sur   
Suivez-nous
Accueil l Temps Fort l National l Monde l Sport l Net & Informatique
Vendredi 23 Juin 2017         

Tunisie, les familles des martyrs de la révolution crient vengeance

Imprimer Envoyer
Publié le Mercredi 13 Juillet 2011 à 13:20
Des régions tunisiennes ont payé le plus lourd tribut à la révolution. Les familles des martyrs de la révolution tunisienne sont à mille lieues de faire leur deuil. Plus de six mois après le 14 janvier, elles pleurent encore leurs enfants tombés sous les balles, sans que les coupables ne soient jugés…elles crient vengeance et appellent à une justice révolutionnaire pour les rétablir dans leurs droits...

Ils sont venus de toutes les régions de Tunisie : Kasserine, Regueb, Sidi Bouzid,  Zaghouan, Mornag, Hammam-Lif…dans l’espoir de trouver un quelconque réconfort à leur douleur qui reste intacte, de longs mois après la révolution. C’était à l’occasion d’une table ronde organisée hier en fin d’après-midi à Tunis, par l'association "Awfiaa" des Familles de Martyrs et des Blessés de la Révolution, en partenariat avec la mission Tunisie du REMDH (Réseau Euroméditerranéen des Droits de l'Homme). Ordre du jour : "Recours à la justice militaire en période de transition démocratique".

"Les affaires des martyrs et des blessés de la révolution étaient initialement traduites devant la justice civile, cinq mois après, elles étaient transférées à la justice miliaire", explique Lamia Ferhani, présidente de l’association Awfiaa. La question est de voir la pertinence de  confier ces affaires au tribunal militaire, a fortiori que ces tribunaux qui constituent des tribunaux d’exception, n’assurent pas des procès équitables tant pour les victimes et leurs familles que pour les accusés, souligne-t-elle en substance. La magistrate Kalthoum Kanou la rejoint, "on aurait préféré que ces affaires soient jugées par la justice civile, car la justice militaire reste une justice d’exception et ne fournit pas les garanties aux familles des martyrs et  aux blessés de la révolution".

Le tribunal militaire a été crée à Tunis en 1957. Peu après, ont été créés deux tribunaux militaires à Sfax et au Kef,  rappelle Me Faouzi Ben Mrad, dans une communication intitulée, "le domaine de compétence de la justice militaire". Le tribunal militaire  a trois domaines de compétence sur lesquels il est habilité à statuer, explique-t-il : les affaires survenues au sein de l’institution militaire ; celles où les accusés ou les victimes sont des militaires ; ou encore dans les affaires commises contre l’institution militaire. Mais, "depuis 1995, la doctrine légale du tribunal miliaire a changé, et des membres de la douane ont été traduits devant ses juridictions", souligne-t-il, en allant jusqu’à demander "l’annulation de ce tribunal dont nous n’avons pas besoin lors de cette conjoncture que traverse la Tunisie". La question est de savoir si son annulation va influencer les affaires de martyrs et blessés de la révolution, s’interroge-t-il.

La parole allait être donnée par la suite au juge Mokhtar Yahiaoui, mais une femme éclate en sanglots. "Je n’ai rien compris de ce qui a été dit, vous nous avez fait venir dès 4 heures du matin, pour nous raconter cela". Il n’en a pas fallu plus pour que la tension montre d’un cran, la colère des familles des martyrs était à son comble. Nos compatriotes encore endeuillés dénoncent les atermoiements en matière de jugement de leurs affaires, et rouspètent d’être menés en bateau. Ils ont fustigé les médias d’avoir oublié les martyrs, et d’être passés rapidement à autre chose.

"C’est grâce au sang des martyrs que Béji Caïd Essebsi est remis en selle"

"Nous ne sommes pas là, pour demander de l’argent, car la révolution était celle de la dignité. Nous voulons que justice soit rendue", lance un blessé venu de Regueb. "Nous avons enquêté, nous sommes arrivés à ceux qui ont tiré à balles réelles et tué nos enfants, mais le ministère de l’Intérieur refuse de livrer ses agents à la justice", accuse-t-il.

"Peu importe que nos affaires soient traduites devant la justice civile, militaire, ou même israélienne, l’essentiel est qu’on soit réhabilité dans nos droits", s’emporte l’un des proches des martyrs. Il regrette amer qu’un agent du ministère de l’Intérieur connu pour avoir tué, ait bénéficié d’une montée en  grade.  "Le ministère de l’Intérieur refuse de livrer les siens, donnez-nous une solution, ce n’est pas le moment de faire une polémique sur qui des tribunaux civil ou militaire doit statuer sur nos affaires".

"Nous voulons que les criminels soient jugés", insiste un autre témoin. "Béji Caïd Essebsi doit défendre les familles des martyrs. Car, c’est grâce au sang des martyrs qu’il est remis en selle sur la scène politique, c’est lui qui doit défendre le plus les martyrs".

Venue témoigner, une maman éplorée de Mornag raconte : "mon fils participait à une manifestation pacifique, on lui a tiré dessus, ça lui a valu quatre opérations chirurgicales". "Il est aujourd’hui hémiplégique", ajoute-t-elle, la voix étranglée. "Les agents qui ont tué et blessé ont été permutés et dispatchés sur les différents commissariats, et continuent à vivre tranquillement", dénonce-t-elle.

