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Dimanche 26 Octobre 2014         

Tunisie, "l’état de grâce islamiste sera fugace" (Jean Pierre Filiu)

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Publié le Mercredi 21 Mars 2012 à 00:04
Jean Pierre FiliuJean Pierre Filiu, auteur "de la révolution arabe, dix leçons sur le soulèvement démocratique", connait bien la Tunisie où il a été en poste sous Ben Ali. Il est intervenu ce soir (mardi) sur la révolution tunisienne, lors d’un colloque organisé à Paris par Sciences Po-CERI (centre d’études et de recherches internationales), en partenariat avec le magazine Alternatives Internationales et l'Ecole des Affaires Internationales (PSIA-Sciences Po), autour du thème : "Quelles perspectives pour la démocratie après les Printemps arabes ?"

"La révolution n’est pas du jasmin, mais de la dignité thawrat al-karama. C’est la révolution du pays vrai et réel contre ce qu’on appelle la Tunisie utile", atteste ce professeur associé à Sciences Po Paris. Il rassure d’emblée : "il n’y a pas d’homo-islamicus, mais de l’homo-democraticus". A ses yeux, "le printemps arabe est le début d’une séquence historique, et d’un mouvement de grande ampleur".

Pour Jean Pierre Filiu, les révolutions sont inscrites dans un profond processus historique de deux siècles. "C’est un grand mouvement de fond qui ressurgit, et qui est le prolongement de la nahdha, (renaissance arabe). Il y a une islamisation de la modernité inscrite dans la renaissance arabe qui n’est pas uniquement Taha Hussein et Gibran Khalil Gibran, mais Mohamed Abou et Rachid Ridha", argumente-il.

Le conférencier prêche la compréhension de la réalité tunisienne. "Il ne faut pas oublier que Bourguiba a tué plus de Tunisiens que Ben Ali. Alors que la constituante de 1959 a prévu une monarchie parlementaire, Bourguiba l’a modifié et a instauré une présidence autoritaire, puis une présidence à vie". Il s’arrête à la répression des youssefistes par les bourguibiens. "Le père de Hamadi Jebali était youssefiste, il a été mis en prison par Bourguiba".  

Sur la révolution tunisienne, objet de son propos, le conférencier rappelle qu’elle "a permis de faire tomber le cœur d’un régime que l’on croyait inébranlable, car l’armée s’est comportée d’une manière républicaine". "La révolution tunisienne est pacifiste, il n’y a pas eu de règlements de compte, de vengeance et de justice sommaire, mais une demande de justice par les institutions". Il cite "Béji Caïd Essebsi, un bourguibien plein de principes qui a conduit cette transition, Iyadh ben Achour, président de la haute instance pour la réalisation des objectifs de la révolution, qui a remarquablement préparé la phase actuelle, et Kamel Jendoubi, président de l’instance supérieure indépendante des élections qui a éminemment contribué à la transition". il lance un tantinet taquin : "On aimerait bien avoir un scrutin au Maroc ou en Egypte superviser par une commission indépendante, mais il faut toujours rêver".

"Vive la Tunisie libre"
Dans son récit de la révolution tunisienne, l’intervenant s’arrête à une déclaration controversée, la qualifiant "d’un coup de tonnerre dans un ciel qui n’était pas serein". "C’était le 13 novembre, lors d’un meeting à Sousse et devant une militante de Hamas, Hamadi Jebali s’est prononcé en faveur du 6ème califat. Cela faisait désordre pour un parti qui disait qu’on était à quelque chose près l’équivalent de l’AKP", souligne-t-il, devant une salle archi-comble.

"Hamadi Jebali a eu un parcours extraordinaire. Il a passé plus de 15 en prison dont 10 ans en confinement", rappelle-t-il ; "le voir à Davos" semble l’épater. Sur la situation actuelle, Jean Pierre Filiu estime que "c’est l’état de grâce islamiste, mais il sera fugace". Selon son analyse, "Ennahdha se trouve confronté à deux équations : une équation sociale avec des attentes fortes de la population, face auxquelles son programme est d’une indigence rare. D’où la confrontation avec l’UGTT qui n’est pas tournée à l’avantage d’Ennahdha. Et l’équation des salafistes qui veulent imposer leur vision sur la constitution". Et d'exhorter : "Pour Ennahdha, c’est l’heure de vérité, il ne devrait plus maintenir aucune ambigüité sur les ennemis de la démocratie".

"La révolution a été menée sous la bannière du drapeau, il y a eu un attachement à la patrie, aux frontières post-coloniales, et toutes les forces qui comptent sur un parrain extérieur même arabe, s’attendent à des années qui déchantent", met-il en garde, en réponse à une question sur le rôle des forces régionales, notamment le Qatar et l’Arabie saoudite dans les révolutions arabes.

Interrogé sur l’impact de la situation économique difficile sur la démocratisation de la Tunisie et de l’Egypte, le conférencier évoque "l’économie du pétrole, utilisée pour garantir la stabilité de tel ou tel régime, et financer un certain nombre de forces".

S’agissant du  tourisme, "c’est le moment ou jamais d’aller en vacances en Tunisie, les gens sont délicieux et vous allez avoir des facilités extraordinaires", lance-t-il avec le sourire.

Jean Pierre Filiu se veut rassurant :  "Je ne peux pas avoir du souci pour la Tunisie, il est clair que le défi majeur pour les islamistes est de ressembler au modèle turc, mais celui-ci n’est pas une idéologie, c’est un point de croissance et la grande gueule d’Erdogan sur Gaza. Si les islamistes tunisiens continuent à avoir la grande gueule alors que l’économie dégringole, ils risquent d’être sanctionnés aux prochaines élections", prédit-il. Il conclut sur une incantation : "Vive la Tunisie libre, le seul pays qui s’est donné les moyens d’aller jusqu’au bout des objectifs de la révolution".
H.J.

 

 

Commentaires 

 
+9 #3 une occasion en or
Ecrit par baniwatani     21-03-2012 10:42
j'ai beaucoup admiré l'analyse de Jean Pierre Filiu, ce qu'il a dit est vrai, la situation politique, économique et social n'est pas catastrophique mais alarmante, et c'est normal pour un pays qui a passé plus de 50 ans sous une dictature totale, aujourd'hui Ennahdha a une occasion en or de tout remettre en ordre c'est à dire de savoir résoudre l’équation entre les modernistes et les conservateurs et en particulier les salafistes, si elle réussit la Tunisie sera une deuxième Turquie.
 
 
+12 #2 soyons uni(e)s....
Ecrit par Ninou     21-03-2012 09:30
A nous tous, tunisiens et tunisiennes, toute tendance confondue, prière de lire et relire les commentaires de Mr. Filiu, on a beaucoup de réponses à nos préoccupations malgré que chacun de nous dans son sub-conscient a déjà la réponse mais par égoisme,par amour propre ne veut pas céder et là où ça blesse...soyons uni(e)s, c'est le seul moyen de réussir et là on sera tous gagnants.
 
 
+2 #1 Comparaison n'est pas raison !
Ecrit par al07     21-03-2012 00:50
Puisque ce Mr parle de la Turquie et de l'AKP d'Erdogan,il serait bien inspiré de
suivre un peu ce qui se passe en Turquie ou
l'islamisation rampante va bientôt effacer
toute laïcité !!
 
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