Avec son interview télévisée de ce soir, Mustapha Ben Jaâfar a laissé apparaître des signes de dispute de leadership au sein de la troïka. Le président de l’assemblée a rappelé avec insistance que "l’assemblée constituante jouit de la légitimité originelle, et qu’il n’y pas lieu de s’immiscer dans ses prérogatives". En réponse au chef du gouvernement qui annonce qu’il ne signera aucune augmentation, il rétorque : "la décision du chef de l’assemblée est irrévocable, même si elle peut-être discutée"...
Mustapha ben Jaâfar, président de l’assemblée nationale constituante, est revenu ce dimanche soir, lors d’une interview télévisée sur les chaines Nationale, Nesma et Hannibal, sur les questions qui ont suscité la polémique au cours de la dernière période, dont l’augmentation des salaires des constituants.
"Les rapports entre l’opposition et la présidence de l’assemblée constituante semblent tendus devant les caméras, mais loin des micros et des caméras, les rapports sont empreints d’amabilité et d’amitié", dit Mustapha Ben Jaâfar, en ajoutant : "ceux qui sont rassemblés dans l’hémicycle sont les amis d’hier, d’aujourd’hui, et sans doute de demain, étant pour la plupart des militants de longue date". Quant aux déclarations critiques, dont celle d’Issam Chebbi qui l’a accusé de manque d’impartialité, il rétorque : "Ces sont des déclarations de caméras, et une campagne électorale avant-terme".
Pour Mustapha Ben Jaâfar, "le constituant est un véritable combattant. Il travaille dans des conditions pénibles, aucun chef de groupe parlementaire, ou député n’a un bureau où il peut recevoir des invités, conserver ses documents ou se reposer. Le député remplit trois fonctions : l’élaboration de la constitution, la législation et le contrôle du gouvernement, sans compter le déplacement dans les régions"…Pour le président de la constituante, "aucun député, dans aucun parlement du monde ne supporte une telle charge de travail". Mustapha Ben Jaâfar a déploré les tentatives "visant à écorner la crédibilité de cette institution qui jouit de la plus grande légitimité". A ses yeux, "la question d’augmentation des salaires des députés, a été traitée avec légéreté et manque d’honnêteté". Comparés à leurs homologues d’Algérie, du Maroc, de Palestine et de Jordanie, les députés tunisiens sont au bas de l’échelle, même avec les augmentations, souligne-t-il, estimant que la focalisation sur la constituante tend "à ébranler la confiance du citoyen dans cette institution".
"Quelle est la différence entre un député, et un gouverneur, un délégué, un secrétaire d’Etat, ou un chef d’entreprise publique ?" s’interroge-t-il, en allusion aux privilèges dont bénéficient ces corps de métier et qui ne sont pas ceux des constituants. Il rappelle que l’hémicycle compte des députés qui ont renoncé à leurs privilèges à l’étranger, d’anciens médecins, avocats ; elle compte aussi 19 chômeurs, et 50 femmes qui habitent en dehors du Grand Tunis.
La question d’augmentation des salaires des constituants a été étudiée par la commission du budget pendant des semaines, celle-ci a présenté un rapporte au bureau de la constituante, qui a pris une décision, a-t-il dit en substance. "On a institué cette indemnité, car le coût de l’hôtel est très élevé, de loin plus élevé que celui de la défunte chambre des députés, étant donné l’intensité de l’activité des constituants".
"C’est l’assemblée constituante qui est l’autorité originelle. La décision du président de l’assemblée est irrévocable, même si elle peut-être discutée ou révisée", c’est en ces termes que Mustapha Ben Jaâfar a répondu au chef du gouvernement et son annonce : "je ne signerai aucune augmentation". Le président de l’assemblée évoque "des dérapages et des déclarations mal à propos", qu’il explique par "les pressions sociales et des médias".
"Dans le cadre de l’organisation provisoire des pouvoirs publics, chaque autorité doit se limiter à ses prérogatives, selon le président de l’assemblée. Je ne renoncerai pas à mes droits", assène-t-il plus loin, annonçant fermeté et rigueur en la matière. Mustapha Ben Jaâfar se plait à le réitérer : "la constituante est l’autorité originelle, et il n’y pas lieu de s’immiscer dans es prérogatives". Et d'ajouter : "on tend à conférer la transparence à nos travaux, et j’appelle les présidences de la république et du gouvernement à en faire autant". Histoire de dire que c'est moi le chef, et c'est moi qui commande. La dispute de leadership au sein de la troïka semble bel et bien commencer.
