelle se développe timidement en Tunisie, car s’appauvrissant  en structures, conditions et bases nécessaires. Entre le virtuel et le réel, l’université semble peiner à trouver son chemin.
H.J.   



 

Commentaires 

 
#16 Les routiers seraient sympa
Ecrit par Dédé     08-02-2010 10:39
Les routiers seraient sympas s'ils faisaient attention à ce qu'ils écrivaient.
Monsieur l'enseignant-chercheur en ingénierie, je ne suis pas satisfait de votre commentaire que je trouve d'un niveau très modeste aussi bien sur le fond que sur la forme avec tout le respect que je dois à la fonction qui semble trop dévalorisée chez nous et nous tourne au ridicule.
Je prie les lecteurs d'excuser ma sévérité et mon intransigeance sachant qu'en sa qualité, notre professeur devrait raisonner et écrire autrement et surtout se passer de conseils mal placées du genre : "faites attention", "il ne faut pas généraliser", etc..Des conseils bateau qui ne font pas avancer les choses.
Il s'agit de l'université en général, ce haut lieu du savoir qui, de par sa vocation devrait faire échec à la médiocrité et au laisser-aller.
Certains diront que je suis une mauvaise langue mais qui aime bien châtie bien, surtout quand l'enjeu est de taille.
 
 
#15 Et si on faisait attention à ce qu'on dit
Ecrit par le routier     07-02-2010 09:21
Bonjour,
étant enseignant-chercheur en ingénierie, je trouve que certains passages manquent de respect envers certains enseignants/universités/métiers. OUI, il y a de la corruption, mais il faut s'informer qu'il y a de grandes écoles, qui sont renommées, il y a des enseignants qui font le nécessaire, il y a des établissements où on respecte bien l'enseignant, où on donne tout l'opportunité de s'instruire à l'étudiant, de bien mériter son diplôme. Je dis cela car en lisant dans l'article: "Les professeurs", cela sous entend tous les prof, Or ce ne sont que certains que vous avez consultés/audités, mais il faut pas généraliser, car dans certaines institution (sans donner de noms) ces problèmes ne se posent même pas. tenez par exemple, j'enseigne au sud et au centre, les étudiants n'ont pas la même attitude envers le même enseignant et la même matière, tout revient à l'éducation des ces derniers, à la filière qu'ils ont suivis et bien sur au futur qui les attend et qu'il voient déjà,
je dis cela bien sur sans aucune double pensée ni pression pour l'écrire mais je ne suis pas totalement d'accord avec votre manière de dévaloriser université et enseignants comme çà, informez vous et faites attention.
 
 
#14 Tout le monde est d'accord
Ecrit par Dédé     05-02-2010 15:44
Tout le monde est d'accord que notre université est malade voir gravement malade.
Ceci est l'accomplissement d'un processus de désintégration qui n'a pas été détecté à temps faute de liberté de parler.
Ceci nous déshonore car il condamne notre présent et notre avenir.
Qu'est-ce que les pouvoirs publics vont tenter pour la sauver ?
 
 
#13 Jouaa....
Ecrit par Le Tunisien     02-02-2010 13:48
Adieu l'enseignement dans nos universités, les profs d'aujourd'hui ne sont pas à la hauteur de la valeur de l'enseignement dans notre pays.
Le manque de respect est une monnaie courante, le niveau est à son plus bas et la dégradation est inestimable entre les enseignants et son prof
 
 
#12 courage
Ecrit par C_moi     02-02-2010 13:20
je pense que l'etat actuel des universités et de l'enseignement d'une facon générale est comme a été dit causé par la corruption et l'ignorance,aussi a ajouter le manque ou l'absence de discussion et de debat lors de l'etude et de la mise en place d'un changement. generalement tout vient prefabriqué et on a négligé dans beaucoup de domaines , le facteur et l'acte de contrôler. rien ne peut se corriger s'il n'y a pas de contrôle et surtout d'accepter de corriger. bonne chance a nos descendants mais franchement ... bon courage
 
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