Réorganiser le paysage médiatique dans les pays en phase de transition, et Développer la radiotélévision de service public en période de transition sont parmi les thèmes traités lors de la conférence internationale sur la liberté de la Presse, tenue le 4 et 5 mai courant à Tunis.
Journaliste militant pour la liberté de la presse et PDG du journal Tempo en Indonésie, Bambang Harymurti a prévenu contre le retour en arrière des médias dans les pays en transition, tels que la Tunisie. « J’ai beaucoup milité pour la liberté de la presse en Indonésie, et passé le plus clair de mon temps dans les tribunaux. Jusqu’à ce qu’il y a eu création du conseil des médias…Mais quand vous arrivez à un poste de dirigeant, vous devenez ambitieux, vous visez le poste de ministre ou d’ambassadeur…c’est comme ça que le conseil des médias est devenu une police des médias », dit-il. Il ajoute que dans les situations de transitions, comme vécues actuellement dans le monde arabe, il existe des moments « de voyage de noces », soit une éclaircie qui caractérise les relations entre les médias et le gouvernement « en ce moment, vous avez votre voyage de noces, qui ne va pas durer longtemps…Il faut faire attention à vos libertés », met en garde le journaliste. Il rappelle que plus on attaque les médias, moins il y aura de libertés. En Indonésie, comme au Nepal, en Inde et dans plusieurs pays de l’Asie de l’est, la transition vers la démocratie a pris plusieurs années, le plus souvent entre 2 et 5 ans.
Kanak Dixit, journaliste et activiste des droits civils au Nepal, en témoigne « Cela nous a pris entre 2 et 4 ans pour arriver à la situation actuelle. Le Nepal avait une seule radio contrôlée par l’Etat et toute la région est entrée dans une période de troubles durant 3 à 4 années, pour sortir le pays de cette impasse. Nous sommes passés d’une radio en 1990, à 300 radios actuellement. Maintenant notre souci, est l’autorégulation du secteur de l’information, parce qu’il existe une cacophonie, ce qui n’est pas synonyme de liberté de la presse. Le défi est de relever le niveau. Nous avons alors choisi d’aller vers le journalisme d’investigation et économique dans la langue du pays, et non pas dans la langue du colonisateur…Il est très important dans un pays que les médias jouent un rôle d’avant-garde, car sans la liberté de la presse et le travail des journalistes, rien ne peut être construit. Dans mon pays, les journalistes pensent que la liberté est garante du développement », dit-il dans son intervention.
Il a également évoqué les cas de journalistes, victimes de répressions, d’agressions voire de meurtres durant l’exercice de leurs fonctions « Le meurtre des journalistes est l’ultime outil des démagogues. Rappelez-vous que les investigations autour de ces meurtres n’aboutissent jamais… ».
Kamel Laabidi, président de l’instance nationale pour la réforme de l’information et de la communication (INRIC) : « La scène médiatique tunisienne connait une éclaircie assez unique depuis des décennies. 12 radios et 5 chaines télévisées ont eu des visas au cours de la dernière année », dit-il. Il expose, néanmoins les défis qui attendent les médias tunisiens, à savoir protéger les institutions publiques de la privatisation, s’en tenir aux règles de la déontologie du métier et la réforme des médias qui doit passer par une volonté politique explicite.
Edetaen Ojo, du Media Rights Agenda Nigéria/Liberia a parlé des conditions de travail difficiles auxquelles avaient droit les journalistes dans la région. « Ils ont des rémunérations très faibles et devaient diffuser des informations difficiles de vérifier, notamment au Libéria. Nous avons réalisé des expériences diverses. En 2003, nous avons eu des réunions avec le gouvernement de transition. Et je peux vous dire que les gouvernements de transitions sont plus sensibles aux réformes que les gouvernements stables…Dès lors, des réformes législatives ont eu lieu, et des radios ont eu des autorisations … ».
Claudio Cappon, Vice président de l’Unions Européenne de radio-télévision (UER) a expliqué, quant à lui, que l’UE s’engageait à aider les médias des pays en transition démocratique mais que les médias publics devaient être indépendants du gouvernement et des groupes d’intérêts « surtout ceux qui sont cachés », précise-t-il.
Selon lui, ces médias publics sont un moyen pour le citoyen de vérifier le bon déroulement de la démocratie : «La privatisation des médias publics, est une mauvaise idée…Il faut donner du temps aux services publics pour qu’ils s’améliorent », dit-il, sans doute en réponse aux intentions formulées par le parti Ennahdha de privatiser la télévision publique.
Le président Directeur Général de la Télévision tunisienne nationale a été absent lors de ce rendez-vous qui a réuni plusieurs personnalités du monde des médias. Il a été remplacé par un des cadres de l’institution publique : « Nos ambition de la télévision publique sont devenues énormes avec l’avènement de la révolution. Nous sommes dans un cadre particulier de transition démocratique…malheureusement il y a quelques jours des manifestants extrémistes encerclaient notre bâtiments et nous accusaient de servir l’ancien régime …Le conseil de rédaction devrait être indépendant de toute autorité extérieure », dit-il.
Le directeur de France Télévision Magazine, Jérôme Cathala a parlé de l’expérience de la télévision publique française, qui a fait du chemin depuis sa création pour trouver la voie de la réussite auprès du public. « Nous avons décidé durant les élections présidentielle de renforcer le nombre de débats politiques, ce qui n’est pas du tout évident puisqu’il était prévu que les téléspectateurs ne soient pas intéressés par ces élections. Résultats : durant le premier tour de dimanche dernier, nous sommes passés devant la première chaine de télévision privée en termes d’audience ».
« Le fait d’être considéré comme source fiable d’information est le premier garant de l’indépendance des chaines publiques…Parce que l’Etat finance la télévision publique, il pense qu’il maitrise la télévision. C’est pour cela qu’il existe en France mais aussi au Maroc, une institution qui veille à garder la bonne distance entre l’Etat et les médias publics », dira Rachid Arhab, ancien journaliste et membre du conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA).
Chiraz Kefi
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Ecrit par kenter 08-05-2012 18:37