Le développement régional, cet enfant pauvre de l’économie tunisienne et de son plan social n’a pas cessé de faire parler de lui. Le développement régional n’a de développement que le nom. Car en réalité c’est de sous-développement que l’on devrait parler. Il suffit de quitter les villes côtières telles que Tunis, Sousse et Sfax, pour se rendre compte que la croissance économique aussi haut qu’elle soit allée, elle n’a quasiment pas touché les villes du centre, de l’Ouest et quelques régions du sud.
Le gap entre les régions est important. Sous l’ancien régime, la politique de développement concernant ces parties de la Tunisie est très floue. Le chômage et la marginalisation en sont les principales résultantes. Lors d’un séminaire organisé ce matin au sujet du développement régional, l’actuel chef du gouvernement, Hamadi Jebali, a parlé d’une «nouvelle croissance tunisienne». Une croissance qui intègre toutes les régions, «c’est une guerre contre la pauvreté, le chômage et le déséquilibre régional que nous voulons mener…Je pense que nos régions disposent de richesses considérables naturelles, patrimoniales, intellectuelles que nous ne mettons pas suffisamment en valeur… ». Sur le terrain, environ, 400 000 Tunisiens mangent mal à leur faim, et plus d’un million vivant dans la précarité alors que le taux de croissance de l’année 2011 est négatif. «En 2012, nous mettrons tout en œuvre pour relancer la machine économique", ajoute le ministre.
Ferjani Daghmani, président de la commission finances et développement au sein de l’Assemblée constituante parle de la nécessité de mettre en œuvre un plan de développement bien pensé pour redistribuer les richesses.
Mais le mal est à prendre à la racine. D’abord le souci d’une meilleure infrastructure. «A cause de la faiblesse de l’infrastructure, routes, chemins de fer, etc…la circulation des marchandises est difficile, ce qui se répercute sur leur coût. Les régions souffrent du niveau bas de la qualité de vie et le manque des services sociaux ainsi que de la dureté du climat, entre sécheresse, érosion et désertification. «Il faut arrêter des objectifs de ségrégation positive au profit de ces régions, améliorer l’infrastructure routière et de transport, se pencher sur l’éducation et la culture. Il faut aussi privilégier l’approche participative avec des plans de développement élaborés sur place et non pas parachutés». Ferjani Daghmani parle également de la nécessité d’instaurer une vraie décentralisation, «déléguer la prise d’initiative aux conseils régionaux, et revoir le découpage administratif », dit-il.
Hichem Elloumi, homme d’affaire et membre de l’UTICA, s’inquiète quant à lui au sujet du blocage de l’économie «il faut que la roue reprenne, parce que la croissance économique nécessite la sécurité, la paix sociale et une certaine visibilité… d’ailleurs, actuellement les banques sont en train de serrer le vis, par manque de liquidités». Hichem Elloumi évoque la crise économique européenne qui a un impact sur les hommes d’affaires tunisiens traitant avec l’étranger. Il a appelé à la création d’une commission de la libéralisation de la croissance, à l’instar de la France, qui se charge de rédiger des recommandations pour relancer la croissance économique. «En Tunisie, nous possédons deux secteurs locomotives à savoir les industries électriques et mécaniques qui ont un grand potentiel d’embauche dans les régions. Nous étions le deuxième sous sous-traitant après la Roumanie, après le 14 janvier nous avons perdu notre place au profit du Maroc. Le Maroc est un sérieux concurrent pays, il est en train d’attirer les touristes et les investisseurs que nous avions».
Abdellatif Mahmoud de la Banque Européenne d’ Investissement constate que la hausse des investissements étatiques est la conséquence de la gangrène au sein des investissements privés durant ces dernières années. «Le secteur on-shore n’arrive pas à décoller. Ses performances sont beaucoup plus faibles que celles du secteur Off-shore. Il existe des contraintes administratives qui empêchent l’éclosion des projets dans les régions», précise-t-il.
