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Jeudi 20 Juin 2013         

Tunisie : le fait du prince ou la dislocation de la troïka !

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Publié le Lundi 25 Juin 2012 à 17:30
Le torchon brûle entre Moncef Marzouki et Hamadi Jebali.Depuis son retour sur la scène politique, au lendemain du 14 janvier, Ennahdha a fait de la recherche du consensus, un argument politique inaliénable. Ses leaders se sont efforcés à donner de leur mouvement, l’image d’une entité politique ouverte, rassembleuse et respectant les règles de liberté et de démocratie.  

Après sa percée dans les urnes à l’issue des élections du 23 octobre, le mouvement islamiste a persisté à afficher cet esprit d’unité, prônant la politique de main tendue envers toutes les familles politiques et idéologiques. Cette démarche a abouti, non sans difficultés, à la formation du gouvernement de la troïka, dirigé par Ennahdha, et qui plus est y occupe trois des quatre portefeuilles de souveraineté.  Plus de six mois que ce gouvernement est aux commandes, il s’est heurté à des dossiers épineux, et quasi-insolubles, dont la profonde crise socio-économique qui fait saigner à blanc de nombreuses régions du pays, plongeant leurs habitants dans le désarroi face une pauvreté rampante, et à un chômage grandissant. Les troubles sécuritaires qui secouent la Tunisie par intermittence sèment encore plus la peur parmi les Tunisiens, et prolonge ce climat d’incertitude.

La vision est peu claire, voire inquiétante ; qui est mieux habilité que la classe dirigeante, ayant accédé aux rênes du pouvoir grâce aux suffrages des Tunisiens, pour rassurer la population, et lui redonner confiance dans les capacités de la Tunisie de franchir se cap difficile ? Personne, en fait. Mais, hélas, au lieu d’apaiser les tensions et de faire prévaloir l’esprit de concorde, la coalition tripartite cède aux tentations de discorde dont les conséquences risquent d’être lourdes et coûteuses pour le fonctionnement des institutions transitoires et constitutives.

Dire que le temps du monopartisme et du monolithisme est révolu, et que ces désaccords, désormais récurrents, sont le signe de vivacité et de pluralité d’opinions, serait se méprendre sur les usages régissant l’Etat et sa bonne marche. L’harmonie des positions et des démarches est un must au sein du pouvoir a fortiori à son sommet, notamment dans une période sensible comme la nôtre, où tout  faux pas constitue un frein supplémentaire à un processus transitoire en rade. Que des désaccords surgisse entre opposition et pouvoir est tout ce qu’il y a de plus naturel, mais qu’ils touchent les têtes d’une coalition censées gérer leurs différends et accorder leur violons lors de réunions périodiques de concertation, voilà qui est signe d’embrouillamini dont on se serait passé volontiers.  

Après l’épisode des critiques adressées par les conseillers de la présidence au gouvernement, mettant en doute sa capacité à concrétiser les objectifs de la révolution, après la mésentente entre le président de l’assemblée constituante et le chef du gouvernement sur qui des deux a les prérogatives de décider des émoluments des constituants, voilà qu’une troisième crise éclate, la plus grave, celle liée à l’extradition surprise intervenue hier (dimanche) d’al-Baghdadi al-Mahmoudi, denier premier ministre du défunt colonel, Mouammar Kadhafi, aux autorités libyennes provisoires. Même si tout le monde est d’accord sur le principe d’extradition, le peuple libyen a le droit de juger chez lui les personnes qui ont commis des crimes à son encontre, c’est le timing de cette opération, et la manière dont elle a été menée à l’insu du Président de la République, qui suscite un tollé dans les milieux des droits de l’homme, et provoque une crise entre le président de la République et le chef du gouvernement. 

