Le débat sur la laïcité a dévié, en escamotant la question de fond soit la séparation entre politique et religion, souligne Hatem Chaâbouni, secrétaire d’Ettajdid, chargé de l’information, dont le mouvement prône "un front de la gauche modéré pour faire face aux dangers des partis islamistes qui menacent les acquis modernistes de la Tunisie". Selon ses dires, "l’Islam fait partie de l’identité tunisienne et ne doit pas être monopolisé par un seul parti". Le secrétaire d’Ettajdid évoque "l’alliance objective" entre l’extrême gauche et Ennahdha ayant fait tomber le gouvernement Ghannouchi, qu’il juge "plus mobilisateur" que le gouvernement Caïd Essebsi, "constitué exclusivement de technocrates". Il trouve "excessif" l’article de la nouvelle loi électorale qui prévoit d’interdire aux membres du gouvernement et du RCD pendant les 23 ans du règne de Ben Ali, de se présenter aux élections. Quid de la nouvelle constitution ? "Elle doit intégrer les acquis de la femme, le droit des minorités, et préserver de la liberté de croyance et d’opinion". Entertien.
Le parti Ettajdid s’est retiré du gouvernement, en la personne d’Ahmed Ibrahim, vous vous considérez d’ores et déjà dans l’opposition ?
Dans cette période transitoire, les concepts d’opposition ne sont pas opérationnels. Nous sommes en dehors du gouvernement, mais nous ne sommes pas opposés à ce gouvernement. Nous le jugeons sur les faits. S’il fait quelque chose de positif, nous le soutenons ; s’il fait quelque chose de négatif, nous le disons. Par ailleurs, nous sommes représentés au sein de l’instance supérieure pour la réalisation des objectifs de la révolution, de la réforme politique et de la transition démocratique, qui est un organe du pouvoir de transition.
Vous avez donc contribué à l’élaboration du décret-loi relatif à l'élection de l'Assemblée nationale Constituante ?
Nous avons contribué avec les autres partis à l’élaboration du décret-loi instituant une commission indépendante chargée de la supervision des élections, et de la loi électorale proprement dite, adoptée lundi.
Vous approuvez le décret-loi relatif à l'élection de l'Assemblée nationale Constituante…
Nous l’approuvons globalement. Personnellement, je trouve que l’article qui prévoit d’interdire aux membres du gouvernement et du RCD pendant les 23 ans du règne de Ben Ali, de se présenter aux élections, excessif. Nous aurions préféré que cette interdiction porte sur les dix dernières années de la présidence de Ben Ali, lorsque celui-ci a fait le referendum, et a décidé de se présenter indéfiniment aux présidentielles.
Qu’en est-il du principe de parité homme/femme, ça répond à vos revendications…
Personnellement, je l’approuve. Aux législatives de 1999, j’étais tête de liste du mouvement Ettajdid à la circonscription de l’Airana, où il y avait 5 hommes et 5 femmes. On ne peut qu’approuver la parité homme/femme qui s’inscrit dans ce qu’on appelle la discrimination positive, un principe qui est appliqué aux Etats-Unis, à l’égard des noirs et des minorités.
D’aucuns estiment que cette mesure est parachutée et qu’elle ne vient pas comme l’aboutissement d’un processus…
La discrimination positive suppose, qu’à compétences égales, les gens discriminés positivement, sont beaucoup plus avantagés que les autres. Sans cette manière, on ne serait pas arrivé, les femmes tunisiennes sont éduquées et libres, on peut donc trouver des femmes qui s’imposent et qui le méritent vraiment.
Que pensez-vous du mode de scrutin de liste à la proportionnelle ?
Nous sommes pour ce mode de scrutin, car il avantage beaucoup plus les femmes, et les partis politiques. A l’inverse, si on avait fait des circonscriptions individuelles, on aurait favorisé des individus avantagés pécuniairement ou qui tirent profit de leur position tribale dans certaines régions. Le scrutin de liste avantage les partis politiques par rapport aux indépendants. Ce qui est positif, car, cela nous permettra d’avoir une assemblée constituante avec des membres affichant des positions bien arrêtées, pour qu’ils puissent délibérer objectivement de la constitution qu’on va adopter.
Selon les pronostics, la prochaine assemblée constituante représentera, d’une manière équilibrée, les différentes sensibilités politiques. Pensez-vous qu’elles vont pouvoir, avec des idéologies et des conceptions parfois antinomiques, trouver un terrain d’entente ?
Tout dépendra de la composition de l’assemblée constituante. Nous avons déjà commencé la discussion sur certains points litigieux sur la scène politique dont la question de l’identité, les acquis de la femme qu’il faut introduire dans le texte de la constitution. La discussion a commencé et nous pensons que les terrains d’entente existent. Il y a toutefois des dangers provenant des partis qui veulent faire des pas en arrière et nous espérons que l’on sera vigilant pour que le texte de la constitution soit représentatif de la Tunisie moderne de 2011.
Vous visez qui par les partis qui cherchent à reculer…
Le RCD est exclu du jeu, et il n’y a pas de danger de ce côté-là. Nous craignons les courants rétrogrades sur le plan civilisationnel qui portent atteinte aux acquis modernistes de la Tunisie.
Vous pensez à Ennahdha et aux partis islamiques...
Je pense aux partis islamistes. Bien qu’Ennahdha tienne un discours rassurant, contrairement au parti de libération et aux salafistes.
Mais les derniers sont interdits, et Ennahdha se dit pour la démocratie et la modernité...
