La Tunisie, réceptacle d’une diplomatie interventionniste !

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Publié le Vendredi 29 Septembre 2017 à 17:02
Les réformes économiques, sociétales...devront émaner d'un débat interne. L’abolition de la circulaire 73, et la légalisation du mariage d’une Tunisienne avec un non-musulman n’ont pas fait que des heureux dans le pays. Cette décision a valu à notre pays des satisfécits internationaux, le dernier est celui du conseil des droits de l’homme de l’ONU dont un groupe d’experts a loué la levée de cette interdiction. Précédé de peu de l’hommage appuyé du réseau Euromed des droits de l’Homme, en la personne de son président Michel Tubiana, qui a salué l’abolition de la même circulaire et l’engagement de débat sur l’héritage. D’autres suivront sans doute.

Les autorités locales se réjouissent, à leur tour, de cette reconnaissance internationale, dans l’espoir qu’elle soit un catalyseur pour davantage de soutien financier, économique et sécuritaire dont le pays a impérieusement besoin, et en est même tributaire.

Il est de notoriété publique que les bailleurs de fonds, qu’ils soient pays, organisations, ou institutions financières internationale, assortissent souvent leur programme de partenariat, d’aide et de soutien, peu importe l’appellation, à des conditions. Celles-ci concernent souvent le domaine des libertés, des droits de l’homme, de la femme..., certes souvent à la traîne dans les pays en voie de développement, mais qui sont à géométrie variable, utilisées selon les circonstances, les intérêts et les buts recherchés dans tel pays, ou tel autre.

En Tunisie, sous l’ancien régime, il arrivait aux hôtes occidentaux quand ils étaient reçus par les autorités locales, d’évoquer ces sujets, classés à l’époque comme étant des questions qui fâchent. Comme, il leur arrivait de confier à la presse leurs préoccupations envers la situation de l’opposition, de la société civile, des droits de l’homme, souvent à mezza voce pour ne pas contrarier le pouvoir en place.

Après la révolution, les choses ont changé, nos partenaires du Nord, admiratifs et laudateurs, envers la Tunisie, exemple et source d’inspiration, ne nous ont pas lâchés d’une semelle, scrutant attentivement l’évolution du processus de transition, avec ses débats, et ses tiraillements, ses projets et ses projections, ses réussites et ses échecs…ils étaient présents partout, par les encouragements, les propositions, et les injonctions, souvent formulées en coulisses, pour ne pas heurter les sensibilités. Rien n'était, (et n'est) un secret pour eux : les programmes économiques, sociaux, culturels, les projets de loi, les réformes économiques, sociétales…bref, la démocratie naissante s’affichait à découvert devant ses partenaires, qui la connaissent sur le bout des doigts, beaucoup mieux que ses enfants.

Indéniablement, la Tunisie ne peut se passer, dans ces temps de disette, des programmes d'assistance et d’appui extérieurs. Ses dirigeants ne cessent d’ailleurs de solliciter la générosité des amis et partenaires, et de séduire leurs investisseurs et capitaux, pour venir s’installer sur son sol, et l’aider à sauver son économie, à lutter contre le terrorisme et à asseoir sa sécurité, préalables à la réussite de sa transition politique qui autrement, reste inachevée.

Cette dépendance de l’extérieur qui va grandissante, au fur et à mesure que la crise s’aggrave, n’est pas sans menacer la souveraineté nationale.

Que les réformes, qu’elles soient économiques, sociales, sociétales…, émanent d’une réflexion nationale, d’un débat et d’une controverse internes, tout en tenant compte des aspects identitaires et culturels, c’est tout ce qu’il y a de plus naturel dans l’histoire des sociétés, devant être, tout naturellement, marquée par le progrès et l’évolution, plutôt que par l’immobilisme et la sclérose.

A contrario, que ces réformes soient dictées et imposées de l’extérieur, elles procèderont, forcément , d’une démarche de néocolonialisme, d’altération de l’identité et d’acculturation.

La Tunisie qui fait l’éloge dans les cercles officiels et partisans de la diplomatie économique, culturelle, sociale, et populaire, présentée comme étant un ressort salutaire, paraît être, comme un réceptacle d’une diplomatie interventionniste, destinée à faire passer en douceur un certain diktat, qui ne dit pas son nom.
Gnet