Les juristes et activistes des droits de l’Homme dénoncent, à raison, cette démarche précipitée qui montre que la Tunisie est encore réfractaire aux principes des droits de l’Homme, et du respect de l’intégrité physique et morale des prisonniers politiques. Ils clament haut et fort que la signature de la décision d’extradition relève des prérogatives du président de la République.  Or, le gouvernement persiste et signe que la loi portant organisation provisoire des pouvoirs publics habilite le chef du gouvernement à signer la décision de rapatriement. Même si c’était le cas, on comprend mal le choix du secret absolu dans cette affaire, puisqu’on n’a même pas pris  la peine de tenir le président de la République informé. Est-il normal que le chef de l’Etat apprenne une telle décision à travers les médias, comme Monsieur tout le monde. Quel est le message qu’a voulu transmettre le chef du gouvernement à travers ce coup de force, qui viole les règles de bienséance politique et morale ? Que c’est lui seul le chef ; c’est le fait du prince, en somme. Tout cela n’a rien à voir avec les aspirations d’un pays en transition démocratique qui veut faire siennes les valeurs et règles de l’Etat de droit.

Le chef du gouvernement a pourtant martelé hier lors de son intervention télévisée sur TV5 son attachement indéfectible aux principes de démocratie, de droits de l’homme et de l’Etat de droit. Le pense-t-il vraiment ? ou s’agit-il juste d’un discours rassurant qu’il a voulu adresser  à l’Occident, dont il attend désespérément "un petit plan Marshall". De toutes les façons, sa manière de gérer le dossier d’al-Mahmoudi ressemble plus aux procédés qui ont cours dans les Etats autocratiques,  qu’à la transparence et le respect des institutions qui régissent les nations démocratiques.  

H.J.


 

Commentaires 

 
0 #10 RE: Tunisie : le fait du prince ou la dislocation de la troïka !
Ecrit par eshmoun     28-06-2012 08:56
Bravo citoyen1 !Comme quoi le bon sens populaire vaut bien toutes les analyses les plus pointues ...tout en présentant l'avantage d'être compris par le plus grand nombre!
 
 
+2 #9 RE: Tunisie : le fait du prince ou la dislocation de la troïka !
Ecrit par Zico     27-06-2012 02:12
le message qu'a voulu transmettre le cheikh est clair: Il ne faut jamais faire confiance a un Nahdhawi.
Ceux qui ne comprondront pas cella la ne comprendront jamais rien..le malheur c'est qu'ils sont trop nombreux en Tunisie.
NB: Si les européens auraient fait la même chose avec les réfugés Nahdhawi, notre histoire aujourd'hui serai totalement différente
 
 
-5 #8 Polémique, polémique...
Ecrit par SDF     26-06-2012 20:42
C'était bien calme ces derniers temps. Après le scandale des pseudo-artistes de pacotille, cette extradition c'est du pain béni pour l'opposition!
Elle va pouvoir cracher toute sa jalousie de ne pas être au pouvoir (elle n'aurait probablement pas fait mieux que Jbali et Marzouki) et exprimer tout son rejet des décisions de la majorité, sans jamais proposer d'alternative crédible, ni constructive.
Bref, quitte à la laisser parler pour parler, autant se boucher les oreilles!
 
 
+1 #7 RE: Tunisie : le fait du prince ou la dislocation de la troïka !
Ecrit par Hédi     26-06-2012 20:30
" Est-il normal que le chef de l’Etat apprenne une telle décision à travers les médias, comme Monsieur tout le monde. "

Après tout le mépris, les insultes, l'arrogance, dont ce mr a fait preuve envers tous ses adversaires depuis le 14 Janvier, oui il est tout à fait normal qu'il soit informé de cette façon et humilié de cette manière. Il a vendu son âme au diable, il en paye le prix aujourd'hui.
 
 
-4 #6 Dans cette guerre...
Ecrit par Ortho     26-06-2012 14:29
Dans cette guerre je suis de tout coeur avec Marzouki, vous pouvez le critiquer sur ce que vous voulez, mais il reste un homme de principe et de valeur, et jamais nous n'aurons une personne de cette valeur à la tête de notre pays.

Jebali OUT!
 
Ces commentaires n'engagent que leurs auteurs, la rédaction n'en est, en aucun cas, responsable du contenu.

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