Lors de son actuelle visite en Algérie, le président de la République, Moncef Marzouki, a annoncé la tenue prochaine en Tunisie d'un sommet de l'Union du Maghreb arabe. Cette annonce intervient lors du mois anniversaire du traité de Marrakech, fondateur de l'UMA, signé il y a presque 23 ans, plus précisément le 17 février 1989. Depuis, que d'eau a coulé sous les ponts, mais l'entité maghrébine est désespérément plongée dans sa profonde torpeur. L'ancien régime tunisien, qui se présentait comme le défenseur invétéré de l'intégration maghrébine, en faisait l'un de ses multiples ressorts de propagande. Les quatre autres pays étaient tout aussi inopérants devant le statut quo ; ils ne voulaient pas, ou ne pouvaient pas mettre un terme à la désunion.
Maintenant, les choses ont changé. La région vit des mutations profondes dans la foulée des révolutions tunisienne et libyenne. La Tunisie qui vit une période de transition démocratique difficile, confrontée à des défis économiques énormes et un taux de chômage élevé, a tout à gagner de l'intégration maghrébine, pour promouvoir ses échanges avec les pays de la région actuellement dérisoires, attirer des investissements maghrébins, dénicher des opportunités d'emploi pour les jeunes désœuvrés, etc. La Libye qui peine à assurer la bonne marche de sa transition démocratique, qui est aux prises avec l'instabilité et l'insécurité, et qui doit entamer le grand chantier de la reconstruction, a tout à gagner, elle aussi, du génie maghrébin pour se remettre sur pieds et sortir de l'impasse. A fortiori, qu'avec des frontières inter maghrébines poreuses, les problèmes d'insécurité et de contrebande ne peuvent être solutionnés qu'à travers une coopération étroite, organisée et coordonnée des appareils sécuritaires maghrébins. Autant dire que la nouvelle donne post-révolutionnaire rend plus urgent l'avènement d'un Maghreb articulé et uni.
Les changements intervenus dans la région ont eu un onde de choc au Maroc, où des amendements constitutionnels, et des réformes politiques ont été entamés pour prévenir des soulèvements analogues à ceux survenus en Tunisie et en Libye. Les choses bougent un peu partout dans la région à des cadences variables, mais la léthargie frappe encore certains dossiers. Dont le différend chronique entre Rabat et Alger, principale pierre d'achoppement devant le processus de construction maghrébine.
Les deux pays vivent en vase clos depuis des années, leurs frontières terrestres sont fermées, leur réouverture est tributaire du règlement du conflit du Sahara occidental. Un nœud gordien, s'il en est. Les deux parties campent chacune sur sa position ; même si le dégel semble amorcer après les élections marocaines et la visite du nouveau ministre des Affaires étrangères marocain en Algérie, aucune issue d'une solution globale et efficace du conflit ne paraît proche. Que faire, si de surcroît, Alger et Rabat semblent être peu enthousiastes à une médiation extérieure- tunisienne par exemple- pour les aider à se rapprocher d'un modus vivendi. Les choses ne sont pas si simples, et un sommet, quelle que soit la bonne volonté qui est derrière, sera comme un cautère sur une jambe de bois, si des arrangements demeurent impossibles sur le contentieux du Sahara.
Des sommets, l'UMA en a connu plusieurs avant ; c'était toujours des occasions ratées, où le verbiage l'emportait sur les actions concrètes et pragmatiques. Le prochain sommet, que l'on veut être historique, ne pourra pas l'être sans que l'on ne rompe avec les usages du passé. Les dirigeants maghrébins doivent y aller avec des engagements fermes et un calendrier des différentes étapes du processus d'unification.
L'intégration doit commencer par l'économie ; un volet qui requiert l'ouverture des frontières entre l'Algérie et le Maroc, en ce sens qu'il induit une libre circulation des biens et des personnes. Et puis n'oublions pas que le non-Maghreb fait perdre à chaque pays de la région 2 % de croissance. Les cinq pays en tireront tous des dividendes, tant dans leurs rapports intermagrhébins, qu'avec l'extérieur. Ce ne sera pas de refus dans cette conjoncture mondiale erratique.
Certains n'hésitent pas à relativiser l'intérêt d'un Maghreb uni pour les pays de la région, au regard de la crise profonde que traverse l'Union européenne, qu'on a tendance à donner en exemple. Il s'agit là, d'une confusion des genres. La crise de l'Europe a pour origine l'hégémonie du monde de la finance, favorisée par un libéralisme débridée en l'absence des mécanismes de contrôle et de régulation. Les systèmes maghrébins sont, eux, tout à fait différents. Même s'ils ont à assainir des économies longtemps minées par la corruption et la malversation, ils restent capables de développer des modèles de développement basés sur l'économie de marché, avec un Etat présent, exerçant son rôle de surveillance et de régulation. Il y a un travail à faire par chaque pays pour se réformer de l'intérieur, afin que la mise en conformité des règles de fonctionnement entre les cinq pays soient possible, et que les institutions maghrébines puissent fonctionner avec fluidité, avec une commission maghrébine qui met des directives communes et veille sur leur application. C'est de cela que doit discuter le prochain sommet maghrébin, pour qu'il ait une réelle valeur ajoutée.
H.J.
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Commentaires
Ecrit par Khammous 14-02-2012 22:11
Ecrit par Zingua 14-02-2012 17:30
Le vrai con est con. Celui qui n'est pas un vrai con n'est pas plus con qu'un autre
Ecrit par antisio 14-02-2012 16:55
Ecrit par Zingua 14-02-2012 16:14
Ben Ali est certes un voleur mais n'a jamais été ni un incapable ni un traitre.
Ecrit par HatemC 14-02-2012 14:03