Six mois ou presque après son début, l’expérience de la coalition tripartite en Tunisie, prouve la difficulté pour les membres de la troïka d’être en symbiose, et d’avancer dans un cadre concerté. Les sorties médiatiques du chef du gouvernement, et du président de l’assemblée nationale constituante ont révélé des rivalités, et des malentendus "sur qui fait quoi", et "qui décide de quoi" au sein du triumvirat au pouvoir. Les critiques adressées par les conseillers du Président au gouvernement montrent que la solidarité est loin d’être le mot d’ordre entre les trois institutions suprêmes de l’Etat.
Dans tous les pays du monde, il y a une hiérarchie au sommet de l’Etat, avec des numéros un, deux et trois, etc. La Tunisie elle, vit une situation inédite générée tout d’abord par les avatars qui se sont succédé depuis le 14 janvier 2011, et ensuite par les élections du 23 octobre. Deux partis de centre-gauche ont décidé de rallier le mouvement Ennahdha, victorieux du scrutin, pour veiller aux destinées du pays. La constitution étant suspendue, c’est la loi portant organisation provisoire des pouvoirs publics, qui sert de mini-constitution régissant cette deuxième période constitutive transitoire.
La mini-constitution concentre le pouvoir exécutif entre les mains du chef du gouvernement, prévoit des prérogatives limitées au chef de l’Etat, et charge l’assemblée constituante de trois missions fondamentales : élaborer une nouvelle constitution, légiférer et contrôler le gouvernement.
Cette organisation ne tranche pas, d’une manière claire et nette, quant à la personne qui est en tête de la hiérarchie de l’Etat. La confusion se pose au niveau de l’autorité du chef du gouvernement, et de celle du président de l’assemblée, lequel des deux a-t-il l’ascendant sur l’autre ? Les dernières interventions télévisées des deux présidents ont semé encore plus l’ambiguïté dans les esprits.
Tantôt implicitement tantôt explicitement, Hamadi Jebali a montré que c’est lui le chef qui fixe le cap, et à qui appartient le dernier mot, y compris vis-à-vis de ses deux partenaires présidents. La mise en garde lancée à la présidence de la république, suite à la violation par les conseillers du président du devoir de réserve, par leurs critiques envers le gouvernement, et l’engagement pris de ne signer aucune augmentation des salaires des constituants, illustrent la volonté du chef du gouvernement d’incarner devant l’opinion publique le centre de l’autorité.
Mais voilà que le président de l’assemblée constituante voit les choses autrement, et rappelle les fondamentaux. "L’assemblée constituante dispose de l’autorité originelle, c’est l’institution qui jouit de la plus grande légitimité, la présidence de la république et le gouvernement en sont issus", a-t-il déclaré dimanche soir. Mustapha Ben Jaâfar a même qualifié "de dérapages" les propos du chef du gouvernement qui visaient à rendre nulle et non avenue sa décision d’augmenter des salaires des constituants.
Des cafouillis, en veux-tu, en voilà, dans la Tunisie d’aujourd’hui, mais quand cela atteint le sommet de l’Etat, et lorsque deux présidents se critiquent par médias interposés, alors qu’ils sont censés être dans le même camp, ne serait-ce que temporairement, voilà qui risque de fragiliser la troïka et d’exacerber les critiques à son encontre.
Les partis qui ont choisi de s’allier ensemble au lendemain du 23 octobre 2011, appartiennent à des familles politiques et des courants idéologiques différents. Que des désaccords les opposent est tout à fait admissible, a condition qu’ils ne franchissent pas les murs des salles où ils sont censés tenir leurs réunions de concertation et de coordination. Sinon, ils donneront l’image d’une coalition disloquée, minée par les rivalités, sur fond d’intérêts partisans étriqués, et de calculs électoralistes.
Depuis la révolution le 14 janvier 2011, on n’a jamais autant évoqué le consensus et ses vertus. Tout le monde trouve dans l’entente nationale la voie de salut pour mener le pays à bon port. Dans les faits, c’est tout le contraire qui se produit, chacun cherche à discréditer et à décrédibiliser l’autre. S’ils sont naturels entre opposition et pouvoir, les clivages doivent épargner les partis au pouvoir. Sinon, ce sera une amplification du désordre, dans une situation déjà inextricable.
Quant au chef de l’exécutif, et au président de l’assemblée, leurs rôles sont complémentaires, dans un contexte de séparation de pouvoirs. Même si on n’est pas encore en démocratie, mais en transition vers la démocratie, il faut commencer dès maintenant à acquérir de bons réflexes. Chaque pouvoir doit se garder d’empiéter sur les prérogatives de l’autre, résister aux tentations hégémoniques, et concevoir la gouvernance selon une approche participative. C’est la philosophie qui doit présider à cette deuxième période transitoire ; si on en respecte l’esprit et la lettre, les bisbilles médiatiques n’auront plus lieu d’être.
H.J.
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Commentaires
Ecrit par khammous 06-06-2012 22:30
Ecrit par Sami Boussoffara 05-06-2012 15:05
Ecrit par al07 05-06-2012 09:43
l'omniprésent,l'irremplaçable.....
Le "cheik",le calife,l'envoyé de Dieu....
Rached Kheriji dit Ghannouchi 1er !!
Ecrit par we7ed 05-06-2012 06:58
Ecrit par Léon 05-06-2012 01:43
En effet, on est en train de s'initier à la trinité! Demeure une question: Qui est le père, qui est le fils et qui est le Saint esprit dans la configuration actuelle des chefs de la Troika?