Il y a une année ou presque, la première étincelle des révolutions arabes, s’est déclenchée en Tunisie. Depuis, la région vit une ébullition sans précédent. Le ras-le-bol de la tyrannie qui était là à un état latent, a éclaté au grand jour. Un soulèvement transfrontalier s’est déclenché, enfantant de nouvelles réalités économiques, politiques, sociales et sécuritaires, que les experts ne cessent d’analyser et d’étudier.
Autant ce sursaut arabe était salvateur, porteur d’espoirs et de lendemains qui chantent, autant il pose des défis redoutables pour la région. Une pléiade d’experts tunisiens, arabes et autres en ont discuté lors d’un débat ouvert, organisé samedi à Tunis par le forum Averroès pour les études maghrébines, en collaboration avec l’Institut Euromed recherches et développement, et le forum des études sociales appliquées de Tunis.
Cette rencontre a analysé les péripéties du soulèvement arabe depuis le mouvement contestataire né à Sidi Bouzid, dont le rouleau compresseur a touché plusieurs autres pays, générant des révolutions arabes populaires et pacifiques en cascade, ainsi que des guerres à dimensions arabes et régionales. Elle a abordé, de surcroît, l’arrivée des représentants de l’opposition et des courants de l’islam politique au pouvoir, à l’issue des premières élections postrévolutionnaires, notamment en Tunisie, au Maroc et en Egypte, l’apparition de signes annonciateurs de leur victoire en Syrie et au Yémen après l’effondrement attendu de ces deux régimes, ainsi que la participation de représentants de factions islamistes civiles et armées en Libye à l’étape de l’après-Kadhafi.
Vers un changement structurel du modèle sociétal arabe
Les intervenants dont l’ex-ministre Mustapha Filali et le philosophe Abou Yaareb al-Marzouki, ont été unanimes à admettre la gravité des défis socio-économiques, politiques et sécuritaires intérieurs et extérieurs auxquels fait face la Tunisie, ainsi que la région arabe dans son ensemble, une année après l’éclatement des révolutions arabes. De nombreux intervenants ont mis en garde contre la propagation illégale de grandes quantités d’armes individuelles et lourdes dans la région, à l’instar de la Libye et ses pays voisins, ainsi qu’en Syrie, en Turquie, en Irak et au Yémen. Ils ont pointé les dangers liés à l’accumulation des problèmes hérités de l’étape prérévolutionnaire dont le chômage, le despotisme, la corruption, la contrebande, l’économie parallèle, le blanchiment d’argent et l’abus de pouvoir de certaines familles.
D’autres intervenants ont considéré la défaillance sécuritaire, médiatique, politique et partisane consécutive aux révolutions, ainsi que le conflit entre islamistes et laïcs, comme étant parmi les indices de la survenue d’un changement structurel du régime politique ainsi que du modèle sociétal et économique en place.
Mais comment ces sociétés en phase transitoire peuvent-elles franchir le cap, et répondre aux aspirations des populations rebelles ? Le consensus politique intérieur reste nécessaire pour ce faire, en évitant toute hégémonie partisane, rétorquent les participants. Aucune formation partisane ou idéologique ne doit avoir la mainmise sur la vie politique et économique, y compris les partis d'obédience islamiste.
La situation socio-économique difficile engendrée par ces révolutions a interpellé les intervenants. Mahfoudh Barouni, expert bancaire, Ridha Chkandali, économiste, Sadok Belaïd, ex-doyen et Habib Kchaou, homme d’affaires, ont mis l’accent sur certains dysfonctionnements, dont le déséquilibre entre les fonds alloués au développement des régions intérieures et à la lutte contre le chômage d’une part, et l’argent affecté aux majorations salariales occasionnelles, d’autre part. D’aucuns ont mis en garde contre les bombes à retardement du fait de l’imbrication de différents facteurs dont l’échec du modèle de développement, l’exacerbation de la défaillance sécuritaire et médiatique, le désordre politique, la succession des troubles et des sit-in en dehors de toute organisation syndicale, autant de facteurs ayant contribué à l’aggravation du chômage, la cherté de la vie, le recul des investissements, l’arrêt d’activités de plusieurs entreprises industrielles, touristiques et de services qui ont fini par mettre la clef sous le paillasson.
