La Tunisie a-t-elle besoin d’un nouveau parti de gauche ?

Imprimer
Publié le Mercredi 20 Septembre 2017 à 16:38
Abid BrikiL’ancien ministre de la Fonction publique et de la Gouvernance, Abid Briki, a annoncé ce mercredi 20 septembre la création d’un nouveau parti de gauche, une idée qui a été discutée, selon ses dires, avec plusieurs tenants de la gauche appartenant ou non aux partis existants. 

Dans une déclaration à Assabah News, l’ex-ministre a indiqué que "cette idée est ancienne, le premier à l’avoir lancé est Chokri Belaïd, qui voulait fonder un grand parti de gauche", précisant que cette idée commence à se confirmer face à la coalition gouvernementale qui prend corps (Nidaa, Ennahdha, et rcédeistes), chose qui requiert "une opposition organisée".

Un débat sera entamé sur la manière de créer un tel parti, et sur ses tenants et aboutissants, souligne-t-il, ajoutant que la démarche serait de trouver un seuil minimum à même d’élargir le cercle de la gauche, et puis dans un second temps, de rechercher les programmes qui répondent à la nature des défis sociaux, civils et politiques, alliant l’ambition et la réalité, et troisièmement et le plus important est de convenir d’une méthode de communication simple et facile visant le large public.

Briki a annoncé des préparatifs pour la tenue de la première rencontre qui se tiendra dans les délais les plus proches.

Un nouveau parti de gauche ? Le terrain est pourtant déjà occupé, notamment par al-Jabha et al-Massar.

Actuellement, le Front populaire, un rassemblement de gauche nationaliste, représenté au parlement par 15 députés, s’affiche comme étant la principale opposition dans le pays. Composé de plusieurs partis, dont celui du martyr Chokri Belaïd, le parti des patriotes démocrates unifié, le FP se veut être l’incarnation de l’antilibéralisme et prône des politiques étatistes, affranchies de l’emprise des institutions financières internationales, et du Fonds monétaire internationale (FMI), et profitables aux classes moyennes et démunies.

Al-Jabha est sur une ligne de rupture par rapport au pouvoir en place, le même positionnement sur lequel lorgne le projet du nouveau parti de gauche, à en croire Abid Briki. La gauche sera-t-elle devant l’impératif d’un rassemblement, à même d'augmenter ses chances d’accéder au pouvoir, et d’assurer l’alternance, ou s’acheminera-t-elle vers une nouvelle désagrégation, qui lui sera préjudiciable, voire fatale ?

La Tunisie n’a pas un problème d’offre politique, celle-ci est diverse et riche, allant de la droite à la gauche, en passant par le centre, avec toutes leurs variantes. Elle a néanmoins un problème d’éthique, et de patriotisme politique. Au cours de ces sept dernières années, il y a eu plein de tentatives de rassemblement de la gauche, du centre-gauche, des sociaux-démocrates qui ont été toutes vouées à l’échec, du fait de l’égo surdimensionné et de la quête de leadership des acteurs politiques. La même mentalité a régné au sein des coalitions au pouvoir, et a été à l’origine de l’affaiblissement des gouvernements, et leur échec méthodique et programmé.

Selon les derniers chiffres, la Tunisie compte 207 partis, de différentes idéologies et sensibilités. La révolution et le vent de liberté qu’elle a fait souffler sur un pays, sorti subitement de la sclérose, avait pour conséquence immédiate et directe un foisonnement de formations politiques. Sept ans après, cette pléthore est toujours de mise dans un espace exigu, et face à une désaffection grandissante des Tunisiens envers la politique.

L’éclatement du paysage partisan est à l’origine de l’effritement des voix aux échéances électorales, ce qui a donné lieu à un parlement morcelé sans majorité nette, contribuant ainsi à faire durer l’instabilité et la crise qui va avec.
Gnet