Avec Ennahdha aux commandes, le tourisme, un secteur clef de l’économie tunisienne, va-t-il réussir à remonter la pente ? C’est une question qui hante les esprits des professionnels du secteur, confrontés à des difficultés inextricables. La réponse est venue rassurante, par la voix des dirigeants du mouvement, vainqueur des urnes. Le parti islamiste est conscient de la place stratégique du tourisme dans l’économie tunisienne, et s’engage à le promouvoir dans le cadre d’une politique concertée avec les professionnels.
Le tourisme est l’un des principaux piliers de l’économie tunisienne. Il est le principal pourvoyeur de devises, sa part dans le PIB est de 6 %, et dans les exportations de 20 %. Le secteur fait travailler directement ou indirectement 12 % de la main d’œuvre active, et permet de couvrir 60 % du déficit de la balance commerciale. Le secteur a toutefois accumulé les problèmes au fil des années, et la destination Tunisie n’a cessé de reculer en faveur des destinations plus concurrentes qui lui donnent du fil à retordre. L’incapacité de notre tourisme à sortir de la saisonnalité, étant concentré sur le tourisme balnéaire de masse, est le principal talon d’Achille du secteur, auquel s’ajoutent la dégradation de la qualité de service et bien d’autres handicaps. Un constat partagé par le mouvement Ennahdha et les professionnels du secteur, réunis lors d’une première prise de contact, à l’heure où les tractations se poursuivent pour la formation du futur gouvernement de coalition.
Vers un gouvernement de large coalition
Devant un parterre de professionnels du tourisme, hôteliers, voyagistes, représentants de l’UTICA, dont son ex-Président, Hédi Jilani, des médias étrangers et locaux, notamment de la presse spécialisée, Ennahdha a envoyé des messages rassurants et volontaristes quant à sa vision du futur du tourisme en Tunisie. A dire vrai, le mouvement n’a pas une recette toute faite pour sortir le secteur de l’ornière, il tend la main aux différents intervenants pour étudier la réalité du secteur et trouver les solutions idoines à même de le relancer.
A l’ouverture de la conférence, organisée ce jeudi à Tunis par Ennahdha sous l’intitulé "des perspectives du tourisme tunisien", Hamadi jebali, secrétaire général du mouvement, et son candidat à la primature, souligne d’emblée que le tourisme est l’un des principaux secteurs économiques dans le monde en général, et en Tunisie en particulier. "Nous avons organisé cette conférence en collaboration avec les intervenants du secteur, afin de dialoguer directement avec vous, écouter vos préoccupations, et échanger les points de vue et les idées en vue de développer le secteur touristique et redynamiser son rôle dans le développement et le progrès économique et social", dit Hamadi jebali à l’adresse des professionnels, en remerciant notamment Tijani Haddad, ancien ministre du Tourisme, pour son aide en matière d’organisation de cette rencontre.
Hamadi Jebali ne laisse pas passer cette occasion sans réaffirmer la voie réformiste suivie par le mouvement, et son attachement aux principes du dialogue et du consensus pour instaurer un régime démocratique et pluraliste. "La seule clef pour la problématique du développement et de la réforme en Tunisie est la liberté, la préservation de la dignité, la consolidation de la société civile, et l’instauration d’un système politique pluraliste", a-t-il dit, ajoutant que son mouvement œuvre à former un gouvernement de large coalition. Lequel gouvernement aura pour entre autres tâches de répondre à l’urgence touristique. Car, "le tourisme tunisien est dans le coma", comme l’a déploré le vice-président de la fédération tunisienne des agences de voyage, ses maux remontent à des années, et se sont aggravés par le marasme dans lequel il a plongé depuis la révolution du 14 janvier.
Ennahdha va ouvrir le ciel tunisien
Ennahdha en a fait le diagnostic, connu de tout le monde, et a dévoilé ce matin son plan d’action, qui semble là aussi faire l’unanimité. Ridha Saïdi, membre du bureau exécutif d’Ennahdha, et chef de son unité études et planification, a évoqué l’intention du mouvement de rétablir la confiance des partenaires étrangers en vue d’une reprise touristique, à travers des campagnes publicitaires et promotionnelles intensives, dont la participation aux salons internationaux du tourisme, l’activation du rôle des ambassades et des bureaux de l’ONTT à l’étranger et l’invitation de la presse spécialisée.