Mustapha Ben Jaâfar récuse les critiques récurrentes adressées à l’assemblée constituante quant à sa supposée inaction et ses atermoiements d’écrire la constitution. "De novembre à février, la constituante a mis en place toutes les institutions". Quant à la constitution, il explique que sa rédaction nécessite peu de temps, une fois les accords auront été trouvés sur les questions fondamentales des libertés, de l’égalité homme/femme, rapports Etat/religion, ainsi que sur "le régime politique qui fera l’objet d’une controverse car les avis là-dessus sont divergents". Il a annoncé que le comité de coordination des commissions constitutives va se réunir la semaine prochaine pour fixer le calendrier de la rédaction de la constitution et déterminer si l’on peut atteindre l’objectif que l’on s’est assigné, c'est-à-dire achever la rédaction de la constitution d’ici le 23 octobre.
Sur le rôle de l’UGTT, le président de l’assemblée admet que la centrale syndicale a le droit de se considérer comme un partenaire politique et social, mais ceci lui fait assumer une responsabilité supplémentaire, et l’accule à soutenir l’effort national, sinon les choses peuvent se détériorer et la Tunisie risque de se trouver dans la situation de la Grèce ou d’autres pays de l’Union européenne qui sont au bord de la banqueroute. Il fait part de la volonté réelle du gouvernement de régler ces affaires dans le cadre des moyens disponibles.
Le président de l’assemblée considère la dégradation de la note de Standard & Poor’s comme une sonnette d’alarme pour que la Tunisie se redresse, améliore son climat d’investissement, rétablit la sécurité, et assoit une situation financière et un cadre légal sains. Il précise néanmoins que la note de S&P concerne l’année 2011 et non le gouvernement actuel qui a pris les commandes en décembre 2011.
Le Président de l’assemblée estime qu’il ne faut pas focaliser sur les aspects négatifs et occulter les choses positives, au risque de donner une image biaisée de la Tunisie, évoquant la position rendue publique dernièrement par le fonds monétaire international (FMI) qui évoque une redynamisation de l’économie tunisienne.
Le dossier des martyrs et des blessés de la révolution constitue "la priorité des priorités", selon le président de l’assemblée qui déplore la multiplicité des intervenants en la matière, chose qui a ralenti la mise en place de solutions. "Ce dossier doit-être résolu d’ici la fin juin". Idem pour la justice transitionnelle dont le cheminement doit-être clair aux yeux de l’opinion publique. Le président de l’assemblée appelle le gouvernement à tenir une conférence de presse à la mi-juin pour dévoiler son programme à ce sujet.
Mustapha Ben Jaâfar a enfilé par la suite la casquette de Secrétaire général d’Ettakatol pour s’exprimer sur les soubresauts survenus au sein de son parti. "Ettakatol va bien", dit-il. "Le parti a connu de grandes mutations, et dans la foulée il a eu un problème avec des opportunistes, ceux qui étaient en quête de butin", indique-t-il, accusant les dissidents et les démissionnaires du FDTL de confondre démocratie et sièges. Il réfute toutes les accusations de despotisme qui lui sont adressées par ses contempteurs. A ses yeux, "a révolution est intervenue dans le pays et non dans les têtes".
Mustapha Ben Jaâfar s’est, par la suite, posée une question qui ne va pas manquer d’irriter ses opposants et détracteurs : "Y-a-t-il aujourd’hui une alternative sérieuse à la troïka ?" Pour lui la réponse est non, au vu d’une scène politique éparpillée. Le chef de l’assemblée s’affiche néanmoins en rassembleur : "j’encourage toutes les tentatives pour rassembler les démocrates, et les forces afin qu’aucun parti n’aura en tête qu’il peut étendre son hégémonie, et revenir au parti unique, dit-il en allusion au partenaire d’aujourd’hui, qui pourrait ne plus l’être à l'issue du scrutin annoncé au printemps 2013.
H.J.
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Commentaires
Ecrit par eshmoun 09-06-2012 10:54
Ecrit par Tunisian 07-06-2012 22:26
Je me demande, ces gens qui sont tous les jours faire que du bla bla c’est quoi leurs productions ? Pour qu’ils demandent l’augmentation de salaire. Et qui c’est qui paye pour cette augmentation ?
Moi, j’ai appris de mes grands : beaucoup de capitaines, le navire coule.
Ecrit par Jawhar 05-06-2012 10:33
Ben Jafar disait que l'idée est de ne pas avoir un seul parti au pouvoir ! c'est le cas !
Il ne devait pas y avoir un majoritaire dans l'ANC (>50%) suite à la coalision c'est le cas !
Ecrit par Montygolikely 04-06-2012 15:23
Ecrit par al07 04-06-2012 10:02
PROVISOIRES !!
Et pourtant,"ILS" agissent comme si "ILS" étaient irremplaçables ! Faut il leur rappeler que les cimetières sont remplis de gens "irremplaçables" ?? Un peu de modestie Messieurs et Mesdames !!