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Mercredi 14 Novembre 2018         

Tunisie : Que faut-il retenir d’un remaniement inédit sur le fond et la forme ?

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Publié le Mardi 06 Novembre 2018 à 11:12
Youssef Chahed, le 05 novembre 2018, à Dar Edhiafffa à Carthage. Le remaniement ministériel tant attendu a fini par être dévoilé hier soir, lundi 05 novembre, par le chef du gouvernement, Youssef Chahed. C’est un remaniement vaste, illustrant pragmatisme et ouverture, et inédit sur le fond et la forme. En prenant les devants pour dévoiler sa nouvelle équipe, Chahed s’affiche comme étant le véritable chef de l’exécutif, comme le lui confère la constitution de janvier 2014, plus précisément le régime politique, dit mixte, qui y est inscrit.

Sa démarche déplait au président de la république, qui considère le remaniement comme étant précipité, et imposant "le fait accompli", comme l’a déclaré ouvertement, la porte-parole de la présidence. Saida Garrach a encore souligné qu’il n’y avait pas eu concertation entre les deux hommes là-dessus, et le chef de l’Etat en a été informé à la dernière minute. De là à dire que le conflit entre les deux têtes de l’exécutif va en s’exacerbant et que la crise institutionnelle va en s’aggravant, au point qu’elle menace la stabilité de l’Etat, et le processus transitoire démocratique dans son ensemble, il n’y a qu’un pas que les observateurs n’hésitent pas à franchir.

Entorse au protocole
Tout d’abord, sur la forme, le remaniement n’a pas respecté la démarche protocolaire d’usage. Normalement, le chef du gouvernement devrait s’entretenir avec le président de la république, lui soumettre les personnalités proposées pour occuper les différents portefeuilles, et annoncer son remaniement dans la foulée devant la presse au Palais de Carthage. Dans le cas d’espèce, les deux têtes de l’exécutif ont eu certes un entretien lundi matin au palais, mais celui-ci a été consacré, selon un communiqué laconique de la présidence de la république, à l’examen des évolutions de la situation générale du pays. Un cafouillis qui illustre l’état des rapports entre Carthage et la Kasbah, et qui laisse redouter un blocage au niveau de l'exécutif, d’autant plus que les nouveaux membres du gouvernement devront, une fois entérinés par l’Assemblée, prêter serment devant le président de la république. La crainte que BCE ne bloque le processus existe.

Sur le timing, Chahed a accéléré le calendrier pour dévoiler sa nouvelle équipe, en envisageant un passage rapide devant le parlement pour une plénière de vote de confiance, de manière à devancer le marathon des débats budgétaires. La discussion  du budget de l’Etat, et du projet de loi de finances en plénière devront commencer vers la fin novembre pour que le tout soit bouclé le 10 décembre 2018.

Sur le fond, le remaniement était assez vaste et a touché 18 portefeuilles ministériels, dont 13 ministres et 05 secrétaires d’Etat. Seul un ministère de souveraineté a changé de titulaire, avec Karim Jamoussi qui succède à Ghazi Jribi, au ministère de la Justice. 

Tous les Tunisiens sont égaux, indépendamment de leur confession
Le remaniement marque une ouverture sur les minorités religieuses et la société civile. Chose qui apparait notamment à travers la nomination de René Trabelsi, un homme d’affaire juif tunisien, fils de Pères Trabelsi, chef de la communauté juive à Djerba. A travers ce choix, le locataire de la Kasbah a voulu montrer que tous les Tunisiens sont égaux, indépendamment de leur confession et leur appartenance ; ce qui importe c’est la compétence.

L’ouverture sur la société civile se traduit notamment par la nomination de l’ex-bâtonnier, Mohamed Fadhel Ben Mahfoudh, au ministère des instances constitutionnelles, de la société civile et des droits de l'Homme. Un ministère qui est resté vacant depuis le départ de Mehdi Ben Gharbia, en juillet dernier.

La nomination d’un ministre auprès de la présidence du gouvernement chargé de l'économie sociale et solidaire (ESS), en la personne de Chokri Belhassen, est une première. Elle traduit la volonté du gouvernement de promouvoir ce type d’économie, qui en est encore à ses premiers balbutiements en Tunisie.

L’ESS dont le cadre juridique serait sur le point de paraître, est présentée comme étant une solution pour insuffler une nouvelle dynamique économique notamment dans les régions défavorisées, à travers la promotion des microcrédits, et des microprojets.

L’autre nouveauté, c’est le retour du ministère de fonction publique sous une nouvelle nomination, soit le ministère de la Fonction publique, de la modernisation de l'administration et des politiques publiques, qui est confié à Kamel Morjane, le président du parti al-Moubadera, et ancien ministre des Affaires étrangères, à la chute de l’ancien régime. Pour rappel, précédemment appelé ministère de la fonction publique et de la gouvernance, ce département a été supprimé en mars 2017, après la démission de son ancien titulaire, Abid el-Briki.

Des Enarques font leur entrée au gouvernement

A part les personnalités partisanes, des technocrates, des commis de l’Etat et des énarques rejoignent la nouvelle équipe de Youssef Chahed.

Plusieurs ministres estampillés Nidaa ont été maintenus, certains ont changé de postes, et d’autres encore ont rallié le gouvernement.

Le nouveau ministre de la Santé, Abderaouf Cherif qui succède au Nahdhaoui, Imed Hammami, est député à l’Assemblée et a été élu sur les listes de Nidaa Tounes aux législatives de 2014.

Hichem Ben Ahmed, jusque-là secrétaire d’Etat au Commerce extérieur, a été nommé en tant que ministre du Transport. Ben Ahmed, également négociateur en chef de la Tunisie pour l’ALECA, aura à conduire les dernières négociations avec l’Union européenne sur l’entrée en vigueur de l’Open-Sky. Youssef Chahed avait déclaré tout récemment à l’occasion de la visite du président de la commission européenne, Jean-Claude Juncker, que la Tunisie était prête aux accords Ciel-Ouvert.

La coalition gouvernementale reste quasiment la même, reposant sur Ennahdha et Nidaa, avec l’entrée d’indépendants et du parti al-Moubadara, en la personne de Kamel Morjane. L’incertitude reste de mise quant au sort qui sera réservé à ce gouvernement, face aux réserves, critiques et avis mitigés jusque-là exprimés.

Seul le mouvement Ennahdha a, jusque-là,  salué clairement ce remaniement, réitérant ainsi son soutien à Youssef Chahed.

Des tractations devront maintenant être menées pour désamorcer la tension et réduire le niveau d’hostilité envers ce remaniement, afin de donner toutes les chances aux nouveaux venus tout d'abord de passer au parlement, et ensuite de prêter serment devant le chef de l'Etat, conditions préalables à leur investiture.

Si ce gouvernement garde les mêmes soutiens de départ à l’Assemblée, Ennahdha (68 députés), coalition nationale (40 députés) et Machrou Tounes (14 députés),  il saura obtenir le vote de confiance de l’Assemblée à une majorité nettement supérieure à celle absolue requise 50 + 1 (109 députés). Sinon, ce sera une crise dans la crise, dont l’issue serait incertaine à une étape aussi décisive pour le pays.
H.J.


 

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