Des intervenants tunisiens et étrangers sont confiants quant à la capacité de la Tunisie de se relever et d’être un modèle du changement pacifique dans le monde, si elle garantit le droit du peuple à prendre en main son destin à travers des institutions élues et des organisations de la société civile.
Ahmed Labiedh et Abou Yaâreb Marzouki, élus de la constituante, ont considéré que le programme politique et économique du mouvement Ennahdha, et son discours modéré sont parmi les facteurs qui confortent l’hypothèse de la capacité du courant islamiste modéré en Tunisie, de présenter un modèle réussi.
"Il faut éviter de monopoliser le pouvoir"
En revanche, d’autres orateurs à l’instar de Hamouda Ben Slema, Sadok Belaïd et Larbi Azouz, n’ont pas dissimulé leurs craintes envers la poursuite de la polarisation politique en Tunisie, en Egypte et dans d’autres pays arabo-musulmans entre islamistes et modernistes d’un côté, et islamistes et salafistes d’un autre côté.
Ils ont mis en garde certaines parties de confondre leur participation à la gestion de la chose publique au cours de cette période transitoire, et la préparation d’une situation pérenne. D’aucuns ont appelé les acteurs politiques- à leur tête les dirigeants du courant islamiste victorieux des premières élections en Tunisie, Maroc et Egypte, à renoncer aux ambitions personnelles et partisanes, et à être à la hauteur de la confiance placée en eux, à plancher sur l’élaboration d’une nouvelle constitution, à éviter de monopoliser le pouvoir et à imposer un projet sociétal par la force, au cours de cette nouvelle période transitoire.
S’agissant des alternatives économiques et sociales, les participants ont prévenu contre le fait d’opter pour un seul partenaire économique, y compris l’Union européenne et les Etats-Unis, ainsi que contre les inconvénients de l’investissement provenant des pays du Golfe, invoquant le coût sécuritaire et politique, à l’image de ce qui s’est passé au Soudan, en Somalie, et en Ethiopie. Les intervenants palestiniens ont mis en exergue la centralité de la cause palestinienne et du conflit arabo-musulman sur la scène arabe. Chose qui a été exprimée lors de cet élan révolutionnaire qui n’est pas près de fléchir.
Le changement survenu dans la région a été certes la résultante d’un mouvement de contestation populaire, concluent les intervenants, mais dans certains pays il ne s’est pas soustrait à un agenda international qui veut en influencer le processus, notamment à travers les tentatives d’alourdir le fardeau de ces pays en transition par les prêts de la Banque mondial, et du fonds monétaire international (FMI).
Gnet
Ce texte est la synthèse et la traduction de la déclaration finale du colloque tenu samedi 03 décembre à Tunis par le forum Averroès pour les études maghrébines, en collaboration avec l’Institut Euromed recherches et développement, et le forum des études sociales appliquées de Tunis.
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Commentaires
Ecrit par qqun 06-12-2011 04:59
Il n'a ni programme politique ni programme économique d'Ennahdha. Il est le parti le plus arrogant , le plus assoiffé du pouvoir de tous les partis. Il essaie, dans son premier mandat , de se positionner pour placer ces cadres, attirer les meilleurs compétences sans se soucier de ses principes , après avoir user l’étiquette de l'Islam pour harceler le peu de bon sens qu'il y a dans le Tunisien, et avec son réseau social étendu ...
Ce parti incarne tout et est ouvert a tout et n'a ni limite ni principe ...
Vos experts , essaie de comprendre ... il n'y a rien a comprendre. C'est une marche vers une nouvelle hégémonie. Il n'y a ni démocratie , ni esprit critique, ni séparation de pouvoir
un système sain c'est des organes en science naturelle, organisations en management, composantes en génie mécanique, électronique et logiciel). La vie et l’évolution est faite de l'interaction et l’évolution autonome de plusieurs organes ... Avec le projet Ennahdha , il y aura un seul organe (islamico-politico-economico-sociale). en dehors de ca , c du bla bla bla ...Point c'est tout !
Ecrit par sami 05-12-2011 22:53
Nous sommes une fois de plus dans la contemplation du chaos..
En Tunisie, nous sommes désormais victimes d'un coup d'Etat des soi disant savants !!