Gilbert Naccache craint le retour des Destouriens en Tunisie qui "cherchent à reprendre le pouvoir par les élections". Pour Fethi Ben Slema, "le danger vient plutôt d’Ennahdha qui dispose d’un appareil puissant et qui s’appuie sur un axe géostratégique USA/Qatar/Arabie saoudite". Le débat organisé mercredi 14 février à Paris par l’association confrontations tunisiennes avec le soutien du CRDLTH (Comité pour le respect des libertés et des droits de l’homme en Tunisie) et le manifeste des libertés, autour du thème "Changement(s) en Tunisie : les acteurs en question", a vu trois thèses s’affronter : celle de Gilbert Naccache, militant politique et écrivain, Fethi Ben Slema, psychanalyste et écrivain, et Hela Yousfi, maître de conférences à l'université Paris Dauphine.
Gilbert Naccache dit avoir essayé de comprendre ce qui s'est passé en Tunisie à partir de la chute du mur de Berlin. "Ma réaction vient d'une analyse de ce qu'était le régime de Ben Ali, et les raisons pour lesquelles il est tombé". Et d'ajouter : "Le régime de Ben Ali s’appuie sur un parti Etat qui agit à tous les niveaux. L'appareil légal est gangréné par le parti. Dans ce système, les ressources du pays sont entre les mains de l'Etat et du parti". Pour ce juif tunisien, "ce parti est toujours au pouvoir, je ne crois pas que la révolution l'a chassé de l'ensemble du pouvoir de l'Etat". Ces gens-là vont recommencer à rassembler tous les fonctionnaires du parti qui sont dans l'appareil de l'Etat, estime-t-il, admettant que Ben Ali n'est pas une déviation de ce système, mais une vérité.
Aux yeux de Naccache, "la révolution tunisienne n'est pas au départ une demande de démocratie, c'est une demande de justice, de dignité et de fin des inégalités. Or, on ne peut pas exercer une justice, sans exercer un jugement contre ceux qui ont exercé l'injustice".
"Le peuple est dans le refus définitif de toute autorité ; les gens demandent à être traités comme des citoyens, et non comme des sujets", relève-t-il. "Le peuple qui s'est révolté a obtenu le départ de Ben Ali et du RCD. La tentative de perpétuer le régime de Ben Ali au lendemain de la révolution était mise en échec", selon le conférencier qui s’en prend à Béji Caïd Essebsi, "il a renoncé à défendre l'impunité des destouriens, et a été obligé d'accepter les élections, et de se résoudre à partir". "Rien n'a été fait de sérieux sous Caïd Essebsi. En matière de justice, il n'y a pas eu de vraies expropriations, aucune mesure n'a été prise pour la transformation des appareils judiciaire et policier, l'administration est la même que sous Ben Ali, elle a mené une résistance passive à la révolution, aucune mesure de justice transitionnelle, et tout cela était volontaire". "Au lendemain de la révolution, on autorisé tous les partis systématiquement, sauf la ligue communiste et Ettahrir. Au milieu des 115 partis, il y a eu 12 partis destouriens qui sont restés tranquilles, maintenant, ils croient que leur heure est arrivée, ils veulent reprendre le pouvoir, ils n'ont pas osé le prendre le 14 janvier. Ni Morjane ni Jegham ces pseudo-démocrates n'osaient prendre le pouvoir le 14 janvier. Maintenant, ils veulent le prendre par les élections, mais les gens attachés à la révolution ne les laisseront pas faire".
Un parti puissant et de petites formations
Fethi Ben Slema marque son désaccord sur certains points, et se garde de confondre rcédeistes et destouriens. Il interpelle Gilbert Naccache, "vous vous référez à ce qui s'est passé lors de la chute du mur de Berlin, soit le retour des partis sous d'autres formes. Mais, en Europe, ils n'ont pas d'islamisme, et n’ont pas Ennahdha".
"En Tunisie, le paysage politique se réorganise autrement, car il y a ce parti", dit-il, en écartant le retour du RCD sous sa forme d’antan. "Le danger n'est pas la reconstruction de petits groupes ; il y a un parti qui représente entre 20 et 25 % qui dispose d'un appareil puissant en mesure d'occuper l'espace public, et qui est soutenu sur le plan géopolitique par des puissances extérieures telles que le Qatar, l'Arabie Saoudite et les Etats-Unis. Ennahdha s'appuie sur un axe géostratégique qui prône la confrontation sunnites/chiites et qui veut abattre la coalition Iran/Syrie, ce qui peut mener à une guerre".
Comment faire avec cela ? S’interroge-t-il : "On a d'un côté un parti puissant, et de l'autre des petites formations avec des appareils faibles, et qui se cherchent. Si Ennahdha rentre dans de prochaines élections, il va avoir de bons scores, car, les élections, ce n'est pas seulement des idées et des militants, c'est aussi des appareils", souligne-t-il. "Il va y avoir le recrutement de 10 mille policiers, pensez-vous qu'ils vont les laisser échapper à l'emprise d'Ennahdha", se demande Fethi Ben Slema. Pour lui, "le problème est comment constituer des forces pouvant faire face pièce à Ennahdha et non au RCD." Ce psychanalyste dit ne pas être hostile à Ennahdha, "je ne refuse pas ce parti, car, il aurait pu s'inscrire dans le recyclage de l'islamisme, dans le système démocratique. Les circonstances ont, néanmoins, enfanté d'autres choix. Selon l'orateur : "la révolution tunisienne est une révolution démocratique orientée par un désir démocratique. La question est comment passer d'une démocratie insurrectionnelle à une démocratie de régime, et de partis".
Pour Hela Yousfi, la question est de savoir "comment sortir de cette vision binaire : entre modernistes et islamistes, orphelins de la France, et commis du Qatar. Comment recréer des espaces collectifs, un ordre collectif ?" Les forces conservatrices en Tunisie ne sont pas une découverte, elles ont été toujours là, indique-t-elle. "L'enjeu premier est d'essayer de reformuler le débat, pour reconstruire le vivre ensemble, et trouver des mécanismes de régulation des conflits. Il faut déterminer quelle est la place de la référence à l'islam, et aux valeurs universelles dans l'ordre collectif, recommande cette jeune universitaire, pour qui, "les attentes des Tunisiens sont différents des attentes des Français ou autres, ce sont des attentes enracinées dans les références religieuses et le code des normes méditerranéen".
H.J.
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Commentaires
Ecrit par Mustapha STAMBOULI 22-02-2012 15:20
Ecrit par eshmoun 19-02-2012 15:21
que la seconde alternative n'exclut pas elle non plus l'utilisation du bâton !
Ecrit par ferid 19-02-2012 10:47
Ecrit par haykel 18-02-2012 19:14
Ecrit par raja dali 18-02-2012 15:40