Tunisie/ Initiatives pour la croissance : Pourvu que cela ne reste lettre morte !

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Publié le Vendredi 10 Novembre 2017 à 15:05
Youssef Chahed donne un second souffle à son programme économique.La crise économique, doublée d’une crise financière, donne des nuits blanches aux décideurs ; les actions jusque-là menées produisent de maigres résultats, par rapport à l’ampleur des défis posés, et aux complexités de la conjoncture locale, et régionale n’aidant en rien à en venir à bout. Sollicité sur la scène interne à trouver une issue au marasme ambiant, et pressé par les partenaires étrangers et autres bailleurs de fonds à booster la croissance et à préserver la stabilité des grands équilibres de l’économie, le gouvernement qui s’est lui-même fixé des objectifs chiffrés, en vue d’une maîtrise des dérapages budgétaires et d’une amélioration des indicateurs, multiplient les initiatives.

La dernière en date, celle lancée hier, jeudi 09 novembre, par le chef du gouvernement, Youssef Chahed, lors du Tunisia Investment Forum, est le lancement des initiatives gouvernementales pour la croissance, qui, par le truchement de dix actions ciblées, visent à supprimer les entraves à l’investissement, et à améliorer le climat des affaires. On y trouve des engagements pour la digitalisation de l’économie, à travers la relance de la plateforme digitale 2020, la transition vers  une économie verte, via le lancement du programme solaire tunisien, l’appui à l’exportation, l’impulsion du développement régional, la consolidation de l’infrastructure portuaire, etc. 

S’il est appliqué, dans la lettre et l’esprit, ce programme permettra une modernisation de l’économie, et créera un climat propice à l’entreprenariat et à l’investissement, deux antidotes contre la torpeur économique, et ses corollaires le faible taux de croissance, le chômage, et la disette financière.

Reste à en décliner les modalités et étapes d’application, à l’assortir d’un échéancier, et à le budgétiser, a fortiori qu’il s’agit d’opérations lourdes, qui requièrent des financements conséquents. Sinon, cela équivaudrait à des idées vagues, sans substance précise, qui risquent de rester lettre morte. 

Quoi qu’il en soit, il est clair que le gouvernement cherche à travers ces annonces à donner un second souffle à sa vision de relance économique 2020, à l’heure où il lui est reproché de faire du surplace sur le plan économique, et où son projet de loi de finances 2018 est accusé de nuire à l’entreprise, à sa pérennité et sa compétitivité, et à alourdir ses charges par des impôts supplémentaires.

En effet, ni le volume actuel des investissements estimés à 1600 millions de dinars, ni leur hausse de 7 % au cours des dix premiers mois de 2017, ne donnent le sursaut économique escompté, à l’heure où les difficultés vont grandissantes. Le pays connait encore une carence en termes d’investissements étatiques, privés et étrangers. Or, seul leur retour significatif stimulera la croissance, et créera des emplois. A défaut, on demeurera dans un modèle de croissance factice entrainée par la consommation.

Quant à l’amélioration des indicateurs économiques invoquée par le gouvernement, elle n’aura du sens que si elle se répercute sur le quotidien des citoyens, et sur l’entreprise en termes de résilience et de compétitivité.

Sans sombrer dans le dirigisme, tout en jouant le rôle de régulation, dans un climat ouvert et de libre-initiative, le gouvernement est appelé à débarrasser l’économie de toutes les pesanteurs, en vue d’en amorcer sa mutation et de dégager des ressources supplémentaires lui permettant de réduire le déficit, de maîtriser l’inflation, de réduire, sinon stabiliser l’endettement qui dépasse les 70 % du PIB, et de réduire la masse salariale qui grève énormément le budget de l’Etat, avec 14,1 % du PIB.

Gnet