La révolution tunisienne a évincé un dictateur en l’espace de quelques semaines, il lui reste maintenant à démanteler le régime despotique, et à construire sur ses vestiges un Etat démocratique, pluraliste et libre. Le passage de la dictature à la démocratie ne peut se faire par des chemins de traverse, au risque de donner naissance à une démocratie boiteuse. On ne peut construire un Etat démocratique sans extirper les racines de la dictature, et sans que justice soit rendue.
C’était à peu près cela le sens du débat organisé ce matin à Tunis par le centre d’études et de documentation Mohamed Chakroun en partenariat avec l’association suisse "Droit pour tous". Des politiques, universitaires, membres de la société civile, et activistes des droits de l’homme tunisiens et étrangers ont donné des pistes de réflexion et d’analyse sur les exigences de la transition démocratique.
Tout d’abord, un hommage. Celui rendu par Me Abderrazek Kilani, bâtonnier de l’ordre des avocats, et président de séance, à Feu Mohamed Chakroun. Le défunt était un défenseur infatigable des opprimés. Il était connu par sa rectitude et son sens du dévouement. Il était parmi les fondateurs du Conseil national pour les libertés en Tunisie (CNLT), président d’honneur du CPR et président d’honneur de l’association des prisonniers politiques. Feu Mohamed Chakroun est né en juin 1914 à Kairouan, a été inscrit au barreau en janvier 1945 et élu bâtonnier en 1965. Il est décédé en 2004, et prête, à titre posthume, son nom à ce think tank dont la mission est de développer le capital des connaissances et travaux politiques, et d’être au service de l’intérêt national.
La nécessaire actualisation des concepts
L’œuvre de reconstruction de la Tunisie relève certes de la responsabilité de l’ensemble de ses hommes et femmes, mais ce sont les politiciens démocratiquement élus qui vont conduire la marche vers la démocratie et le progrès. Et là, ils ont besoin d’éclaireurs, en l’occurrence intellectuels, académiciens et chercheurs. "Les politiciens ont besoin des contributions des intellectuels pour mettre en application leurs programmes", dit Abderaouf Ayadi, secrétaire général adjoint du CPR, appelant l’élite à jouer son rôle dans la mise à jour des concepts et des notions de la révolution tunisienne. "Nous avons besoin aujourd’hui d’une actualisation des concepts et de la construction de la pensée révolutionnaire", souligne-t-il, ajoutant que la Tunisie entame aujourd’hui une nouvelle phase celle du démantèlement de l’appareil despotique pour construire sur ses ruines un régime démocratique.
Pour le numéro 2 du Congrès pour la République, "notre révolution n’est pas uniquement tunisienne, elle est aussi arabe et nous espérons qu’elle sera universelle". Le rôle des intellectuels, opérant dans le cadre de Think Tanks à l’instar de celui Mohamed Chakroun, est déterminant pour son parachèvement et sa réussite. "La dictature est née de la colonisation, elle est le produit de facteurs endogènes et exogènes. L’Etat tunisien indépendant, lui, doit être édifié selon les visions et les conceptions de l’intelligentsia tunisienne", relève-t-il en substance.
La transition n'est pas une promenade de santé
"Avec votre révolution, vous avez donné naissance à une nouvelle Tunisie et inspiré d’autres pays", déclare Irène Kälin, parlementaire suisse. "La révolution tunisienne a été suivie en Suisse et dans le monde entier avec beaucoup de sympathie et d’admiration", souligne-t-elle, prévenant que la transition démocratique ne sera pas une promenade de santé.
Le chemin vers la démocratie est long, la Suisse a mis 200 ans pour y arriver, selon la parlementaire helvétique qui conseille aux Tunisiens : "il ne faut pas courir vite, mais marcher pour construire la Tunisie dont vous rêvez". Elle a fait part de la disposition de son pays d’aider la Tunisie sur les plans économique et politique, sans aucune ingérence dans nos affaires intérieures. S’agissant du rapatriement des avoirs du Président déchu et de sa famille, elle recommande que nos deux Etats travaillent la main dans la main pour la récupération de l’argent déposé dans les banques suisses.
Le rapatriement des fonds détournés, a fait l’objet t de l’intervention de Gilles Devers, avocat français. La norme juridique existe, soit la convention de lutte contre la corruption dont la Tunisie est signataire. Ce traité est ratifié par 155 Etats, ainsi que par l’Union européenne en tant qu’ensemble, fait-il savoir. "La restitution des avoirs est un principe fondamental de ladite convention qui impose aux Etats assistance et coopération étroite en la matière". Selon ce juriste, les ONG, ou les sociétés telles que les banques qui ont des fonds détenus peuvent mener des actions en France soit en civil, soit en pénal pour les restituer. L’Etat tunisien peut également plaider en France, dit-il.
"La ratification de la convention induit le devoir de l’appliquer, l’Etat signataire doit procéder à l’identification, la localisation, le gel, la saisine et la confiscation du produit", explique-t-il. Le droit a multiplié les structures, mécanismes, et les textes pour permettre l’application de la convention, mais le droit ne peut prendre toute son ampleur que dans le rapport des forces, se résigne-t-il à admettre. Le droit a certes beaucoup de vertus, mais c’est son utilisation perverse qui en limite la portée. Gilles Devers, le dit avec un pincement au cœur, "le droit n’a pas réussi la décolonisation, et n’a pas su régler la question palestinienne". La vérité peut sortir de la bouche d’un occidental, mais notre vérité à nous, nous la voulons et la cherchons encore. Les intervenants à ce débat revendiquent le droit de savoir, et le droit de questionner et de juger les fautifs, ceux qui ont nui à la Tunisie et à son peuple…nous y reviendrons.
H.J.
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Commentaires
Ecrit par qqun 13-11-2011 19:17
* independante : formaliser ce terme en mettant des regles qui le defini , pour que ca ne soit pas seulement le terme qui colle a l'institution. (developper ce terme).
* les statistiques : un instrument crucial de visibilité pour les politiciens. lien avec les associations (leurs financements doit servir a quelque chose , notamment les statistiques )
* les centres d'etude : qui se composera d'elite de tout les courants sans proportionner la part de chacun.
* le cabinet des politiciens doivent aussi etre aussi diversifié.
Le politicien doit etre brillant, avec sens d'ecoute et avec une haute moralité. (je suis d'accord , vaut mieux un politicien qu'un technocrate, mais , je dis bien un politicien)
et ... Bonne chance. On compte sur vous Jebali !
Ecrit par mannoula 13-11-2011 00:29
Ecrit par KHAMMOUS 12-11-2011 21:55
Ecrit par citoyen 12-11-2011 21:51
Honnêtement, je ne pense pas que les vainqueurs seront suffisamment compétents en la matiere, et j'espere qu'il seront des democrates ... parce que comme ca on peux faire avec.
Ce qu'ils affichent, jusqu'a maintenant, est une compétence proche de la classe politique du... Cuba.
Le seul acteur politique que je vois un bon politicien pour le moment c'est Ben Jaafer.
J’espère qu'il dominera sa position, sinon pas besoin de continuer ... vaut mieux perdre 1 année que tout l'avenir de la Tunisie.