Ali Chehata de l’Organisation des Jeunes Promoteurs, ajoute que les administrations tunisiennes regorgent d’études de projets ambitieux qui pourraient absorber tout le chômage existant «mais, il reste un frein administratif…il faut une réforme au sein de celui-ci. Mais aussi il faut mettre fin à la fuite des cerveaux tunisiens vers les pays comme la Lybie et le Qatar».
Lors de ce séminaire, plusieurs intervenants ont alimenté le débat. Parmi eux un fonctionnaire du ministère des Finances qui déplore le fait qu’il n’existe pas de boite à idées nationale, «et que l’on communique peu sur le sujet du développement et des hommes d’affaires reçus en Tunisie. Nous avons des obstacles partout, notamment au niveau des diplômés du supérieur qui ne sont pas en adéquation avec les attentes du marché. J’ajouterai qu’il faut sensibiliser les enfants dès leur plus jeune âge au sujet du développement de leur quartier, de leur région. C’est très important pour l’avenir».
Bouchiba Belgacem, est fonctionnaire de l’Etat à Tataouine. «Cette région est délaissée, à part les sociétés pétrolières qui y sont installées, il n’y a rien d’autre. Bien qu’il y ait croissance, il n’y a pas de développement. La région est dotée de grandes richesses naturelles comme le marbre, le gypse et le calcaire, mais si l’Etat ne décide pas d’y créer des projets il n’y aura jamais de développement. Il faut des encouragements fiscaux spécifiques à ces régions, parce sinon le promoteur préfèrera toujours une région côtière".
Salma Zouari, économiste, intervient : « La mobilité et la qualité des transports fait la différence dans le développement, jusque-là nous avons eu des modèles de développement dictés par le haut, il faut que cela change».
Lors de cette rencontre, Hamadi Jebali a annoncé la création d’un Conseil national de développement «qui sera composé de toutes les forces vives de la nation, ministres, chefs d’entreprises, syndicalistes…Il pilotera toutes les initiatives en matière de développement. Il fournira au gouvernement et à l’Assemblée nationale constituante des avis, des propositions et des critiques si la réduction des injustices n’était pas assez rapide ou assez significative».
Actuellement, il est plus que nécessaire d'impulser les investissements dans ces régions défavorisées. Ces même régions qui sont à l'origine de la révolution de la dignité. Il demeure, toutefois, une question cruciale, les mouvements sociaux et autres manifestations de mécontentement s'arrêteront-ils pour justement encourager les investisseurs à s'y implanter ?
Chiraz Kefi
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Commentaires
Ecrit par Mustapha STAMBOULI 21-01-2012 19:34
Dans la perspective du changement engagé par la révolution et compte tenu de la présence d'acteurs nouveaux sur la scène nationale, j'en appelle à une concertation élargie afin d'établir une nouvelle étude du Schéma national d’aménagement du territoire (Snat) se basant sur :
– Des statistiques et données fiables reflétant la Tunisie réelle et non truquée de Ben Ali.
– Une photographie et un inventaire socioéconomique du pays : pauvreté avoisinant les 25%, taux de chômage d'environ 30%, secteur informel grandissant détruisant notre tissu industriel et nos entreprises qui payent leurs impôts et les charges sociales pour leurs employés.
– Des termes de référence établis par un panel d'experts tunisiens ayant des compétences certaines, d'une part, et approuvés par un comité de pilotage formé par tous les partis politiques et institutions de l'Etat, d'autre part.
Pour mener à bien cette œuvre utile à l'avenir du pays, il faudrait rapidement réhabiliter, voire rénover l'institution de l'aménagement du territoire, car la Dgat, version actuelle, est devenue une institution caduque, vieillissante, dépourvue d'expertise et ne correspondant en rien à la hauteur de la mission d'organisation et d'aménagement du territoire.
