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Vendredi 20 Janvier 2017         

Tunisie : "La situation est grave, mais rattrapable" (économiste)

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Publié le Vendredi 02 Août 2013 à 17:50
Skander Ounaies"La Tunisie a besoin d’un gouvernement de salut qui aura pour tâche d’arrêter la descente vers le bas, de combattre l’inflation et de freiner le glissement du dinar qui est catastrophique". (...) "A ce stade, nous avons une marge de manœuvre de trois à six mois, mais si cette situation continue,  au mois de décembre ce sera l’arrêt", a déclaré à Gnet Skander Ounaies, ancien Conseiller du fonds souverain koweitien, Kuwait Investment Authority, et professeur d’économie à l’université de Carthage. Entretien.

Aujourd’hui, on entend les analyses les plus alarmistes sur la situation économique. Quelle en est votre propre évaluation ?

La situation est grave. Le tourisme a redémarré, mais l’assassinat du martyr Mohamed Brahmi l’a fait replonger, ce qui aura des retombées en termes d’annulations des réservations, et affectera  l’arrière saison.  On est, par ailleurs, face à une dégradation des recettes de l’Etat et du secteur public, avec notamment la régression considérable enregistrée par les phosphates, principal secteur exportateur.

Ce qui est prévisible est que les agences de notation vont nous dégrader encore plus. Nous sommes actuellement à BB- et nous risquons d’être dégradés à C, ce qui correspond à un  pays hautement risqué c'est-à-dire que les marchés financiers internationaux et les institutions financières ne nous prêteront plus de l’argent. Seuls nos amis, parmi les bailleurs de fonds, le feront.

Vous dites que la politique économique suivie par l’actuel gouvernement manque de rationalité…

On constate effectivement l’absence d’une politique économique rationnelle, en termes de gouvernance. On n’a pas constaté depuis deux ans un projet d’investissement  extraordinaire dans les régions. Comment le régime de Ben Ali a-t-il pu se maintenir ; c’est en mettant la crème des compétences tunisienne dans l’administration, et en désignant des ministres qui comprennent leur travail, or les responsables de maintenant ont prouvé leur inefficacité.

Mais, le gouvernement a hérité d’une situation difficile, il était confronté aux mouvements sociaux et aux revendications sociales incessantes…

Personne ne nie qu’il ait hérité d’une situation difficile. Mais, l’analyse de la situation était fausse. On pensait que le problème en Tunisie avait trait à un choc de la demande. On s’est dit que la consommation privée des ménages est en baisse, et on a augmenté les salaires pour la relancer, alors qu’il s’agissait d’un choc de l’offre. Les entreprises souffraient de la situation, avec des problèmes de compétitivité et de coût. Il fallait voir la structure de l’entreprise. Les problèmes sociaux sont venus se greffer sur une situation économique difficile.

Les 200 dinars, l’allocation Amal qu’on a donnée à tout va sous le gouvernement de Béji Caïd Essebsi était une erreur, même si l’on comprend qu’il y était contraint. On aurait dû mieux la cibler et la diriger vers les régions les plus défavorisées. On a dévalorisé le travail et on est devenu un pays d’émigration pour la main d’œuvre noire. On n’a pas su répartir la valeur ajoutée entre le travail et le capital, tout le modèle est à revoir. Une révolution c’est une rupture idéologique, et des idées nouvelles.  C’est pourquoi qu’il faut réfléchir à nous réorienter vers  l’économie verte et l’économie solidaire. Il faut promouvoir les microprojets et la microfinance dans les régions démunies. Or, en deux ans, on n’a rien fait au niveau du développement régional.

Quelles solutions préconisez-vous au problème du chômage qui ne cesse de prendre de l’ampleur ?

Le problème du chômage ne peut-être résolu que dans deux à trois ans. On ne peut pas dire aux diplômés sans emploi qu’on va les recruter immédiatement. Ce sont les moins qualifiés qui seront recrutés les premiers, car il y a ceux parmi les diplômés qui ont des diplômes et des masters qui ne valent rien. Il s’agit là, d’un problème d’adéquation entre le dispositif de formation et le marché de l’emploi. Dans l’enseignement supérieur, le nombre de filières est supérieur aux filières qui existent aux Etats-Unis. Le marché de l’emploi a des besoins, en techniciens supérieurs et autres,  qui ne sont pas couverts par la formation existante.

La révolution a imposé deux réformes fondamentales : La réforme du système de l’éducation en faisant concorder le dispositif de formation avec les besoins du marché du travail, et la réforme du système fiscal. Il fallait élargir l’assiette fiscale, nombreux sont ceux qui ont de hauts revenus qui se réfugient dans le régime forfaitaire.  Les impôts tombent sur les salariés, parce qu’il y a la retenue à la source.

Quelles sont les actions urgentes à engager pour parer à cette conjoncture difficile ?
L’économie a horreur de l’incertitude, or, aujourd’hui, le climat est morose, les gens n’ont envie de rien, ce qui tue l’investissement et ralentit l’activité. Il faut maintenant essayer d’arrêter la descente vers le bas. Il faut combattre l’inflation qui est sur une courbe ascendante, lutter contre la contrebande d’une manière plus efficace. Il faut freiner le glissement du dinar qui est catastrophique. On en est à 1,65 par rapport au dollar et on se rapproche de 2,2 par rapport à l’euro.

