Avec l’installation du nouveau gouvernement, la Tunisie rentre dans une certaine normalité politique. Les choses sont maintenant plus claires, et les trois institutions en charge des affaires pendant cette deuxième période transitoire, censée s’étaler sur une année, rempliront leurs fonctions conformément à la loi portant organisation provisoire des pouvoirs publics, communément appelée mini-constitution.
Le pouvoir est donc partagé entre le président de la République, le président de la Constituante et le chef du Gouvernement. En face, il doit y avoir impérativement un contrepouvoir, incarné principalement par l’opposition. Or de ce côté-là, les stratégies sont titubantes, et le cheminement hésitant. Les principaux partis d’opposition dont le Parti Démocratique Progressiste (PDP), Ettajdid, où le plus jeune Afek Tounes ne semblent pas encore fixés sur l’avenir, et l’idée de s’unir dans un seul parti, dit" progressiste, démocratique, moderniste", ne semble pas enthousiasmer l’ensemble.
Dans une démocratie, le rôle de l’opposition est primordial. Dans les démocraties anciennes, le paysage politique obéit à la logique de dualité gauche, droite ; conservateurs, progressistes. Autour de ce clivage entre les deux principales formations qui s’alternent au pouvoir, gravitent, pour ne citer que ceux-ci, des partis du centre, d’extrême gauche, et d’extrême droite. Ces derniers reprennent du poil de la bête à l’approche des échéances électorales, leur discours est scruté, leur électorat potentiel est courtisé par les grands partis, autant que leurs leaders dans l’espoir d’un éventuel ralliement.
En Tunisie, la scène politique a subi un profond remue-ménage après le 14 Janvier. Face à l’inflation partisane, il y avait une inquiétude que le paysage politique ne se disloque et que les élections ne favorisent une dispersion des voix, ce qui aurait donné lieu à une assemblée constituante disparate, et aurait, par ricochet, favorisé l’instabilité. Ceci n’a pas eu lieu fort heureusement. Le scrutin a dégagé les principales forces politiques, a donné lieu à une majorité (au pouvoir) et une minorité (dans l’opposition), ce qui contribuera à la maturité de l’expérience démocratique tunisienne, même si l’on est encore à une étape transitoire, et constitutive.
Face à la nouvelle donne, l’opposition semble se chercher encore. Sa coalition ne dépasse pas, en l’état actuel, les murs de l’hémicycle ; elle n’est guère pensée dans une perspective électorale. La naissance d’une grande formation progressiste centriste, comme certains l’appellent de leurs vœux, paraît encore lointaine. La démarche est, somme toute, complexe et requiert une réorganisation et une restructuration, auxquelles, les partis concernés ne sont pas forcément prêts. Si l’on y ajoute la peur d’une guerre des égos, on comprend mieux les réticences envers une possible fusion inter-partisane.
Hormis cet aspect organisationnel, il y en a un, encore plus important, c’est le projet sur lequel l’opposition va bâtir sa stratégie politique. Par rapport à quoi va-t-elle s’opposer ? Ou doit-elle trouver sa ligne de fracture avec la coalition au pouvoir ? Ou doit-elle puiser sa ligne politique qui ferait d’elle une alternative crédible. C’est là où sa mission semble la plus ardue. Et cela pour deux principales raisons.
La première est que tout le monde fait aujourd’hui le même diagnostic de la situation en Tunisie, et les priorités font l’objet d’un consensus national.
La deuxième est que l’opposition est face à une coalition au pouvoir, dont le chef de fil est le puissant mouvement Ennahdha. Cette coalition qui paraissait de prime abord temporaire, tactique et dictée par les résultats du scrutin, se veut être stratégique. Mustapha Ben Jaâfar l’a bien dit, son alliance actuelle avec Ennahdha et le CPR peut se transformer "en coalition stratégique". Hamadi Jebali en a exprimé le même vœu hier sur la télévision nationale. Voici ce qui complique davantage la tâche à cette opposition qui se retrouve, à plus forte raison, face à une coalition avec laquelle elle a en partage les appels pour la démocratie, le progrès, la modernité, la préservation des acquis de la femme... sur fond de la préservation de notre identité et de nos valeurs arabo-musulmanes auxquelles les Tunisiens tiennent comme à la prunelle de leurs yeux.
L’opposition doit donc faire preuve à la fois d’originalité, et de pragmatisme, tout en ayant à l’esprit qu’elle est face à un peuple intelligent, aguerri par les longues années de dictature, et capable de distinguer le bon grain, et l’ivraie. Sur quoi doit-elle donc bâtir sa stratégie ? Essentiellement sur un projet économique fiable, gage d’un pays souverain, et sur un projet sociétal tuniso-tunisien, garant d’un citoyen libre et digne.
L’opposition gagnera à ne pas singer l’occident, à oublier le disque rayé de la laïcité, et à rénover ses concepts et son discours. Et là un exemple mérite d’être souligné : celui donné par Nejib Chebbi, leader historique du PDP, qui a suggéré, lors d’un récent entretien avec le journal Assabah de substituer le terme "contemporanéité" à celui de "modernité". Pas mal comme idée qui reflète une volonté de s’éloigner des poncifs dont les Tunisiens sont las.
Une opposition qui se réinvente, et qui rénove ses concepts et ses programmes en étant en phase avec les attentes des Tunisiens, aurait beaucoup plus de chances de gouverner un jour, qu’une opposition qui s’inscrit en permanence dans un choc frontal avec la majorité, et qui cherche par tous les moyens à la discréditer, lui déniant même les circonstances atténuantes, imposées par cette conjoncture exceptionnelle d’une Tunisie qui émerge à peine des ténèbres la dictature.
H.J.
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Commentaires
Ecrit par khammous 31-12-2011 00:00
2/Les partis Bourguibiens et destouriens d'avant le 7nov font pareil
3/ Les deux pôles, démocrates et bourguibiens , pourront passer un pacte électoral sur la base d'un programme commun.
4/ Le nouveau code électoral ne permettra plus que 1200000 voix tombent dans la poubelle.
5/ Une grande partie des 80% qui n'ont pas voté ENNAHDHA seront récupérés.
Tout cela doit être effrayant pour certains mais c'est la règle .
RIRA BIEN QUI RIRA LE DERNIER
Ecrit par Royaliste 30-12-2011 01:28
Today I am wise, so I am changing myself.
Rumi
Ecrit par hammadi 29-12-2011 14:31
Ecrit par oeil de Lynx 29-12-2011 12:11