Selon Mustapha Ben Jâafar, président de l'Assemblée nationale constituante, les partis d’opposition continuent leur campagne électorale avec les mêmes slogans. "Ils n’ont pas tiré la leçon de l’échec de la stratégie de polarisation binaire", dit-il, fustigeant les tentatives de troubler Ettakatol et de le déstabiliser de l’intérieur…
Dans une interview accordée au journal Assabah, dans son édition de ce samedi, Mustapha Ben Jâafar, juge la période dirigée par Béji Caïd Essebsi positive dans l’ensemble. Cela ne veut pas dire, dit-il, qu’elle est au dessus de la critique. "Lorsque nous l’avons critiquée, nous avons focalisé sur la cadence suivie, notamment en matière de jugement des symboles de la corruption, d'accélération sans précipitation de l’examen des dossiers du despotisme, du manque de rigueur en matière de restitution des fonds et des entreprises du peuple tunisien extorqués par la famille et les proches du despote. Nous étions toutefois, conscients de la difficulté de réalisation de tout cela, étant donné que la majorité des ministres du précédent gouvernement était constituée de technocrates, et n’était pas en harmonie avec la révolution, et ses objectifs. Nous n’avons pas senti un quelconque enthousiasme chez ces ministres pour répondre aux attentes de l’opinion publique, c’est ce qui explique la rupture entre ce gouvernement et l’opinion publique, et illustre la poursuite des sit-in".
Interrogé sur sa perception du paysage politique postélectorale en Tunisie, le président de l’Assemblée constituante estime que "ce paysage est très clair, après des élections démocratiques, qui ont enfanté une réalité politique déterminée, qui pourrait ne pas répondre à nos ambitions, et au scénario ayant constitué le cadre d’action d’Ettakatol".
Sur ce scénario, Mustapha Ben Jâafar dit avoir prôné même avant les élections, "la nécessité de former un gouvernement d’intérêt national, rassemblant le maximum de forces politiques jouissant d’un poids dans le pays, en vue de participer à la gestion des affaires du pays. Ce gouvernement devait avoir un degré de rigueur tel, lui permettant de rétablir la sécurité et la stabilité, et de mettre fin aux revendications démesurées, ce qui aurait permis d’envoyer un message rassurant à l’opinion publique nationale et internationale. Mais, hélas, malgré les efforts que nous avons déployés après les élections, pour convaincre les différentes parties de cette conception, nous avons échoué, et le résultat est que nous nous sommes retrouvés dans le scénario classique : la majorité au pouvoir et la minorité dans l’opposition, c’est comme si nous étions dans une démocratie ancrée et enracinée. Le problème est que la minorité qui a choisi l’opposition, n’accepte pas le résultat de son choix. Elle a opté pour l’opposition, mais elle parle toujours de dictature de la majorité ; voire qu’elle essaie, à plusieurs reprises, d’imposer son opinion, et lorsqu’elle n’y parvient pas comme elle le souhaite, elle pointe le despotisme de la majorité ; cette logique ne tient pas. Comment peut-on reprocher à des partis qui ont réussi aux élections, et leur dénier le droit de diriger les rouages de l’Etat, a fortiori que les résultats des élections conduisent systématiquement à une majorité et une minorité".
Le président de la constituante admet sans doute le rôle de minorité, mais trouve que les partis de la minorité ne sont pas sortis du cadre de la campagne électorale. "Le problème aujourd’hui du paysage politique est qu’il y a des partis qui sont sortis des élections avec l’idée de penser à l’avenir selon la logique de gouverner et de répondre aux attentes des Tunisiens, d’autres partis ont continué leur campagne électorale avec les mêmes slogans, et partant ces partis n’ont pas tiré la leçon de l’échec de la stratégie de polarisation binaire, et focalisent encore sur le dénigrement du mouvement Ennahdha, alors que des tentatives existent pour troubler Ettakatol de l’intérieur, en vue de sa déstabilisation. La raison de cela est claire, c’est parce que la stratégie d’Ettakatol a réussi, dans la mesure où il représente aujourd’hui un parti central du pouvoir, et a sa place dans la majorité, et ce sans qu’il ne renie ses valeurs et ses objectifs".
