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La loi de finance complémentaire prévoit l’augmentation du budget de l’Etat 2012 sera bientôt présentée devant l’assemblée constituante. Ce Budget est par définition, l’ensemble des prévisions des recettes, des dépenses prévues par l’Etat durant l’année, et les emprunts prévus en cas de solde négatif. Ce sujet à été au centre d’une table ronde organisée cet après-midi (mercredi) par l’Association des Economistes Tunisiens (ASECTU).
L’économiste Mohamed Haddar, a exposé un nombre d’hypothèses relatives à l’économie tunisienne. Le budget a été calculé selon un taux de croissance économique de 3.5%, avec un prix du baril de pétrole de 110$, tout en sachant qu’une variation à la hausse de 1$, coûterait à l’Etat 26 millions de dinars, et que le taux de change est à 1 dinar pour 1.5$. Ce même taux de change, s’il augmente de 10 millimes, son impact serait de 28 millions de dinars sur les caisses de l’Etat.
Le Budget de l’Etat est par ailleurs, fixé selon un nombre d’arbitrages, qui comprennent la gestion des salaires, les recrutements au sein de la fonction publique et la partie consacrée aux pauvres et aux démunis.
«Le Budget doit prendre en considération le volet développement, c'est-à-dire s’interroger combien doit-on réserver pour le développement, que faire ? Pour qui ? », dit Mohamed Haddar, avant d’ajouter que le contexte actuel de la Tunisie est tel que le taux de croissance est de (-1.8%), et qu’il existe des pressions inflationnistes estimées à 5.1% en janvier dernier, et un taux de chômage assez élevé (environ 800 000 chômeurs). « Ajoutez à cela un déficit commercial qui s’accentue et une fragilité institutionnelle ».
La loi de finance complémentaire de 2012, prévoit une relance budgétaire de 10.8% par rapport à la loi de finance initiale ( soit 21.6 % comparé à la loi de finance 2011). Cette hausse serait financée essentiellement de la privatisation de Tunisie Telecom (900 millions de dinars) et des entreprises confisquées ( 800 millions de dinars de plus que l’estimation faite dans le budget initial). Elle prend en considération une dépréciation du dinar, passant de 1.42 à 1.5 $ et une inflation de 3.5%.
Les recettes fiscales sont passées de 13 814 millions de dinars (loi de finance initiale) à 15066 dans la loi de finance complémentaire.
Les dépenses pour le développement sont désormais de 6400 MD contre 5200 MD, avec une dette identique (4089MD contre 4070MD, la hausse est due à la dépréciation du dinar). Les salaires octroyés par l’Etat seraient de 8643 MD contre 8565 MD. Et La compensation prévue pour les produits alimentaires et le carburant est passée à 3208 MD contre 2838MD initialement.
Les dépenses pour le développement sont estimés à 1000 MD d’investissement, alors qu’ils n’étaient pas intégrés dans le budget initial, avec 511 MD pour l’emploi (initialement 411 MD), et 100MD pour les logements sociaux.
Dans la loi de finance complémentaire, l’emprunt extérieur est de 5757 MD, soit une baisse de 1034MD par rapport au Budget initial.
Mongi Boughzela, professeur à la faculté des sciences économiques et de gestion de Tunis, dresse une comparaison entre 2011 et 2012. « En 2011, le budget est de 21 milliards de dinars, avec un déficit de 5.1% et une dette publique de 30 milliards de dinars, soit 45% du PIB. En 2012, on table sur 12 milliards de dinars de recettes fiscales, mais serait plus réaliste avec 6 Milliards de dinars ». Selon lui s’endetter jusqu’à 7, voire 9 milliards de dinars par an, pendant 3 années de suite «n’est pas grave, mais il ne faut pas que cela dure. Nous sommes en période d’extrême incertitude, si cela peut nous aider à nous relever tant mieux, mais Il faut que les citoyens sachent que cela ne doit pas devenir une habitude». Mongi Boughzela s’inquiète au sujet de l’emploi, qui selon lui doit être la premier souci du gouvernement actuel « le seul secteur qui mériterait un tel endettement ».
Jamel Belhaj Abdallah, ancien directeur général au ministère des Finances et actuel DG de la Caisse et dépôts et consignations, s’est expliqué au sujet du Budget initial : « Il a été fait dans un contexte différent. Les choses ont changé depuis ». Il a expliqué qu’en 2011 la priorité était d’impulser la croissance, « on était obligé d’user de la politique monétaire au maximum». L’amnistie fiscale prévue dans le budget complémentaire table sur 350 millions de dinars de revenus. « Je ne pense pas que l’on puisse atteindre le chiffre indiqué », a-t-il dit, « l’amnistie de 2006 n’a généré que 200 MD ». Par ailleurs, mobiliser 1.2 milliards de dinars de ressources grâce aux confiscations des entreprises tenues par les membres de l’ancien régime « appelle à se poser la question suivante : Dans la situation actuelle, peut-on mettre sur le marché des actifs de cette valeur ? », s’interroge l’expert », ajoute Jamel Belhaj Abdallah.
