Tunisie/ Municipales : Un Tunisien sur deux a l'intention de participer au vote

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Publié le Jeudi 09 Novembre 2017 à 14:00
Mohammed Marzouk, vice-président de Mouraiboun (à gauche) accompagné de Youssef Meddeb de One to OneEn collaboration avec One To One, Mourakiboun a publié les résultats de l'enquête sur la perception du Tunisien de la représentativité politique et les élections locales. Résultat : Un Tunisien sur deux à l'intention de voter, mais il est intransigeant sur un point : Le candidat doit connaitre la région. Quant à payer plus d'impôts, les personnes interrogées y consentent, si les ressources sont bien exploitées.

"C'est la première enquête de plus de 10 000 citoyens à domicile tous âgés de plus de 18 ans du 28 juin au 28 août 2017, soit juste après la démission des membres de l'ISIE et après l'annonce du report des élections municipales", a souligné Youssef Meddeb, fondateur de One to One. Il précise que le travail a été effectué par 102 enquêteurs et 75 superviseurs, rappelant que cette étude s'est déroulée sur 24 gouvernorats. Le taux d'erreur est de 1%, celui de l'absention n'était que de 0,5%.

Dans ce climat tendu, le premier volet de l'enquête tournait autour de la perception du Tunisien des futures élections municipales. Mais, Youssef Meddeb a souligné qu'avant cela, il fallait d'abord savoir ce qu'il pense de la situation générale du pays. La statistique : 64% disent que, dans l'absolu, le pays n'est pas sur la bonne voie. Même si 77% sont satisfaits de la situation sécuritaire, contre seulement 17% de l'aspect économique et 25% de la politique, qui, selon cette enquête, n'intéresse que 42%. Les partis politiques sont au plus bas : 56% des Tunisiens ne leur font pas confiance.

Pour Mohamed Marzouk, vice-président de Mourakiboun, les élections municipales devraient, au mieux, avoir lieu au milieu de l'année 2018. Actuellement, beaucoup s'interrogent sur l'ISIE.

Marzouk rappelle que l'enquête a eu lieu juste après la démission de Chafik Sarsar. Le résultat ? Seulement 20% continuent à avoir confiance dans cette instance. Pour Mourakiboun, ce chiffre est le plus "dangereux" de cette enquête. Il souligne : "Il ne s'agit pas d'un parti politique mais d'une structure indépendante. Normalement, l'écrasante majorité du peuple doit avoir une confiance aveugle dans l'ISIE". Pour le reste, 27% n'ont pas "du tout confiance", alors que 25% ont une confiance "moyenne" et 16% n'ont pas d'avis.

Ce déficit de confiance aura-t-il un impact sur l'intention de participer aux élections ? Le Tunisien va-t-il voter ? Selon l'enquête, quasiment 60% vont le faire, alors que 32% ont décidé de boycotter et 6.7% sont encore indécis. Pourquoi ? 29,9% pensent que les élections ne sont pas le bon moyen de changement, alors que 25% avancent le manque de confiance dans la classe politique, contre16% qui évoquent les difficultés d'accomplir l'acte de vote. Le vice-président de Mourakiboun responsabilise l'ISIE : "Ce point a été relevé à plusieurs occasions, mais nous pensons qu'il n'a pas été pris très au sérieux. La difficulté d'accès aux bureaux de vote ainsi le problème des cartes d'identité doivent être résolus pour la prochaine échéance".

Et si les élections municpales se déroulaient, pour qui voteraient les Tunisiens ? Ce sont les indépendants qui l'emportent avec 49%, alors que les listes des partis n'ont que 27%. Les 23% restants n'ont pas révélé leurs intentions. Le profil du candidat ? Le critère le plus important pour le Tunisien, c'est qu'il doit connaitre la région et les difficultés quotidiennes des habitants : 57%. Moahmmed Marzouk explique : " Les citoyens ne veulent plus voir des responsables qu'ils ne connaissent pas ou qui ne se manifestent que très rarement. Ils exigent une présence active et efficace".

Avoir un programme électoral utile à la région, est le deuxième critère le plus important (46%). Le troisième est le partage des mêmes idéologies (35%). Youssef Meddeb, de One to One intervient et souligne que ce critère est fortement présent dans les zones rurales et que les statitiques de chaque gouvernorat seront bientôt disponibles.

Etre originaire de la ville est aussi un facteur important, puisque 32% des Tunisiens le pensent, alors que 23% voteraient pour des candidats âgés de moins de 35 ans. Suivent ensuite les 16% pour des candidats pieux. 15% voteraient pour ceux avec lesquels ils ont un lien de parenté et 12% pour celui qui a les moyens financiers. Est-ce que c'est important que le candidat soit une femme ? C'est ce que pensent seulement 10%.

Les élections municipales ont pour vocation d'améliorer le quotidien du peuple. Le Tunisien en est consicent et 57% pensent que les futures élections seront bénéfiques, alors que 28% ne croient pas au changement. 11% ne savent pas et 2,6% pensent que les élections conduiront à un changement négatif.

Mohammed Marzouk évoque ensuite un fait marquant durant ce travail de plusieurs mois : "Nous avons remarqué un pragmatisme chez le citoyen ordinaire, une qualité qui fait défaut chez les politiciens actuels". Le Tunisien sait qu'il a aussi des obligations dans cette démocratie émergente. La première est celle de "toujours" payer ses impôts : une priorité pour 79%. Le Tunisien va encore plus loin et 77% se disent prêts à payer plus d'impôts pour de meilleurs services. Sauf que seulement 48% seraient prêts, par exemple, à dénoncer un voisin qui construit de façon anarchique. Youssef Meddeb explique cette statistique par des "traditions sociales".

Plus de pouvoir et de moyens pour les communes ? Le Tunisien n'a pas d'objections : "54% sont très favorables, mais à condition de lutter contre la corruption", a souligné Mohammed Marzouk. Mais pour 78%, il n'est pas question de confier la gestion des hôpitaux, les écoles ou encore les transports en commun.
 

Selim Slimi