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Mercredi 17 Octobre 2018         

Le Viol en Tunisie : "Personne ne se soucie du sort de la victime" (Moufida Abassi)

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Publié le Jeudi 20 Septembre 2018 à 12:55
Ces dernières semaines les cas d’agressions sexuelles se sont multipliés. En l’intervalle de deux semaines, pas moins de 10 affaires de viol ont été enregistrées. La dernière en date, et la plus marquante, celle qui s’est passée à Gbollat dans la région de Béja. Une adolescente de 15 ans a été kidnappée, séquestrée et violée. Sa mère ainsi que sa grand-mère ont été violemment agressées, et ont succombé, toutes les deux, à leurs blessures.

Selon les chiffres officiels du ministère de la Justice, 196 affaires ont été jugées entre 2016 et 2017 soit une moyenne de 16 agressions par mois. Ceci sans compter les cas où les victimes ne portent pas plainte.

Malgré un renforcement et un durcissement de la loi sur les violences à l’égard des femmes, des failles subsistent encore. La notion d’agression sexuelle demeure un tabou dans les mentalités. Comment expliquer ce phénomène et de quelle manière lutter contre ce fléau ? Moufida Abbassi, enseignante-chercheur, psychologue et membre du bureau de l’AFTURD (Association des Femmes Tunisiennes pour la Recherche sur le Développement) répond aux questions de Gnet. 

Moufida Abbassi


Parlez-nous de l’action de l’AFTURD en faveur de femmes victimes de violence ?
A l’AFTURD nous travaillons sur plusieurs axes. Et durant notre mandat, qui a débuté en 2016, nous avons choisi de choisir la violence à l’égard de la femme comme un des axes prioritaire de notre action. Nous avons notamment beaucoup contribué à l’élaboration de la dernière loi concernant les violences faites aux femmes.

Mais avant de parler de violence et de prendre en charge les victimes, il faut tout d’abord connaître la définition de la violence. C’est en réalité un rapport de force entre quelqu’un qui se voit toujours plus fort que l’autre. Elle prend également plusieurs aspects. Il y a la violence physique, sexuelle, économique, psychologique et politique.


En Tunisie, existe-t-il des structures spécialisées pour les femmes victimes de viols ?
Nous n’avons pas vraiment de structures de prise en charge des victimes. Ce sont surtout des associations et des personnes de la société civile qui viennent en aide aux femmes victimes de violences sexuelles.

D’ailleurs, le 12 septembre dernier, nous avons fait un sit-in à la Kasbah pour interpeller les pouvoirs publics. Nous réclamons une plus grande visibilité du problème des viols notamment ceux commis sur des enfants. Pour qu’on en parle autrement. La plupart du temps, on parle de violences sexuelles, juste pour traiter d’un fait divers ou faire le buzz et ça s’arrête là. Mais personne ne se soucie du sort de la victime. On ne parle pas de sa prise en charge, de son encadrement et celui de son entourage. 

Nous avons aussi manifesté pour montrer aux victimes de violences sexuelles qu’elles ne sont pas seules. Pour les inciter à parler et à dénoncer leurs agresseurs.

Justement, les victimes de viols ne portent pas systématiquement plainte. Comment expliquez-vous ce phénomène ?
Le viol est une atteinte très grave à la dignité de la femme. Et ces femmes, voulant garder leur dignité, ne voulant pas parler de cette douleur ressentie lors de cette violence extrême, veulent souvent garder le silence pour ne pas subir une pression qui viendrait de l’entourage. Donc il y a la violence de l’entourage et la violence que vit la femme intérieurement.

Le viol est un tabou universel, mais encore plus dans un pays comme la Tunisie, à culture arabo-musulmane. Contrairement à d’autres pays, comme en Europe par exemple, ici nous avons tendance à faire culpabiliser la victime. On la rend responsable de ce qui lui arrive. On place la plupart du temps la femme comme étant la cause de son malheur en lui reprochant un comportement, une manière de s’habiller ou d’être.

Elle est donc doublement violentée. C’est très lourd à supporter à la fois pour les adultes mais aussi  pour les petites filles et les petits garçons. Parce que maintenant il y a de plus en plus de cas qui concernent des enfants, voire des tout petits enfants.

L'équipe de l'AFTURD.

Les agressions sexuelles existent partout dans le monde. En Tunisie, est-ce un phénomène récent ?
Les viols ont toujours existé, mais avant la révolution on en parlait très peu. Ce qui est nouveau aujourd’hui c’est qu’on en parle. Mais surtout, ce qui est alarmant, c’est l’augmentation du nombre d’agressions sexuelles. Nous n’avons pas de statistiques sur les viols. Les impressions ne sont pas scientifiques. On manque de recherches sur le sujet.
Il faut aussi préciser que c’est un phénomène qui touche toutes les catégories. Aussi bien dans les grandes villes que dans les régions plus reculées, et dans des familles plus ou moins aisées.

Selon vous, qu’est ce qui explique la recrudescence des cas de viol ?
Cet état d’insécurité et d’impunité qui règne dans le pays donne la possibilité aux agresseurs de faire ce qu’ils veulent sans même être inquiétés. Parfois même, les agresseurs sont arrêtés mais les peines restent légères voire inexistantes dans certains cas.
Pourtant, la loi sur les crimes sexuelles va jusqu’à l’emprisonnement à vie. Il y en a même qui en appellent à appliquer la peine de mort.

Il faut que la loi soit traduite dans les faits pour que les agresseurs potentiels aient conscience de ce qu’ils risquent.

Propos recueillis par Wissal Ayadi

 

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