Le rapporteur spécial des Nations Unies pour l’éducation, Kishore Singh, a exposé aujourd’hui à la presse, le rapport préliminaire de sa mission en Tunisie, qui s’est déroulée du 30 avril au 9 mai 2012. Mission durant laquelle il a rencontré plusieurs personnalités politiques et de la société civile, notamment le ministre de l’Education, celui des Droits de l’Homme, les agents des ministères concernés, des enseignants, des élèves et des étudiants, ainsi que le président de la Commission de l’Education de l’assemblée constituante. Il a tout au long de son séjour fait le diagnostic du système éducatif en Tunisie, en relevant ses forces, et surtout ses faiblesses.
Dans son discours, il a tout d’abord salué « les efforts admirables accomplis par les gouvernements successifs en Tunisie pour la réalisation du droit à l’éducation ».
La Tunisie est en effet dotée de lois sur l’éducation et l’enseignement supérieur. La loi de 2002 prévoit entre autres, que l’éducation doit être de qualité et gratuite, accessible à tout tunisien âgé entre 6 et 16 ans. « La scolarisation des filles a atteint des niveaux remarquables, comme en témoigne le taux actuel de leur enrôlement à l’université : 60% des étudiants tunisiens, sont en effet des étudiantes », précise Kishore Singh. L’Etat tunisien consacre à cet effet, 14% du budget total du pays, à l’éducation. Néanmoins, le rapporteur des Nations Unies a relevé plusieurs insuffisances et lacunes dans le système éducatif tunisien.
Premièrement, les disparités régionales et les disparités entre les centres urbains et les régions rurales. «L’accès à l’éducation est inégal entre les gouvernorats. Ainsi, le taux net de scolarisation dans les régions comme le Kef et Kasserine se situent loin en dessous de la moyenne nationale, alors que d’autres zones affichent presque un taux de 100% ».
Secundo, la médiocrité de l’éducation réservée aux personnes les plus défavorisées et les groupes marginalisés. «J’ai visité des lycées recevant une attention soutenue de l’Etat, mais j’ai également vu des établissements situés dans des zones délaissées, auxquels l’Etat porte une moindre attention. La Tunisie…doit mettre en place des mesures spéciales pour faciliter l’accès à l’éducation aux franges les plus vulnérables de sa population. Cela est aussi urgent pour les enfants porteurs d’handicap », a-i-il dit, en suggérant que la gratuité soit « plus vraie », pour les milieux démunis, en leur assurant la gratuité de tous les frais comme le transport, les fournitures scolaires et autres frais nécessaires à leur cursus éducatif.
Il s’est ensuite arrêté sur la qualité de l’éducation. Selon lui, Cette réponse participerait de manière significative à lutter contre le chômage endémique des jeunes diplômés, qui aujourd’hui est d’environ 20%. Le recrutement d’enseignants qualifiés et leur formation continue est un vecteur fondamental de la qualité de l’enseignement.
Il appelle ainsi les autorités tunisiennes à établir un cadre institutionnel organisant la collaboration entre l’enseignement et le monde du travail.
Un autre souci de taille, l’éducation préscolaire. « Sur les institutions de la petite enfance opérant en Tunisie, seulement environ 5% sont publiques. Cela met l’éducation préscolaire hors de porté des classes les plus défavorisées…Il est à signaler que certaines institutions de la petite enfance, opèrent sous le couvert d’associations de la société civile en contournant le cadre juridique établi par la loi en vigueur…les enfants qui fréquentent ces institutions font l’objet d’un endoctrinement qui risque de faire écran à la tolérance et à l’acceptation de la diversité. Là aussi, il urge d’agir », ajoute l’expert.
Il a dans la même perspective appelé à préserver l’autonomie et l’indépendance des institutions supérieures, en laissant libre cours à la diversité et au pluralisme des idées en milieu académique, tout en rappelant le rôle de l’Etat de garantir la sécurité des étudiants et des enseignants.
Au sujet de la fuite des cerveaux, qui constitue un défi important pour la Tunisie, Kishore Singh a précisé que « l’Etat doit travailler à les faire revenir, en leur garantissant, des conditions socioprofessionnelles, ainsi que des perspectives de qualité ».
« Cette mission vient à point pour rappeler aux autorités tunisiennes l’importance de placer les droits de l’Homme et le droit à l’Education au cœur des réformes historiques, qui sont en cours dans le pays. Si la Tunisie manque ce rendez-vous unique, si la Tunisie faillit à assurer dans la nouvelle constitution et dans ses nouvelles lois, les plus hauts standards de protection des droits de l’Homme, et en particulier le droit à l’éducation, alors la Tunisie aura manqué cette opportunité historique », a-t-il dit dans son allocution.
Il croit savoir qu'un projet d'établisement d'une instance constitutionnelle en charge de l'éducatioon est en en ce moment même à l'étude. "Une telle instance pourrait donner les grandes orientations pour la modernisation de la législation. De plus, elle pourrait inspirer l'élaboration et la mise en peuvre des politiques et stratégies éducatives. Elle devra travailler en toute indépendance, et être sensible au droit à l'éducation, dans toutes ses dimensions".
Chiraz Kefi
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Commentaires
Ecrit par khammous 12-05-2012 22:18
Ecrit par Farouk Ben Ammar 11-05-2012 09:04
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Ecrit par Royaliste 10-05-2012 16:13
le niveau d'éducation a été abaissé pour abrutir les tunisiens.
ca a commencé avec Mr Mzali, Mr BenAli a tout fait pour limiter le cerveaux des tunisiens et ca va continuer avec le parti d'extreme droite qui ne vise qu'a controler et anesthésier les citoyens
Ecrit par fathi 10-05-2012 13:41
Ecrit par Ben Whirlpool 10-05-2012 05:29
Tiens, c'est justement au Kef qu'un guide touristique qui accompagnait 2 français s'est fait rouer de coups par 30 salafistes aux cris de "mécréant ! mécréant !". Trente contre un, c'est signé...
Il ne s'agit à mon avis pas d'une coïncidence: il va vous falloir choisir, comme l'Occident a choisi avant vous, entre l'obscurantisme et la science, entre le prosélytisme et l'éducation, entre le révélé et le démontré.
Si on n'a pas la liberté de tout critiquer, de tout remettre en cause, de douter de tout, comment augmenter sa connaissance ?