Ennahdha compte s’attaquer aux problèmes structurels du secteur dont celui de
l’endettement à travers la constitution d’un comité constitué du ministère, des hôtels, des banques, des auditeurs et des experts pour trouver des solutions au cas par cas. Il se propose également d’œuvrer à améliorer la qualité de service, et à diversifier le produit touristique à travers la promotion du tourisme de santé, des congrès, du golf, des ports de plaisance, écologique, archéologique, sportif, culturel, de pêche, etc. Le mouvement préconise également un circuit touristique de la révolution.
Il envisage, de surcroît, d’instaurer des centres des congrès répondant aux normes internationales, d’améliorer la formation et l’innovation en prenant en considération les résultats des études stratégiques dont l’étude de l’agence japonaise de coopération internationale (JICA), ainsi que l'étude de la Banque mondiale et celle de Roland Berger sur le secteur touristique à l’horizon 2016.
Ennahdha se dit favorable à l’open Sky, et compte ouvrir l’espace aérien aux compagnies étrangères. Le mouvement s’engage à préserver nos marchés européens traditionnels, tout en conquérant d’autres marchés prometteurs (américain, japonais, canadien, chinois, arabe, islamique…), et à simplifier les procédures d’attribution de visas. Il compte aussi promouvoir la formation professionnelle, condition sine qua non à l’amélioration de la qualité de services, à travers la création d’établissements spécialisés dans la formation des cadres, avec un partenariat entre l’Etat et le secteur privé. La promotion du tourisme intérieur est également au programme, ainsi que l’encouragement des investissements dans les régions intérieures, via l’exploitation de leurs richesses culturelles et écologiques.
Mohamed Belajouza, président de la Fédération tunisienne de l'hôtellerie, a exprimé "la pleine disposition de la profession à œuvrer à redresser l’image du tourisme qui était écornée ces dernières années". "La Tunisie a perdu sa place prépondérante dans le bassin méditerranéen au profit d’autres marchés", a-t-il dit en substance en exprimant l’intention de la profession de "faire rebondir notre destination et d’atteindre les objectifs inclus dans une feuille de route qui sera soumis au prochain gouvernement". Il a appelé "à rassurer les marchés émetteurs sur la sécurité de notre pays, et à œuvrer à mettre sur le marché un produit hôtelier répondant aux normes internationales". Le Président de la FTH a exprimé son approbation du plan d’action préconisé par Ennahdha, "qui correspond à tout ce qui a été dit par la profession en public et en privé".
Mohamed Ali Toumi, président de la fédération tunisienne des agences de voyages, a plaidé pour "un partenariat effectif entre les secteurs public et privé pour conquérir de nouveaux marchés, tout en préservant les marchés traditionnels". Il a appelé à simplifier les procédures administratives pour encourager l’investissement dans ce secteur, et à harmoniser les taux de la TVA qui sont actuellement au nombre de trois : 6 %, 12 % et 18 %. "Il faut opter pour un taux de 6 % pendant une période déterminée, en attendant la relance du secteur", a-t-il recommandé.
Mohamed Ali Toumi a appelé à assainir le climat social, et à en finir avec les grèves successives qui nuisent à la bonne marche du secteur. "Il faut que l’on mette un cap, si on veut dépasser le Maroc et la Turquie dans cinq à dix ans", dit-il, suggérant "de doter les régions de la Tunisie de cachets qui leur sont propres, afin que notre destination puisse répondre à tous les goûts".
Autant de points qui sont revenus dans le débat où les participants ont insisté notamment sur la nécessité de préserver l’image de la Tunisie comme un pays ouvert et modéré, où l’islam peut parfaitement s’accommoder de la démocratie, et inversement.
H.J.
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Commentaires
Ecrit par Lecteur 15-11-2011 22:09
Les premiers sont les allemands à boycotter notre destination, protestants contre la nomination d'un premier ministre terroriste
Ecrit par Royaliste 15-11-2011 16:44
Ecrit par agence de voyage 15-11-2011 16:07
Ecrit par MG 15-11-2011 15:38
Ecrit par khammous 13-11-2011 21:21