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Samedi 20 Décembre 2014         

Tunisie, les habitants de Nefza lancent un cri de détresse

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Publié le Mardi 17 Janvier 2012 à 18:15
Nefza vit dans la pauvretéNefza est une ville du Nord-ouest de la Tunisie, à 110 kilomètres de Tunis. Depuis hier, la ville est entrée dans un mouvement de protestation, qui s’est poursuivi aujourd’hui et qui ira crescendo dans les prochains jours. Les habitants veulent attirer l’attention sur leur triste sort et souhaitent juste d'être écoutés.  

Le long feuilleton tunisien des sit-in et mouvements de protestation n’est pas près de connaître son épilogue. Les raisons sont partout les mêmes. La Tunisie profonde, longtemps marginalisée, et ses habitants laissés pour compte, désespère et n’accepte plus de souffrir en silence.

Depuis hier, les habitants de Nefza ont décidé de faire entendre leur voix, les trois entrées de la ville au niveau de Béjà, Bizerte et Tabarka ont été fermées. Les lycées ont arrêté les cours dès le matin, des manifestations pacifiques ont parcouru les artères de la ville. Les banques et la poste ont fermé et sont gardées par l’armée, seuls les écoles et les jardins d’enfants sont restés ouverts. Ce mouvement s’est poursuivi ce mardi et est appelé à s’intensifier dans les prochains jours. Gnet a recueilli par téléphone des témoignages des habitants de la ville, tous racontent avec amertume leur vécu très dur, fait de chômage, de précarité et de pauvreté.

Meriem Assouani, est marié depuis huit ans, et mère d’un enfant. "Depuis trois ans, mon mari et moi-même sommes au chômage ; je remercie Dieu que j’ai un seul enfant, et une petite maison ; mais, sans source de revenus, la vie est très dure. Mon mari a un diplôme de technicien, et moi-même, je suis de niveau bac, nous avons frappé à toutes les portes, mais sans résultat. Ma patience s’est épuisée, et à, plusieurs reprises, je pense au suicide avant de me ressaisir", raconte Meriem attristée. "Nous sommes allés au délégué, au conseil de protection de la révolution, aux partis représentés dans la région, mais à chaque fois, nous sommes rentrés bredouille", déplore-t-elle. La jeune femme accepte même de travailler dans les chantiers, c’est mieux que de demander l’aumône ou de faire quelque chose de mal, dit-elle, mais là aussi, c’était trop demander. "Même ma famille vit dans une totale précarité, personne ne peut nous tendre la perche, mon mari s’est résolu depuis trois semaines à aller travailler sur un chantier à Jendouba, bien qu’il soit diabétique et sa santé ne lui permet pas de faire un tel travail éprouvant, mais on n'y peut rien, il faut bien que l’on survive".

Meriem soupçonne que les pratiques d’antan de pots-de-vin perdurent, "sinon comment expliquer que certains, qui ne sont pas vraiment dans le besoin, sont acceptés pour travailler sur les chantiers, et d’autres non". Elle évoque l’exemple de cette femme dont le mari est professeur qui a été dernièrement recrutée sur les chantiers, alors que d’autres candidats qui sont plus dans le besoin voient leur demande refusée, dénonce-t-elle. Mais qui décide de ces recrutements ? C’est le conseil de protection de la révolution, répond-elle, géré par un parti d’obédience nationaliste. "Même l’UGTT nous oriente vers le conseil. Je suis allée à Béjà et demandé de rencontrer le gouverneur, mais on n’a pas accédé à ma demande, me signifiant que ce n’était pas le jour des rencontres. J’ai dépensé des frais de déplacement pour rien".  

"Nous n’avons pas trouvé à qui nous adresser, qui peut faire entendre notre voix, toutes les issues sont fermées, regrette-t-elle amère. Il suffit que deux usines soient créées à Nefza pour que ses problèmes soit résolus, d’autant plus que la main d’œuvre est qualifiée et que tout le monde ne demande qu’à travailler", assure-t-elle, la voix résignée.

Ahlem, 2ème année français, poursuivait ses études à l’Institut des langues vivantes de la cité al-Kadhra, mais elle a été obligée d’interrompre ses études, après un redoublement, mais surtout, faute de moyens. "Il n’y a rien à Nefza, c’est une ville totalement marginalisée, minée par le chômage et la pauvreté. Excepté une maison de jeunes, et une maison de culture, la ville est dénuée, alors qu’une seule usine aurait pu sauver Nefza et sa population". Dans cette région, les gens vivent du néant, l’agriculture existe à petite échelle, mais n’attire personne, raconte-elle. "Pourtant, tous les jeunes de la ville sont instruits et détenteurs de diplôme d’enseignement supérieur, et de troisième cycle, mais ils passent leur temps dans les cafés, à se tourner les pouces. On dit que Nefza, est une ville touristique, c’est faux, il existe un seul hôtel, où l’on va pour boire de l’alcool", se lamente-elle. "On dit que les habitants de Nefza sont des fainéants qui boivent de l’alcool, mais qu’est-ce que vous voulez qu’ils fassent, s’ils n’ont pas d’autre occupation", s’insurge Ahlem.