Un dinar dévalué arrange nos exportations, mais les importations vont nous coûter très cher. Qu’est-ce que vend la Tunisie à part la mer, le soleil, les dattes et les oranges, alors qu’elle importe des machines et des voitures de luxe. Et là, il faut réduire l’importation des produits de luxe, notamment les voitures de luxe, qui coutent cher avec les pièces de rechange, et tout ce qui s’en suit. Il faut aussi décréter la rigueur budgétaire et réduire le train de vie de l’Etat d’une manière drastique, cela va nous faire gagner de l’argent. Actuellement, chaque membre du gouvernement dispose de deux à trois voitures, et 600 litres d’essence. D’anciens conseillers continuent à avoir des voitures et de l’essence, c’est de l’argent contreproductif, qui alourdit les charges de l’Etat. On peut, par ailleurs, lancer un emprunt national c'est-à-dire ouvrir un compte auprès de la poste où les Tunisiens cotisent, à des sommes variables, et auquel seuls le directeur du Trésor et le ministre des Finances auront accès. Il faut également formaliser le secteur informel qui nuit énormément à l’économie. Mais, l’essentiel dans tout cela est d’arriver rapidement à une solution politique pour sortir de la crise actuelle.

Selon vous, le gouvernement actuel est-il en mesure de continuer à gérer les affaires du pays ?

Le gouvernement actuel a montré ses limites en termes de gouvernance, d’initiation de projets et de développement régional. Il faut un gouvernement de salut, un gouvernement restreint de compétences, avec une fusion de ministères, on aura, à titre d’exemple, un ministère de l’économie et des finances, celui du Commerce et de l’Industrie, etc. Ce gouvernement doit se diriger vers nos amis et leur demander de l’aide.  L’union européenne peut faire beaucoup plus en termes d’aide, pour peu qu’il y ait des responsables qui soient capables de négocier et d’obtenir plus ; les Américains peuvent aussi nous aider. Dans le sommet de Deauville, on a promis à la Tunisie 20 milliards de dollars l’équivalent de notre dette extérieure, mais il n’en était rien. En septembre c’est la rentrée, il y aura certainement une échéance de paiement de la dette extérieure, la question est de savoir, si on va pouvoir la payer.

En guise de conclusion, comment qualifierez-vous la situation
en un mot, ?
La situation est grave mais rattrapable, il faut trouver vite une solution à la crise politique, et désigner un gouvernement de salut qui aura pour rôle de relancer la machine. A ce stade, nous avons une marge de manœuvre de trois à six mois, mais si cette situation continue,  au mois de décembre, ce sera l’arrêt.
Propos accueillis par H.J.


 

Commentaires 

 
+1 #5 ça ira mieux demain
Ecrit par zarzour     12-08-2013 18:21
ça ira mieux demain quand les jeux mesquins des politiciens de dernière zone s"arrètent.quand l'intéret de la tunisie depasse chez ces voyous de la poltique leurs bas instincts et leurs sombres manigances.Ca ira mieux demain quand une nouvelle génération balaye cette classe poltique pourrie.La seule trouvaille qu'ils mis à jour c'est de s'affronter à coups de manifs interposeés,de manupiler les pauvres citoyens, de se moquer de l'économie ,de la sécurité et du quotidien du pauvre citoyen.Nous avons perdu pres de 3 ans dans des futilités et des surenchères le résultat c'est que le pays aujourd'hui est presque banqueroute;le terrorisme s'est installé dans la durée car il y a une réelle abscence politique pour enrayer ce fléau.La Classe Politique Tunisienne est immature et elle est incapable de donner un avenir pour le pays dans l'état actuel des choses
 
 
-2 #4 Remplacer le gouvernement
Ecrit par Mustapha     06-08-2013 12:06
Merci monsieur Ounaies por votre analyse. Malheureusement nous avons à un gouvernement qui a ni l `exepérience de gouvernance ni le savoir d `être entouré par des conseillers chevronnés, beaucoup de membres de ce gouvernement ne metrise pas la langue arabe, c´est honteux et malheureux. a bon entendeur, merci.
 
 
0 #3 Gouvernement de Salut
Ecrit par AHMED SOUISSI     05-08-2013 09:43
Skandar, je souhaite bien te voir dans mon prochain gouvernement
 
 
+2 #2 prévisible
Ecrit par Royaliste     03-08-2013 06:56
ni Ali Chevrotine, ni Hammadi (...), n'ont jamais travaillé dans leurs vies, ils sont incomprtants et sont chefs du gouvernement.

le but de ghannouchi est autre, il l'a bien dit, il veut mettre la main sur les rouages de l'Etat, la competance ne l'interesse pas, il veut placer ses aliés, ses amis, partager le butins.

regarder le CV de celui qui a été placé a la téte de la trés puissante STIR et vous allez tout comprendre
 
 
-3 #1 Laissez moi rire!
Ecrit par SDF     03-08-2013 03:39
Expliquez moi, comment un nouveau gouvernement pourrait avoir des résultats en 3 mois? :D
 
Ces commentaires n'engagent que leurs auteurs, la rédaction n'en est, en aucun cas, responsable du contenu.

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