Depuis l’immolation par le feu de Mohamed Bouazizi, et les événements sociaux qui s’en sont suivis, les jeunes semblent prendre goût à cet acte macabre, comme symbole de protestation et de détresse sociale et psychologique. La banalisation relative du suicide, spécialement de la tentative de s’immoler par le feu, montre à quel point la tragédie de Mohamed Bouazizi a secoué les cœurs, et a éveillé ce sentiment de compassion et d’empathie au point que l’on culpabilise et que l’on veuille sentir la même douleur et la même souffrance. La recrudescence du suicide, propre à de nombreuses sociétés, est le reflet de mutations sociales, et l’expression d’un mal-être de l’individu qui se sent en quelque sorte incompris, voire rejeté par la société.
Imed Militi, sociologue, nous dit au téléphone, "je n’ai pas d’avis sur ce phénomène, je dirai comme Monsieur tout le monde, les gens se suicident parce qu’ils désespèrent". Ce sociologue qui déplore l’absence de travaux sur la question, estime que "le suicide existe depuis longtemps en Tunisie, mais ça n’avait pas autant de visibilité".
La multiplication des tentatives de suicide, ces derniers temps, dans la foulée des troubles sociaux doit nous interpeller à plus d’un titre, a fortiori que le suicide est interdit en Islam, religion de la quasi-majorité des Tunisiens. Dans une interview donnée au journal Assabah dans son édition d’hier, Othmane Batikh, mufti de la République est catégorique sur l’interdiction du suicide en Islam. "Le suicide ou la tentative de suicide est un crime et un grave péché (kabira). Il n’y a pas de différence, dans la charia, entre celui qui se donne volontairement la mort, ou celui qui tue autrui", a-t-il dit. "Dieu ordonne à ses sujets de ne pas se donner la mort, car, c’est Dieu seul qui ôte et donne la vie. Se suicider signifie qu’on désespère de la miséricorde de Dieu, qu’on vit un vide spirituel, et une faiblesse de foi".
Othmane Batikh lance un appel à la sagesse et à la maîtrise de soi. "L’être humain doit être sage, il doit savoir s’autocontrôler et vaincre les difficultés en faisant preuve de patience, de sérieux, d’effort, et en ne rechignant pas à accomplir tout travail honnête, afin qu’il ne soit pas un fardeau pour les autres". "La compassion avec les faibles ne se fait pas avec les pleurs et les cris, mais à travers des aides matérielles. Si les riches donnaient et distribuaient la Zakat (aumône légale appliquée au patrimoine du croyant) avec justice dans les régions les plus indigentes et qui en ont le plus besoin, on saurait lutter contre la pauvreté", a-t-il recommandé en substance.
Pour mieux cerner le phénomène du suicide en Tunisie, Gnet a posé des questions à Héla Ouennich, pédopsychiatre :
Existe-t-il des travaux sur le suicide en Tunisie ?
Il existe plusieurs études faites à l'échelle universitaire (thèses pour l'obtention du doctorat en médecine psychiatrique) mais l'étude qui a été faite à plus grande échelle, est celle du Professeur El Hechmi Zouheir, avec l'appui de l'UNICEF ; elle a concerné particulièrement les jeunes.
Quels sont les facteurs qui peuvent pousser quelqu'un à vouloir quitter la vie ?
Ces facteurs sont multiples : Il peut s'agir d'une maladie psychiatrique qu'il convient de traiter par le spécialiste (troubles bipolaires (TBP), schizophrénie, troubles anxieux ou dépressifs graves ou des passages à l'acte impulsifs entrant dans le cadre d'une pathologie limite de la personnalité. Dans ces cas de figure, l'acte suicidaire n'est pas très compréhensible par l'entourage.
Les conduites suicidaires les plus fréquentes sont plus un appel au secours qu'un désir réel de quitter la vie. Ils peuvent dans ce cas être en rapport avec des difficultés le plus souvent relationnelles, situationnelles ou réactionnelles.
Le suicide a certainement toujours existé en Tunisie, mais ces jours-ci, il a tendance à se banaliser, c’est comme s’il devenait un symbole, ou un moyen d’expression ? Qu’en dites-vous ?
Il y a souvent un effet "contagion" avec des réactions de masse parfois et qui témoigne d'une violence extrême qui est dirigée vers soi. Ce qui est sûr, il faut éviter la psychologisation en ramenant tout au psychologique et la victimisation en ramenant tout aux conditions sociales précaires.
En tant que pédopsychiatre et praticienne, vous arrive-t-il à détecter un certain mal-être chez les jeunes pouvant favoriser en eux des pensées suicidaires ?
Le mal-être psychologique a été retrouvé chez près des deux tiers des jeunes tunisiens (enquête sur les étudiants dont 12,5 % d'entre eux souffrent de troubles avérés). Pour ce qui est des idées suicidaires, elles sont fréquentes chez les jeunes. Elles reflètent certes un mal-être psychologique qui n'est pas forcément pathologique. En effet, le plus souvent ce sont des moments de passage douloureux qu'il convient d'écouter, de comprendre de manière empathique et de resituer sur le plan développemental.
Qu’est-ce qu’un jeune cherche à montrer en se suicidant, ou en faisant une tentative de suicide ?
Il exprime une souffrance extrême qu'il est incapable de mentaliser
Comment prévenir ce sentiment de désespérance extrême chez les jeunes ?
Il faut lutter contre la solitude surtout affective. L'éducation spirituelle est de plus en plus considérée comme un facteur de protection à tous les âges. Aux Etats-Unis par exemple, l'éducation spirituelle fait partie des thèmes d'éducation à la santé. En effet, donner un sens à sa vie, sentir qu'on fait partie du grand courant de l'humanité, œuvrer pour une cause pour le bien de l'humanité.... ne peut qu'aider les uns et les autres à dépasser les moments de désespoir, à être plus constructifs et pourquoi pas à devenir plus forts.
H.J.
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Commentaires
Ecrit par habboub 12-01-2011 10:31
A ceux qui m’ont critiqué et je respecte leur opinion !! Criez fort et dite halte aux pillages et aux coktail molotov !! Je défis tous ce qui ont parlé devant les chaines étrangères de dire ça !! car ils sont opportunistes et veulent utiliser ces émeutes – à l’origine légitime – à ses propres fins !! Ils vont se taire et vont dire « ce sont les milices du RCD qui a fait ça !!!! ha ha ha ha !!!! Un dernier mot aux forces de l’ordre :: TENEZ BON ET RABBI M3AKOM
Ecrit par habboub 11-01-2011 19:52
Ecrit par hichem 11-01-2011 18:40
Ecrit par Tunisien 11-01-2011 11:45
Arrêter d'applaudir dans les match et regardez votre avenir monsieur !!
la notion des pistons on la connait tous ! mais yezzi mel tlaklik !! elly yheb yekhdem 3ala rouhou hata ken famma des obstacles fianlement il réussira !! sans fautes !! avec la volonté, je repete "ceux qui pensent comme vous n'ont pas cette volonté"
Ecrit par Fathi 10-01-2011 19:51
Pas de piston => pas de boulot
Pas d'hypothèque => pas de crédit
Pas de pot de vin => pas de boulot
Vous semblait vivre déconnecté de la réalité d'aujourd'hui.