Il évoque, à la même occasion, deux niveaux de fragilités dans l’économie tunisienne, à savoir les subventions des produits de bases et des carburants (le litre d’essence est subventionné par l’Etat à hauteur de 450 millimes), « mais il n’existe pas de bonne communication à ce sujet. La question de la subvention est très floue aux yeux du citoyen », dit-il.
La deuxième fragilité serait au niveau du budget de l’équipement, qu’il n’estime pas être légitime. « Avec ces fragilités, il n’est pas sûr que les bailleurs marchent pour ce budget. Tout en sachant que si l’on passe à 9% de déficit, on risque d’être dégradé dans le rating »
Abderahmane Lahka, représentant de l’UGTT précise que « le but de ce projet de loi de finance, c’est qu’il y ait un plan de relance économique, et des réformes structurelles, chose que l’on ne voit pas dans le programme du gouvernement. On ne peut pas compter sur l’export cette année, ni sur la demande intérieure, et rien n’a été fait pour que celle-ci soit stimulée, alors qu’elle est primordiale. C’est la demande intérieure, qui a sauvé l’année 2011. Mais aussi, rien n’a été fait pour relancer le tourisme et rien pour identifier les investisseurs». Les experts réunis lors de cette rencontre sont unanimes : le budget du gouvernement reflète une vision très optimiste de l’année économique 2012. Et Abderrahmane Lahka d’ajouter « A mon avis le Projet de finances complémentaire ne répond pas aux objectifs de la révolution ». Jamel Belhaj Abdallah estime pour sa part qu’il n’existe pas de cohérences dans le budget qui passera bientôt devant l’assemblée constituante.
Chiraz Kefi
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Commentaires
Ecrit par Dr. Jamel Tazarki 03-04-2012 18:01
Notre pays continue à subir durement les coups de la crise. Le déficit du budget va atteindre les 6 à 7 milliards de dinars (il est estimé à 4,568 milliards de dinars). Le déficit du Commerce extérieur pour 2012 va dépasser les 4 milliards de dinars. Le Gouvernement devra donc trouver pour notre budget 2012, soit par des impôts, soit par des économies, 6 milliards à 6500 millions de dinars environ. Malgré tous les efforts la production industrielle, les échanges commerciaux continuent à décliner.
Les formules classiques contre le déficit budgétaire étatique sont les suivantes :
a) augmenter les impôts et rationaliser l'administration,
b) emprunter pour nos besoins périodiques et permanents (ce qui va nous entraîner sur le penchant de notre ruine)
c) emprunter pour exécuter des travaux qui rapportent plus encore qu’ils ne coûtent (le crédit nous poussera dans ce cas sur la voie de la prospérité)
d) baisse des traitements des fonctionnaires et des salaires
Les conflits sociaux viennent du fait que ce gouvernement s’attaque seulement aux couches les plus pauvres des classes travailleuses: le prolétariat industriel, le petit commerce et petite paysannerie, fonctionnaires et artisans. Du même coup, les syndicats qui s'appuient traditionnellement sur ces couches de la population sont secoués. 2011/2012 sont marqués par des agitations parlementaires permanentes. La situation économique s'est en effet aggravée, le déficit budgétaire se creuse par suite de la baisse des rentrées fiscales. Les prix de détail ne baissent guère tandis que la production agricole et industrielle continue à faiblir. Le gouvernement a décidé alors à pratiquer une politique déflationniste en s’attaquant à la spéculation. Les prix de vente à la consommation ne baissaient pas, bien que les prix de gros ont amorcé une chute importante, surtout pour les prix agricoles. La paysannerie petite et moyenne devient ainsi la victime. Les grandes catégories les plus atteintes sont les ouvriers industriels, les employés, les paysans individuels et moyens et même les classes moyennes. Quant aux profiteurs de la crise - car il y en a aussi - ce sont les grands fournisseurs d’eau gazeuse et les grands distributeurs (les intermédiaires). Quant aux petites entreprises indépendantes, leur indice de profits s'est effondré.
Ce que je propose :
- annuler les secours de chômage prolongés au-delà des 180 jours
- s'attaquer aux salaires des fonctionnaires dont les rémunérations dépassent les 12000 dinars par ans (en vertu d'une répartition équitable des sacrifices). Les membres du Parlement devront donner l'exemple, en acceptant des réductions de leurs indemnités. Limiter le salaire mensuel du président de la république à 2000 dinars.
- minimiser le nombre de conseiller de la présidence. Ils coûtent beaucoup d’argent. Un président intelligent n’a pas besoin de plusieurs conseillers.
- améliorer les salaires et les conditions de vie des ouvriers à très faible rémunération.
