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Lundi 22 Janvier 2018         

Tunisie, la laïcité a mené à l’échec des partis de gauche (De la Messuzière)

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Publié le Mercredi 30 Novembre 2011 à 16:20
L'auteur de mes années Ben Ali apporte son regard sur la transition en Tunisie. Auteur du livre "Mes années Ben Ali", paru cette semaine, Yves Aubin de la Messuzière, ancien ambassadeur de France à Tunis (2002-2005), a livré ce matin son analyse sur la transition en Tunisie, lors du séminaire "la transition en Tunisie et sa perception internationale", organisé par l’Association des études internationales et la Fondation Friedrich Ebert  à Tunis, en présence de diplomates européens, ainsi que  d’anciens ministres et d’universitaires tunisiens à l’instar de Khalifa Chater, Taher Sioud, Ahmed Ounaès et bien d’autres.

Il le raconte dans son livre ; les années d’Yves Aubin de la Messuzière sous Ben Ali n’étaient pas un long fleuve tranquille : "pendant mon séjour en Tunisie, j’ai subi des pressions que j’ai écartées avec beaucoup de détermination", dit-il d’emblée. A ses yeux,  même s’il y a eu des déclarations malheureuses côté français (ndlr : celles de Michelle Alliot-Marie quelques jours avant la révolution), "il ne faut pas dire qu’il y avait connivence entre Paris et le régime Ben Ali ;  les relations étaient à l’inverse médiocres et le dialogue difficile".  

Selon l’auteur du livre "Mes années Ben Ali", parmi les ressorts de la révolution tunisienne figure la frustration des jeunes. "On a beaucoup glosé sur WikiLeaks qui consacrait quelques centaines de télégrammes pour la Tunisie, les analyses de WikiLeaks étaient aussi les miennes, j’ai beaucoup échangé avec l’ambassadeur des Etats-Unis à ce sujet", souligne celui qui rédigeait, à son tour, des câbles diplomatiques. "J’ai obtenu une autorisation du Quai d’Orsay de publier deux télégrammes diplomatiques dans mon livre, dont un porte sur les perspectives de la Tunisie 2010 où on avait analysé les dérives du régime. Le vrai malaise était celui de la jeunesse, qui était frappée par le chômage et qui  ne partageait pas l’espace public".

"En Tunisie, il y avait un système de prédation, de corruption avec le cartel des familles", dit de la Messuzière, c’est ce qui a conduit à l’implosion. Il refuse de parler "de révolution du Jasmin comme se plaisent à l’appeler les médias français, renvoyant à un stéréotype sur la docilité supposée des Tunisiens, mais de révolution de la dignité". Et d'expliquer : "Les jeunes ont rompu leur contrat social avec le régime, il n’y avait plus ce désistement politique d’une jeunesse frustrée".

"Les nahdhaouis ont montré une grande capacité de mobilisation"

"Après la révolution, contrairement à l’Egypte, la Tunisie est allée directement vers la rupture (dissolution du RCD, les anciens ministres écartés, même ceux qui étaient bons, élection d’une constituante), il en a résulté un véritable bouillonnement démocratique, et l’avènement d’une centaine de partis", relève-t-il, évoquant le mouvement Ennahdha.

"Sous Ben Ali, Ennahdha était éradiqué, mais dans la société, il y avait des gens d’inspiration nahdhaouie", indique-t-il.  "Même s’ils étaient éradiqués, et même s’ils étaient dans le double-exil intérieur et extérieur, les nahdhaouis ont montré une grande capacité de mobilisation et d’organisation. Ils ont cherché à rassurer, en se référant à l’AKP turc. La référence à la Charia est peu présente dans leurs écrits, focalisés plutôt sur la justice sociale, la lutte contre la corruption, et la pauvreté. Un discours qui rassure, mais il faut rester vigilant", estime-t-il.

La victoire d’Ennahdha aux élections constitue, selon Yves Aubin de la Messuzière, "une espèce de prime pour une formation qui a été victime de répression". "Idem pour Marzouki qui n’avait pas les mêmes moyens et les mêmes réseaux d’Ennahdha et qui était deuxième. Il a, lui aussi, bénéficié de cette prime", souligne-t-il en faisant remarquer : "L’erreur des autres formations progressistes de gauche, était d’avoir été agressives envers Ennahdha. Elles ont mis en avant la laïcité, or ce terme est lié au laïcisme, à l’occidentalisme, c’est ce qui a provoqué une forme de rejet". Selon son opinion, les Tunisiens ont opté pour un vote protestataire qui consacre la rupture avec l’ancien système. "Je connais des amis laïcs qui ont voté pour Ennahdha, car, ils disent que c’est un parti nouveau qui va lutter contre la corruption".  