"Dans le journal télévisé, on entend toujours parler de Gafsa, de Redeyef, de Kasserine, de Sidi Bouzid, mais jamais on ne parle de Béjà, de Nefza, le Nord-ouest est totalement délaissé et exclu", s’indigne la jeune femme. Comme Meriem, Ahlem se contente de travailler dans les chantiers. "Lorsque je suis allée au délégué pour lui demander de m’engager sur les chantiers, il m’a dit que ce travail ne correspond pas à ton niveau, et après j’entends que des gens sont engagés, usant de passe-droit, c’est cette injustice qui est dure à supporter", lance-t-elle desespérée.

Najwa Abdeli est directrice d’un jardin d’enfants à Nefza. Ses deux sœurs ont investi dans un même projet dans la région, qui abrite à peu près sept institutions analogues. "Ce n’est pas un projet lucratif, avec le loyer, l’eau, l’électricité, on s’en sort difficilement, d’autant plus que les familles nous paient entre 10 et 15 dt par enfant, ce qui ne nous permet pas de rentrer dans nos frais", nous confie Najwa, énumérant les mêmes problèmes dont souffre la ville.  

Trois partis sont implantés à Nefza soit le mouvement Ennahdha, Ettakatol et une formation d’obédience nationaliste, des partis qui sont juste là, mais qui n’ont aucune réponse à apporter à une population en détresse. Les autorités régionales sont inefficaces, de l’aveu des habitants, c’est ce qui accentue leur frustration et leur colère.  

Les habitants ne demandent rien dans l'immédiat, sauf que des responsables de Tunis, se déplacent sur les lieux, et écoutent leurs doléances. Au moins, "on s’apercevra qu’on n’est pas oublié", dit Ahlem. Les habitants se disent conscients que personne ne dispose d’une baguette magique pour que tout soit réglé maintenant, mais ils en ont assez d’être négligés, de ne pas trouver une oreille attentive, et des responsables sérieux et déterminés à les sortir de l’ornière.  

Ainsi il en va de Nefza, comme de plusieurs autres régions de la Tunisie, vivant sous le joug du triptyque maudit : chômage, pauvreté et maladies psychiques et physiques. Ce mardi, au soir, certains accès de la ville ont été rouverts pour permettre à quelques voitures de regagner la région, demain, le mouvement va reprendre de plus belle, et ne s’arrêtera que lorsqu’un responsable se rende sur les lieux et prenne note des problèmes de la ville et de ses souffrances.

H.J.


 

Commentaires 

 
+1 #11 RE: Tunisie, les habitants de Nefza lancent un cri de détresse
Ecrit par hammadi     19-01-2012 11:17
nefza c'est un pâtelin où 99% des femmes sont voilées, CQFD
 
 
-1 #10 Mouvement du peuple unioniste progressiste
Ecrit par Bakker     18-01-2012 20:58
A Nefza, le Mouvement du peuple unioniste progressiste est arrivé premier, devant Ennahdha avec 24% des voix, c'est à dire les 2/3 des voix dans la région pour cette liste. Allez sur le site de l'ISIE et vous verrez que dans toutes les villes où il y a des troubles, il y a au moins une liste indépendante progressiste ou gauchiste qui a obtenue un bon score, voir très bon, comme ici. Je n'accuse personne, je trouve simplement l'information intéressante.

Voilà le lien pour les résultats détaillés:

www.isie.tn/Ar/rsfinal.php
 
 
+5 #9 Situation en Tunisie
Ecrit par nefzawi     18-01-2012 20:12
La grève et après .... Dans les democraties les grèves viennent après avoir négocié, dans les pays Taw-Taw c avant. C la difference entre un peuple civilisé et un groupe de profiteur
 
 
+1 #8 Nefza bled 3dhima
Ecrit par nefzawi     18-01-2012 20:07
Unw question tres simple
Pk les grèves mnt et non pas il ya 2 mois ?
 
 
-1 #7 @gnet
Ecrit par oeil de lynx     18-01-2012 13:50
J'ai compris (mon commentaire n'a pas été publié). Apparemment çà censure sans rendre de compte. Même du temps du Ben on n'a pas vu çà.
La démocratie est en marche!
Alors Bonne continuation!

NDLR
Aucun de vos commentaires n'a été censuré. Peut-être qu'il y a eu erreur. Ceci dit, la Rédaction ne pratique pas la censure, et n'intervient que sur les commentaires qui comprennent des propos blasphématoires, ou des invectives. Merci.
 
Ces commentaires n'engagent que leurs auteurs, la rédaction n'en est, en aucun cas, responsable du contenu.

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