Sur la possibilité que la coalition actuelle se transforme en coalition stratégique, Mustapha Ben Jaâfar estime que la coalition tripartite a été imposée par les réalités du pays, ainsi que par la priorité que l’on mène, réunis, ce processus démocratique transitoire à bon port. "Nous avons espéré que certains partis de la minorité, avec qui nous avons milité contre le despotisme et la dictature, seront avec nous, mais leur choix était autre". Et de poursuivre : "La question de coalition stratégique est justifiée, par le pari posé aujourd’hui dans le monde arabo-musulman, et tourne autour d’une problématique essentielle : comment peut-on résorber les forces de l’Islam politique, les intégrer dans un mouvement démocratique, et les inciter à accepter la règle du jeu à savoir l’alternance pacifique au pouvoir, et la séparation entre la l’espace religieux et l’espace politique. Il s’agit là d’un pari, que nous n’avons pas encore gagné. Nous avons entendu une déclaration d’intentions, soit dans les discours officiels, ou les déclarations des dirigeants du mouvement Ennahdha, ou encore à travers les dialogues menés dans le cadre du collectif du 18 octobre, ayant révélé que les points de convergence entre l’ensemble des composantes, de l’extrême droite, à l’extrême gauche, existent".
"Dans l’avenir, les choses vont se clarifier, car nous allons juger des politiques à travers la pratique, des positions, et des actions sur le terrain, et les choses ne se limiteront pas aux déclarations d’intention", souligne-t-il, en ajoutant : "Je demeure convaincu que cet examen est posé au mouvement Ennahdha, plus qu’aux autres partis politiques. Si Ennahdha arrive à montrer que les accusations de double-discours et autres qui lui sont adressées, sont infondées, nous aurions fait un pas important en direction de l’intégration de l’ensemble des forces nationales dans l’opération démocratique, on dissipera ainsi les suspicions et les craintes quant à l’éventualité de recul de nos acquis sociétaux, et l’on donnera un message clair d’attachement aux valeurs universelles, à ce moment là, la Tunisie aura réussi son processus démocratique, transitoire. L’important dans cela est que nous allons nous transformer en modèle qui ne confirmera pas uniquement la possibilité d’adéquation entre la démocratie, la religion, et l’identité arabo-musulmane, mais aussi nous donnerons un exemple au monde, sur la capacité des sociétés musulmanes de s’adapter au jeu démocratique et d’y adhérer".
Sur la pérennité de la coalition tripartite, et sa capacité de se transformer en alliance stratégique, Mustapha Ben Jaâfar dit ne pas douter de la capacité de la coalition de franchir l’étape transitoire jusqu’aux prochaines élections, "mais il s’agit là de notre première expérience au pouvoir, et la Tunisie dans son ensemble est en phase d’apprentissage de la démocratie. Cela s’illustre singulièrement au sein de l’assemblée constituante où les choses sont en train d’évoluer dans le sens de plus d’organisation et de conformité avec une logique consensuelle, participative, et cela va se refléter sur la culture du citoyen et sa conduite dans la rue".
"Notre espoir est de mettre durant cette année les piliers de la construction démocratique, du comportement démocratique, du respect de l’avis contraire, de l’acceptation de la majorité et de la minorité. Personnellement, je demeure optimiste quant à la réussite de la troïka au pouvoir, spécialement à travers l’interaction avec les autres forces et les médias, étant un important contre-pouvoir". Après cela, la voie sera ouverte aux compétiteurs, souligne-t-il en substance.
Gnet
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Commentaires
Ecrit par jawhar 07-01-2012 18:57
Ecrit par alfalfa 04-01-2012 00:27
Ecrit par khammous 03-01-2012 13:26
Ecrit par lecteur 03-01-2012 10:25
j'aimerai comprendre!
Ecrit par khammous 02-01-2012 23:45