A titre de proposition, je suggère que la Dgat devienne une agence autonome, compte tenu de ses interventions transversales, pourvue d'un conseil d'administration formé par les forces vives de la nation (représentants des ministères-clés, communes, Ugtt, Utica, instituts de recherche, universités, partis politiques, ONG et experts indépendants). Ce conseil d'administration veillera au bon fonctionnement de cette agence et de son indépendance et approuvera les contenus des études réalisées ou supervisées par cette dernière. Le cadre exécutif de cette agence serait composé d'un directeur général et d'un groupe d'experts planificateurs multidisciplinaires confirmés (sociologues, juristes, aménageurs, urbanistes, ingénieurs des transports multimodaux, agronomes, environnementalistes, hydrogéologues, etc.) et d'une unité de traitement de l'information géographique, outil idéal et obligatoire pour générer et évaluer rapidement les scénarios de développement et les impacts des actions projetées sur le milieu naturel et social. A ce dispositif classique, il conviendrait de prévoir une unité de communication pour mieux expliquer et vulgariser les concepts, la fonction de l'aménagement du territoire et les résultats des études entreprises par cette agence. A cela, il faudrait ajouter une plateforme de formation des cadres régionaux et locaux dans le domaine de la planification sectorielle et territoriale, discipline rarement enseignée dans les universités. L'agence aura aussi l'obligation d'encadrer des thèses de doctorat afin de bâtir un pont avec les jeunes chercheurs s'apprêtant à quitter le monde virtuel des universités.
Cette institution devra fonctionner d'une manière indépendante des lobbies nationaux et internationaux et refuser toute ingérence dans ses choix et sa philosophie, et son financement être impérativement national.
Ecrit par TunsiaLover 20-01-2012 16:30
Aucune valeur ajoutée ...
Ecrit par Royaliste 20-01-2012 16:11
en premier temps le PM Jbéli doit prendre des actions pour pousser la création de petits projets.
des petits crédits accessibles a tous: dans les domaines qu'il jugera prioritaire : agriculture, service....
il y aura un taux d'échec de 30% c'est normal, mais au moins les autres 70% de projets vont marcher et employer des tunisiens.
ceux qui ont un diplome en littérature arabe et attendent depuis 10 ans un poste seront "obligés" de se recycler. la Tunisie n'a pas besoin de 300 000 profs de géo. l'erreur a été faite maisntenent il faut permettre a ces gens de ce recycler.
il y a beuacoup d'idées et de solutions...mais il faut agir...aprés 3 mois le Gouvernement n'a encore rien décidé...ca commence a étre grave
Ecrit par Ferchichi 20-01-2012 10:55
Pas mal les suggestions de aziz aziz
Ecrit par aziz aziz 20-01-2012 09:18
Ce n’est pas comme ca qu’on s’attaque au problème endémique du sous-développement régional, il faut du concret et il faut oser !...quelques idées :
- Adoption du bipolarisme urbain (ex : Allemagne, brésil, Maroc…): transfert progressif de la capital administrative vers Kairouan, Tunis restera capital économique et culturelle (avantages : …)
-Infrastructure : financement prioritaire à partir des revenus des ressources naturelles tel phosphate, pétrole, minéraux (ce n’est que justice). De même que pour les prêts bonifiés (BEI, FADES...etc.).
Exemple d’infrastructures prioritaires :
Autoroutes : deux diagonales pour liés les zones intérieures à la côte suivi plus tard part une dorsale qui lie les zones intérieures entre-elles
Les deux diagonales :
Tunis-Zaghouan-Séliana-Kasserine (bretelle vers el Kef).
Enfidha-Kairouan –sidi bouzid-Gafsa-Tozeur (déjà à l’étude).
Transport ferroviaire : raccord des ports (Tunis, Sousse, Sfax) à deux grandes zones Logistiques à l’intérieure (Zaghouan, Sidi bouzid).