"Le sang de nos enfants n’est pas à brader, il ne doit pas se perdre entre les ministères de l’Intérieur et de la Défense", fulmine un blessé, en criant vengeance. "A côté des dédommagements matériels, nous voulons que les coupables soient jugés, sinon, nous allons nous faire justice nous-mêmes". Une maman d’un martyr de Kasserine prévient, "j’ai encore quatre fils, des neveux, et ils sont prêts à faire une autre révolution pour protéger la révolution, si justice ne nous est pas rendue".

Des témoignages aussi poignants les uns que les autres. Tous revendiquent le même droit, "que la loi du Talion soit appliquée. Ceux qui ont tué à sang froid doivent répondre de leurs actes", exigent-ils. Fadhel Ben Taher, frère du Pr Hatem Ben Taher,  nous dit que l’affaire de son frère, professeur universitaire, tué de son froid à Douz le 12 janvier lors d’une manifestation pacifique, a été transférée du tribunal de première instance de Kébili au tribunal militaire de Sfax, sans qu’aucune condamnation ne soit mentionnée dans le dossier . Fadhel récuse que l’affaire de son défunt frère soit jugée par les lois actuelles, et demande "une justice révolutionnaire".

A presque 21 heures, après avoir exprimé leur douleur, les familles semblaient comme délivrées un tant soit peu d’un fardeau. L’ambiance s’est apaisée, et la séance était levée. "Nous vous avons écoutés. Maintenant, c’est à votre tour de nous écouter, et ce sera dans votre intérêt," dit Me Lamia Ferhani. L’ordre du jour étant chamboulé, mais la table ronde a quand même abouti à une recommandation centrale, celle d’appeler à confier les affaires des martyrs et blessés de la révolution à la justice civile.  "Nous allons soumettre une demande officielle dans ce sens au gouvernement", nous confie Lamia Feriani. Cet avis était celui des magistrats et avocats présents à cette table ronde dont Mokhtar Yahiaoui, Kalthoum Kenou, Mohamed Abbou, Faouzi Ben Mrad et d’autres.

Au cours de cette table ronde, pas comme les autres, mais utile à plus d’un titre, la voix de la sagesse était celle d’Ahmed Mestiri. Avant de quitter la salle, il s’adresse en ces termes à l’assistance : "Ecoutez mon conseil mes enfants. J'ai 86 ans et j’ai tenu à répondre à l’invitation. Les Tunisiens ont une dette envers les martyrs. Leurs affaires doivent être traitées au niveau national et central, ce n’est pas une question de justice militaire ou civile. Vous devez donner des dossiers complets et précis à l’association, et c’est sur cette base qu’elle négociera avec le gouvernement, recommande-t-il,  reconnaissant le droit des familles des martyrs à un important dédommagement matériel et moral à la mesure des préjudices subis.
H.J.


 

Commentaires 

 
0 #8 RE: Tunisie, les familles des martyrs de la révolution crient vengeance
Ecrit par ramondo     15-07-2011 11:21
Que la justice soit faite,dans tous les domaines. mais pas la vengeance comme il est dit,le RCD est traitre ainsi ceux qui tiennent encore le pouvoir d'une manière illégitime et signent des traités des conventions au nom du peuple ,lui prennet la parole.
 
 
0 #7 mauvais titre
Ecrit par riadh     15-07-2011 10:43
D après cet article, ces familles sont vraiment dignes, et elles ne demandent pas "vengance" mais que justice soit faite.
 
 
0 #6 RE: Tunisie, les familles des martyrs de la révolution crient vengeance
Ecrit par Hédi     13-07-2011 18:50
Le titre est vraiment innaproprié quand on voit les revendications des familles. Elles demandent simplement justice, et ne crient en aucuns cas à la vengeance.
 
 
0 #5 RE: Tunisie, les familles des martyrs de la révolution crient vengeance
Ecrit par mohamed     13-07-2011 17:12
mmmm
 
 
0 #4 a si dimassi taoufik
Ecrit par mohamed     13-07-2011 15:57
ماهذا التضارب في الاقوال تريد اولا ان الفضاء ياخذ مجراه ثم تنتقد كيف تقع الايقافات
تقول المحافظة على سلامة المواطن ولا تقع محاسبة الذين نادوا زملاءهم بترك مراكز الامتحانات
تقول ليس هنالك قناصة والذين اطلقوا الرصاص
من ا سطح المراكز من يكونون تقول ليس هنالك تعذيب والتعيب موجود وتقول هاتو الدليل كفاك تمويه يا سي توفيق
 
Ces commentaires n'engagent que leurs auteurs, la rédaction n'en est, en aucun cas, responsable du contenu.

Ajouter un Commentaire

Code de sécurité
Rafraîchir

 
  • Temps fort
  • Sur le vif
  • National
  • Monde
  • Sport
  • Net & Info
 Lire aussi



GlobalNet - 53, Rue des Minéraux, La Charguia I 2035 Tunis, Tunisie ( Plan d'accès )
Hotline commerciale : 70 132 133 - Hotline technique : 70 132 131 - Hotline réabonnement : 70 132 100
E-mail : globalnet@gnet.tn  - Fax : (216) 70 014 040
© Copyright GlobalNet 2006 : Fournisseur d'accès Internet en Tunisie - ADSL Tunisie . All rights reserved