Tunisie : Comment redonner son prestige d’antan à l’école publique ?

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Publié le Vendredi 15 Septembre 2017 à 16:55
Rentrée des classes, vendredi 15 septembre 2017.C’est bien parti pour une année de travail, d’effort et de labeur, pour toute une génération, qui du Nord au Sud, et d’Est en Ouest, a repris, en ce vendredi 15 septembre, le chemin de l’école, sous un soleil qui baigne tout le pays. 

Avec plus de deux millions d’élèves qui ont investi les routes, rues et ruelles des grandes villes ; les pistes et les sentiers des régions intérieures, la Tunisie sort aujourd’hui, pour de bon, de sa torpeur estivale. Finis les grasses matinées, le farniente, les courses à vélo jusqu’à tard dans la nuit, occupation favorite des enfants des différents quartiers, place à un nouveau rythme chronométré, où les horaires doivent être scrupuleusement respectées, et où assiduité et sérieux doivent être de mise,  pour éviter billets de retard, observations et autres avertissements.   

En cette rentrée des classes, c’est la jeune génération, celle qui est appelée à prendre la relève demain, qui se lance dans un processus d’acquisition des connaissances, dans l’espoir de gravir les échelons du savoir, avec des rêves pleins la tête, sur le métier que chacun ambitionne d’exercer demain, le statut social qu’il désire avoir, et le rôle qu’il souhaite remplir. La vie est une perpétuelle quête de sens, et la réussite à l’école est, en théorie, la voie la plus sûre qui fait que des hommes et des femmes, soient plus tard des acteurs entreprenants et utiles pour eux-mêmes, leur famille et la collectivité ; leur existence prend ainsi toute sa signification.

Par les temps qui courent, l’école a perdu, hélas, de son éclat, notamment avec la régression du niveau, à tous les paliers de l’enseignement, unanimement décriée.

Le système d’éducation de masse initié par Bourguiba dès les premières années de l’indépendance a sorti de larges strates de la société des ténèbres de l’ignorance. Le pays se vaut à ce jour, en sa faveur, des taux d’instruction  les plus élevés, au rang des filles et garçons, un atout considérable qui la place dans une position pionnière dans sa région. L’école postcoloniale, plusieurs fois révisée, rénovée et réformée, présente, néanmoins, des signes d’essoufflement.

Le système éducatif souffre de nombreuses anomalies, d’abord sur les plans matériel et logistique où des établissements éducatifs sont dépourvus des attributs les plus élémentaires pour accueillir des élèves et leur dispenser les cours ; la situation est parfois désastreuse dans l’arrière-pays.  Ensuite, au niveau des programmes, dont l’inconstance et l’inconsistance de la teneur, sème la confusion chez les élèves, les enseignants, voire les parents, et ne permet pas de consolider les acquis et les fondamentaux de l’élève, et de l’immuniser contre les problèmes pouvant le rencontrer au fur et à mesure qu’il avance dans son parcours scolaire.

Aussi, l’inadéquation des enseignements scolaires et universitaires, avec les besoins du marché de l’emploi ; chose qui ne fait que grossir les rangs des chômeurs, notamment ceux des diplômés du supérieur, qui après tant de sacrifices, se retrouvent pendant de longues années plongés dans l’oisiveté, menant une vie dépourvue de sens.

Tout cela mérite réflexion et remise à plat afin de redonner à l’école publique, son prestige d’antan, et d’en faire un lieu d’apprentissage de savoir, d’esprit critique et de citoyenneté, en vue d’une acquisition de compétences et de savoir-faire plus tard. La réforme éducative que le gouvernement compte relancer, avec le nouveau ministre de l’Education, doit procéder d’une vision globale qui revoit méthodologie, pédagogie et programmes ; le tout selon des rythmes scolaires bien étudiés, pour, au bout du compte,  donner lieu à des têtes bien faites, et non à des têtes bien pleines.  
Gnet