Les médias ont un rôle crucial dans la société que personne ne peut leur renier. Une démocratie réelle et solide ne peut se concevoir sans des médias forts et indépendants. En Tunisie, les médias ont vécu le 14 janvier comme une délivrance. C'est qu' ils ont réussi à briser les chaînes de la peur et de la censure, pour pouvoir être enfin porteurs de la parole libre ; révéler la vérité telle qu’elle est, sans l’édulcorer, ni la maquiller, et se rapprocher des préoccupations du large public, dans l’espoir de reconquérir sa confiance.
Les médias qui ont été instrumentalisés pendant 23 ans par le pouvoir politique, qui en faisait un outil de propagande par excellence, ont servi tout au long des années de plomb de bouc émissaire, où leur supposée incompétence, a été toujours invoquée pour justifier la médiocrité de leur niveau, et l’insatisfaction tant du public, que du pouvoir usurpateur en place, de leur prestation.
Perçus avec dédain, malmenés, les hommes et les femmes des médias ont accepté, résignés, le statut qui leur revenait de force. Certains ont essayé tant bien que mal de résister, en usant de style alambiqué et de messages subliminaux, pour transmettre, ne serait-ce qu’une partie de la vérité, sans jamais dépasser les lignes rouges, pour ne pas tomber sous le couperet d’une loi inique. D’autres ont choisi la voie inverse, en jouant, corps et âmes, le jeu du pouvoir, lui servant d’écran fumé, dissimulant ses abus, et le glorifiant à tout-va. Entre les uns et les autres, la majorité a juste fait son travail, sans convictions, ni contestation, mais dans un seul souci de préserver son gagne-pain. C’était à peu près cela la configuration du paysage médiatique avant le 14 janvier, sans oublier les journalistes militants, en Tunisie ou à l’étranger, qui tenaient tête au régime, et révélaient ses supercheries.
Après la révolution, toutes ces différences se sont effacées comme par un tour de magie. L’ensemble des journalistes ont mis leurs pendules à l’heure de la révolution, essayant de se racheter et de rattraper le temps perdu. Dans la reconquête de leur liberté, les membres de la profession se sont déchaînés, oubliant au passage certaines règles élémentaires du métier.
C’est ce qui leur a valu de nouveau des critiques, les mêmes que du temps révolu, soit le manque de professionnalisme. Et là, on ne manque pas de les comparer à leurs confrères et consœurs dans les grands médias arabes et occidentaux, de quoi leur créer des complexes.
Mais les journalistes ne semblent pas en avoir cure, ils continuent à faire leur métier, usant parfois de condescendance frôlant l’effronterie, cherchant à prouver qu’ils tiennent la dragée haute au pouvoir politique, qu’ils sont capables de faire et de défaire des hommes politiques, voire de faire monter la cote de popularité des uns, et de faire descendre celle des autres auprès du large public, suivant des considérations fantaisistes, et non selon une démarche justifiée et procédant de l’intérêt général. Dans leur reconquête de leur pouvoir perdu, certains médias se sont sciemment éloignés des règles d’impartialité et d’objectivité, ce qui les a encore une fois décrédibilisé aux yeux du public, qui n’était pas dupe d’une tentative d’endoctrinement.
La régénération des médias après des décennies de sclérose n’est certes pas chose facile. A comparer avec ce qui se fait sous d’autres cieux, la presse tunisienne a encore un long chemin à parcourir. A défaut, le pouvoir politique aura toujours des raisons pour la contrôler, et essayer de l’inféoder.
Les médias tunisiens doivent développer un système immunitaire à même de les protéger de toute immixtion du pouvoir politique. Cela ne se décrète pas uniquement par des sit-in et des mouvements de protestation, même si de telles actions restent utiles pour montrer que les journalistes ne sont pas prêts à se laisser faire de nouveau, et qu’ils récusent toute tutelle du pouvoir politique, et toute ingérence dans leur ligne éditoriale. L’immunité des médias ne peut se construire, néanmoins, qu’à la faveur d’une profession assainie, crédible, respectueuse des règles de la déontologie, cultivant son indépendance, se tenant de la même distance de toutes les formations politiques, bannissant le plagiat, la diffamation, et la désinformation, accrochée à son honnêteté, privilégiant la recherche de la vérité, les analyses de fond impartiales et factuelles, au sensationnalisme de mauvais aloi. Une profession qui ainsi se respecte, se fera forcément respecter. Une profession qui aura pour seule tutelle, une instance indépendante de régulation, chargée de prévenir les dérapages, et de les punir, si besoin est.
C’est seulement ainsi que la presse sera un véritable quatrième pouvoir, et le politique, même s’il a des tentations de la dominer, réfléchira par deux fois, car, ce sera inexorablement une peine perdue.
H.J.
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Commentaires
Ecrit par encore encore 15-01-2012 19:35
Ecrit par Ibrahim. D. 11-01-2012 11:37
Actuellement, en l’absence d’une opposition, les médias se sont considérés volontairement ou non leur substitut et ce qui est très dangereux pour l’équilibre des pouvoirs politiques.
Je pense qu’il est de grande nécessité et de sagesse que chacun reprend son rôle qui lui a été destiné pour le bien de notre pays.
Ecrit par Royaliste 11-01-2012 00:37
c'est fou qu'est ce que l'amour du pouvoir peut changer les hommes
Ecrit par KHAMOUS 10-01-2012 23:08
Ecrit par qqun 10-01-2012 20:18
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