Les uns partent avec la satisfaction du devoir accompli, les autres s’apprêtent à leur succéder et dans leur besace plein d’idées et de projets. La démission du gouvernement de Béji Caïd Essebsi est un fait attendu, mais inédit en Tunisie. Il s’inscrit dans le droit fil de ce processus révolutionnaire qui a encore de beaux jours devant lui.
Le gouvernement sortant, avec à sa tête son chef Béji Caïd Essebsi, a atteint les objectifs qu’il s’est fixé au départ, en menant le pays doucement mais sûrement vers l’échéance électorale, et en lui garantissant un déroulement réussi salué par tous, tant de l’intérieur que de l’extérieur du pays.
Il va sans dire qu’au lendemain du 14 janvier, la Tunisie était quasi-ingouvernable. Autant la révolution a plongé le peuple tunisien dans une liesse indescriptible, celle de l’affranchissement et de l’émancipation, autant elle a déchaîné la furie de plusieurs strates de la société, celles que l’ancien régime leur a fait voir des vertes et des pas mûrs. La Tunisie rebelle était indomptable, ni les larmes de Mohamed Ghannouchi, et ses promesses de passer le témoin aussitôt les élections tenues (à l’époque il s’agissait d’organiser des présidentielles), ni les mesures prises par ses deux gouvernements n’ont permis d’apaiser la tension. Le peuple à mis la barre très haut, à travers les illustres sit-in Kasbah 1 et 2. Mohamed Ghannouchi a fini par jeter l’éponge le dimanche 27 février, le soir même le nom de son successeur était révélé ; il s’appelle Béji Caïd Essebsi.
Cet ancien ministre de Bourguiba est apparu comme l’homme providentiel. Dès sa première apparition publique, il a su conquérir les cœurs et les esprits, et sa cote de popularité était à son faîte. Mais, cela n’a pas fait long feu. Les attentes et les revendications populaires étaient telles, que la déception était presque inévitable : manifestations, sit-in, et grèves étaient le lot quotidien dans les quatre coins de la Tunisie.
Dans chacune de ses sorties, le Premier ministre démissionnaire insistait sur la difficulté de la tâche et la gravité de la situation économique, qui allait en s’empirant avec les accès d’insécurité. Plusieurs régions de la Tunisie ont été rattrapées par les démons du clanisme, et ont été le théâtre d’affrontements violents et meurtriers, d’autres ont connu des épisodes violents dont l’origine et les instigateurs restaient inconnus. La boîte de Pandore était ouverte ; après des décennies de frustrations, d’inhibitions et d’injustices, cela était tout à fait prévisible.
Face à cette situation frisant, par moments, le chaos, Béji Caïd Essebsi a manié le bâton et la carotte. Son obstination et son autoritarisme ont suscité des grincements de dents et lui ont valu d’être accusé de nostalgie à l’ère despotique. Mais, l’homme n’en avait cure ; il était presque imperturbable, et n’a changé ni de méthode, ni de politique. C’était lui le chef, et il n’hésitait pas à le rappeler à ceux qui lui reprochait de monopoliser le pouvoir de décision. Sa devise semblait être : "rien ne sert de courir, il faut partir à point".
Maintenant, l’heure des bilans a sonné. D’aucuns pointeront les atermoiements et les tergiversations du gouvernement provisoire sur de nombreux dossiers, notamment celui de la justice et des blessés et martyrs de la révolution. Ces critiques sont recevables, de pareils dossiers auraient du bénéficier d’une sollicitude plus accrue. Mais, pour rendre à César, ce qui lui appartient, avouons que ce gouvernement était assailli par des urgences aussi inextricables les unes que les autres, et il est parvenu à parer au plus pressé et préserver le pays des dangers qui le guettaient.
En guise d’un rapport de fin de mission, les coéquipiers de Béji Caïd Essebsi laissent à leurs successeurs des livres blancs, brossant la situation critique dans différents secteurs. Ainsi, ils se seraient acquittés de leurs responsabilités honorablement jusqu’au bout. Certes, certains d’entre eux partent avec un petit pincement au cœur, ils auraient bien aimé continuer cette aventure difficile mais exaltante, mais toutes les bonnes choses ont une fin. Place maintenant aux nouveaux venus. Sauront-ils faire mieux que leurs prédécesseurs ? Ils n’ont pas le choix, ils sont tenus de performances et d’une obligation de résultats.
Les Tunisiens s’impatientent à connaitre la composition du nouveau gouvernement et essentiellement, son plan d’action. Les grandes lignes sont, d’ores et déjà, connues et touchent la justice, l’Intérieur, la lutte contre le chômage et la promotion des investissements. Reste à savoir les projets préconisés, les méthodes de leur réalisation et les objectifs tracés. Les plus avertis d'entre nous sauront à l’aune de cela jauger l’efficacité et la fiabilité du programme gouvernemental. En attendant, fions-nous à la devise du prochain gouvernement révélée par un élu à la constituante, pressenti à un ministère de souveraineté, sur un plateau télé : Ce sera "Rigueur et progressivité".
H.J.
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Commentaires
Ecrit par BABA LAHNINE 26-11-2011 15:16
Ecrit par lecteur 26-11-2011 15:02
Ecrit par Mohamed 26-11-2011 13:32
Ecrit par Hatem 26-11-2011 06:13
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Il va payer et ça va être très bientôt.
Ecrit par qqun 25-11-2011 15:31