- Il ne faut pas toucher aux salaires des couches massives très pauvres de la population.
Les salaires des fonctionnaires de l’Etat sont estimés à 8,643 milliards de dinars, soit 58,4% du total des dépenses de gestion et 34% du budget total de l’Etat. Un pays qui consacre 34% de son budget pour les salaires de ses fonctionnaires est très mal gouverné. Il faut diminuer les salaires des fonctionnaires au moins de 15% en s’attaquant seulement aux salaires qui dépassent les 12000 dinars par an. Nos politiciens doivent donner l'exemple. C'est pourquoi les salaires des membres du gouvernement et du président de la République seront limités à au maximum 2000 dinars par mois jusqu'au retour à l'équilibre des finances publiques. Les traitements des ministres et chefs de gouvernement de plusieurs pays européens ont été diminués en raison de la crise. L'Allemagne a gelé totalement le salaire des fonctionnaires; l'Espagne les a carrément baissés de 5%. Il faut savoir que 15% de baisse sur les salaires de nos fonctionnaires en Tunisie laisseraient espérer une économie de 1,29645 milliards de dinars. Donc ce n'est pas du tout inimaginable, surtout quand on sait à quel point il est difficile dans notre pays de réaliser des économies.
Gérer un budget pour l’État, cela signifie prendre des décisions majeures pour l’avenir: quels objectifs poursuit-on ? Dans quel domaine investir ? Quelles dépenses privilégier ? A toutes ces questions, notre gouvernement ne nous donne aucune réponse concrète. Le peuple veut faire des sacrifices mais il veut être sûr que ce gouvernement sait gérer notre Budget. Pour le moment tous les Tunisiens sont méfiants. Un changement complet, énergique de la politique du Gouvernement s'impose. Continuer la politique des mois passés, c'est continuer à s'isoler, à s'épuiser. Il faut que ce gouvernement plonge dans la masse, qu'il développe un programme clair, qu’il lance des mots d’espoirs précis. C'est la condition pour qu'il acquière de nouvelles forces, pour qu'il mène les masses à participer à ses projets. Pour se lier aux masses, il faut en premier lieu que ce gouvernement abandonne toute la politique qui découle de la théorie des philosophies théologiques et il doit se montrer le champion le plus farouche de l'unité nationale.
Payer ou ne pas payer les dettes
J’appelle notre gouvernement de refuser de payer nos dettes envers les pays du nord. Ceci nécessite bien sûr une décision parlementaire. Par contre nous garantissons des compensations commerciales : l'ouverture de notre pays aux produits des pays du nord (surtout aux produits industriels). Je suis très surpris que notre gouvernement veut payer les dettes sans aucun commentaire ! La question des dettes étrangères met en cause tous les intérêts de notre pays, de notre économie pour une longue période, et des intérêts des masses populaires atteintes par la crise dans leur niveau de vie et qui se rebellent spontanément contre cette situation sociale très misérable.
Nous ne sommes pas prêts à un nouveau sacrifice qui doit retomber sur le dos des masses tunisiennes très pauvres. Les dettes que la Tunisie s’est faites au temps de Ben Ali n’ont jamais vu le territoire tunisien. Ils sont encore dans les banques étrangères (la Tunisie s’endettait et la famille Ben Ali s’enrichissait) et les pays du nord l’ont toujours su ! Nous ne voulons pas mendier ! On nous rend nos Milliards de dollars qui nous ont été volés ou on refuse de payer nos dettes. Les pays du nord savent où se trouvent nos Milliards de dollars et ils sont capables de nous les rendre s’ils le veulent. Mais, ils ne veulent pas. Alors nous aussi, nous ne voulons pas payer nos dettes. Nos raisons sont évidentes. Nous réclamons l'annulation générale de nos obligations. Ce sont les pays du nord qui ont soutenu Ben Ali durant deux décénies.
C'est une vérité de conclure que c'est à la masse pauvre et à la classe moyenne de payer en fin de compte les versements des dettes: La diminution des salaires, l'augmentation des impôts, de nouvelles taxes représentant le montant de ces versements. Voilà contre quoi le peuple se dresse déjà, et contre quoi les syndicats doivent guider et éclairer leurs luttes. Les dizaines de Milliards de dette qui doivent être payés aux pays du nord, il faut les investir dans la construction de notre pays.
J’avoue que la politique extérieure de la République tunisienne connaîtra ainsi un climat différent de celui d'hier, rencontrera des difficultés nouvelles, exigera de la part de nos dirigeants un redoublement d'efforts. Mais moi, je considère la décision de ne pas payer nos dettes est un acte politique légitime si nous considérons les causalités récursives et le contexte dans lequel les dettes ont été faites.
Dr. Jamel Tazarki
Allemagne
www.go4tunisia.de
Ecrit par ani 22-03-2012 12:04