L'ancien ambassadeur français à Tunis demeure confiant quant au devenir de la transition démocratique en Tunisie. "La première phase de transition s’est bien passée en Tunisie, et je pense que la deuxième étape va bien se passer aussi. Contrairement aux autres pays arabes, malgré les disparités et les particularismes régionaux, la Tunisie est une société homogène, et c’est ce qui me rend optimiste", dit-il.

Son autre constat pour  la révolution tunisienne, tout autant que pour les autres révolutions arabes, est l’absence "de chef charismatique, de Zaïms, de père de la Nation ou de guide de la révolution. Ce type de leadership relève du passé dans le monde arabe".

"L’occident n’a plus le monopole de l’histoire"
Yves Aubin de la Messuzière se dit critique envers "les dirigeants européens qui se sont montrés plus à l’aise avec le statu quo, qu’avec le mouvement de l’histoire en marche", appelant "à comprendre désormais le monde arabe par le biais des valeurs universelles qu’il s’est réapproprié". Et là, il reprend l’expression d’Hubert Védrine qui dit : "l’occident n’a plus le monopole de l’histoire".

L'ancien diplomate pointe le discours français anxiogène, en allusion à la déclaration d’Alain Juppé suite à la percée d'Ennahdha dans les urnes, qui parlait de "conditionnalité", et de "lignes rouges, en mettant un bémol : "le rôle positif joué par la France auprès de ses partenaires européens du G8, qui suggèraient d’attendre la fin de la transition démocratique pour apporter une aide à la Tunisie".

Yves Aubin de la Messuzière qui se présente comme un expert de la question israélo-palestinienne et du Proche-Orient émet  des réserves envers l’Union pour la Méditerranée. "Je n’y ai jamais cru. L’UPM doit être refondée pour qu’elle soit en cohérence avec les aspirations de la jeunesse", suggère-t-il, prônant un retour "à la priorité du dialogue euro-méditerranéen de proximité 5+5, qui n’est pas plombé par le conflit israélo-palestinien". De la Messuzière croit que la centralité du conflit israélo-palestinien dans le monde arabe demeure avec les révolutions. "Il ne faut pas croire que les sociétés nouvelles soient accommodantes, le but des révolutions était certes d’évincer les potentats et les autocrates, mais cette sensibilité au conflit israélo-palestinien existe dans le monde arabe, et en Tunisie aussi, il n’y a qu’avoir ce qui s’est passé à l’ONU, autour de l’Etat palestinien".

Cette conclusion de l’ambassadeur français était une réplique aux propos de Taher Sioud, ancien ministre et président de séance, pour qui, "le conflit israélo-palestinien ne doit pas être un obstacle pour le développement des relations euro-méditerranéennes". Nous y reviendrons.
H.J.


 

Commentaires 

 
-2 #8 RE: Tunisie, la laïcité a mené à l’échec des partis de gauche (De la Messuzière)
Ecrit par qqun     02-12-2011 22:36
@Citoyen
Je pense que oui, L’islam est mal connue en occident mais je ne pense pas que les diplomates orientaliste ne savent pas ce que c'est l'Islam ... je dirai même qu’ils le savent mieux que nous, mais sans foi ...
Quelqu’un d'eux dit genre :
il n'y a pas d'Islam , il y a des musulmans
L'islam , c'est un livre saint et une éthique détaillée ... et bcp de valeurs complémentaires (eux ils trouvent que c'est des trucs contradictoires) que les gens incarnent de façon différente et sont contraints à vivre ensemble en étant des musulmans...

Ce qu'ils font (les politiques et pas nécessairement les diplomates), c'est de les aliéner (valeurs) a leurs intérêts, supprimer une éthique ou une valeur s'il le faut, et créer artificiellement une autre... et parfois a leurs valeurs (rarement pour les diplomatiques, il s'en fout pas mal de leurs valeurs en dehors de la portée de leurs missions et de leurs pays).

Ils essaient maladroitement, parfois, de "reformer" l’islam, mais leur intervention est tachée et de leurs intérêts et de leurs implications …
Et Tu sais quoi, tu ne peux pas reformer ou superviser une reforme sans qu’on aime ce qu’on reforme … donc , c’est a nous de le reformer …

Le cynique, c'est qu'ils sont ouverts et utilisent nos valeurs et éthiques s'ils trouvent des trucs utiles a appliquer chez eux ... et le plus cynique c’est que nos religieux utilisent ce fait pour garder toute la mêle (leurs savoirs plus précis que le précis la fameuse Chariaa) , avec pleins d'illusions et je ne sais pas s’il y a des mensonges dedans aussi...
Les occidentaux, eux, s'en fout de cette affaire, et de toute les façons, nous nous n’acceptions pas de leçons des Koffars emmali jhannem (na7na bach nchiddou essaf 3al janna inchallah)...

Et la population occidentale ???, c’est des naïfs, bcp moins que nous, mais des naïfs …
 
 
-2 #7 Diplomate islamophobe.
Ecrit par Musulman.     02-12-2011 09:58
Il est prévisible que ce diplomate n’a pas réagi à temps à la dictature de ben ali et ce, pour au moins deux raisons : la plupart des diplomates occidentaux sont des espions et aussi son islamophobie. En raison de son islamophobie, ce diplomate s’était tu face à la répression des musulmans en Tunisie.
 
 
+4 #6 Il y autre et autre Ya Ninou
Ecrit par Citoyen     02-12-2011 08:03
On ne va se” laisser avoir” ou écouter ceux dont toute la vie ou carrière politique a été un acte abominable d’opportunisme, de malhonnêteté et de traitrise.

Vous écrivez “battre la tendance islamique”. Voila encore une réthorique occidentaliste qui assimile pêle-mêle islam, fanatisme, terrorisme etc..

Les partis politiques, ainsi que religieux sont là pour rester. La vrai question n’est pas de battre ou éliminer tel out tel parti mais choisir celui qui démontrent une compétence à régler les questions fondamentales qui se posent à notre pays et sur cette terre
(Palestine, Afrique Noire et ailleurs).
 
 
0 #5 Apprenons à écouter et à accepter l'autre.
Ecrit par Ninou     01-12-2011 10:58
Mais pourquoi on cherche toujours la confrontation, l'exemple et le contre exemple. Cette analyse de Mr De La Messuzière, il faut la lire comme elle est. On doit apprendre à lire et à entendre, c'est une culture qu'on doit nous tous l'apprendre. C'est un diplomate de carrière et c'est un gros calibre donc son analyse présente un certain intérêt que chacun selon ses convictions fera ses propres commentaires sans tomber dans le populisme, c'est contre productif. Je pense que les qq. points soulevés par ce Monsieur, pour un analyste objectif de la situation passée, actuelle et future de La Tunisie partagera pour une bonne partie les points soulevés, pour bien avancer dans nos discussions, mettons de coté nos références idéologiques et surtout pour ceux qui s'autoproclament progressistes,démocrates,etc par ce chemin vous ne serez jamais capables de battre la tendance islamique.
 
 
-1 #4 Pudeur & Occident
Ecrit par Fan-Club     01-12-2011 10:48
Bien dit Mr. Wirlpool mais il n’y a pas que ce guignol! Il y a MAM, surprise en plein flirt avec le régime de ZABA et qui propose «l’aide technique» du gouvernement français pour réprimer le peuple. Et puis, il y a François Fillon (après François Mitterrand), qui passe aussi des vacances en Egypte aux frais de Moubarak, la famille Bush avec la famille Royale d’Arabie Saoudite, des Américains avec les Emirs, et bien bien d’autres....

L’utilisation ou l’exploitation de la peur de l’islamisme, depuis 20 ans par l’occident n’a d’autre but que d’empêcher l’exercice de la souveraineté populaire.

La question est si les principaux Etats occidentaux soutiennent les régimes antidémocratiques arabes, pourquoi leurs citoyens comme notre bien-aimé Ben Whirlpool continuent-ils à prétendre vivre dans une démocratie? :-?
 
Ces commentaires n'engagent que leurs auteurs, la rédaction n'en est, en aucun cas, responsable du contenu.

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