Ils sont interdits, mais ils peuvent se présenter aux élections en tant qu’indépendants. Quant à Ennahdha, le problème est qu’il se dit favorable à la démocratie et aux acquis de la Tunisie, mais ses membres ont des discours autres. Un des dignitaires d’Ennahdha, en l’occurrence Moncef Ben Salem, universitaire, a déclaré récemment au journal Echourouk que le code du statut personnel n’est pas sacré, et qu’il doit être amendé en ce sens qu’il a donné des droits excessifs aux femmes, et à rendu le divorce difficile, peut-être qu’il préfère la répudiation. Pour cette raison, nous appelons à la constitution d’un front des forces politiques modernistes pour faire face à tous ces dangers.
Vous prônez un front de gauche ?
Pas spécialement de gauche, mais un front de la gauche modéré et du centre. Puisque l’extrême gauche a noué une alliance objective avec Ennahdha.
Qu’est-ce que vous entendez par alliance objective, et par quoi vous l’expliquez ?
Il y a des gens qui pensent que plus on est radical et protestataire, mieux c’est pour le pays. Tous les radicaux et les protestataires de tous les camps se rallient entre eux. Qui est-ce qui a organisé les Sit-in d’al-Kasbah 1 et 2, n’est-ce pas l’extrême gauche, l’extrême droite et l’UGTT.
Etes-vous contre les Sit-in d’al-Kasbah ?
Ni contre, ni pour. Ils ont fait tomber le gouvernement Ghannouchi qui faisait de bonnes choses. On n’est pas sûr que la formule actuelle d’un gouvernement composé uniquement de technocrates soit meilleure que la formule d’un gouvernement d’union nationale. Mais, on ne va pas réécrire l’histoire. L’essentiel est d’arriver au 24 juillet, jour des élections, sans heurts majeurs entre les différentes composantes politiques.
Vous émettez donc des réserves sur le gouvernement actuel, ne le trouvez-vous pas efficace ?
Il est efficace, mais il n’est pas aussi mobilisateur qu’un gouvernement d’union nationale, où différents partis politiques sont représentés.
C’était juste le PDP, Ettajdid et les ex-RCD, donc on ne peut pas parler véritablement d’union nationale ?
Il y a aussi un troisième parti politique et la centrale syndicale qui se sont retirés après avoir consenti d’y adhérer. A l’époque, les autres partis n’étaient pas encore légalisés, l’idée était de former un gouvernement avec des partis réellement légaux et l’UGTT, mais ça n’a pas marché.
Comment vous évaluez la transition démocratique ?
La transition démocratique est globalement sur la bonne voie. Bien qu’il y ait encore des problèmes liés à l’insécurité et à l’atteinte aux biens des personnes. Dont la clinique de M. Jilani Daboussi, ou une usine dans la région de Sousse qui ont été récemment incendiés. Il y a aussi une certaine lenteur en matière des procédures qui doivent être engagées contre ceux qui ont commis des dépassements ou des assassinats pendant la révolution, ou durant les 23 ans du règne de Ben Ali, où il y a eu des tortures et des assassinats sous la torture. Il faut des enquêtes pour identifier ces gens, les radier des forces de sécurité et puis les juger.
En 1993, Ettajdid, ancien parti communiste tunisien, a rompu avec le communisme, pour s’ouvrir aux forces progressistes. Où est-ce qu’il se positionne dans le nouvel échiquier politique tunisien ?
Nous nous positionnons au centre gauche, la gauche moderne. Nous voulons que les autres partis qui se réclament de cette même mouvance tels que le PDP (Parti démocrate progressiste), le FDTL (Forum démocratique pour le travail et les libertés), et les nouveaux partis se rassemblent dans une alliance, un front. L’objectif de ce front est de donner à la Tunisie une constitution moderne, démocratique, équilibrée et de réaliser les objectifs de la révolution pour la démocratie et la justice sociale. Ce front est capable d’exprimer les aspirations populaires et de protéger la révolution de toutes les dérives possibles.
D’aucuns veulent placer le débat sur la laïcité au devant de la scène, soutenez-vous cette démarche ?
Le débat a déjà eu lieu. J’y ai personnellement contribué il y a trois semaines par un article sur Ettariq Eljadid. Nous pensons que le débat a un peu dévié et s’est transformé en une lutte pour le mot laïcité ou non-laïcité, en se référant au modèle considéré comme étant quasi-unique de la laïcité française. Alors qu’il s’agit de voir les vrais problèmes. Le plus important, à mon sens, est de séparer politique et religion. L’enseignement religieux, la construction et la gestion des lieux de culte doivent rester l’apanage de l’Etat qui lui aussi ne doit pas instrumentaliser la religion. Les partis politiques doivent être sur un même pied d’égalité en ce qui concerne les relations avec la religion. Il n’y a pas un parti qui représente l’Islam et d’autres qui ne le représentent pas. La religion fait partie de l’identité tunisienne et ne doit pas être monopolisé par un seul parti.
D’après ce que vous dites, vous ne seriez pas pour l’amendement de l’article un de la constitution, comme le préconisent certains ?
La formulation de l’article un semble satisfaisante, car elle n’instaure pas un Etat théocratique. Elle résume les composantes de l’identité tunisienne qui sont la langue arabe et la religion musulmane. Il faut aussi sauvegarder l’article 5 qui prévoit la liberté de croyance et d’opinion. On peut aussi intégrer dans le même article le droit des minorités. Nous voulons, de surcroît, que les acquis modernistes de la femme soient intégrés dans la constitution, ainsi que le respect des droits de l’Homme, et les conventions internationales les régissant.
Avez-vous commencé la préparation de votre campagne électorale ?
Nous avons préparé une présentation du parti. Notre but au cours de cette période est de faire connaître notre parti auprès du large public. Car, le blackout médiatique et l’encerclement des locaux sous Ben Ali empêchaient les gens de connaître les partis politiques. Ajoutons à cela, le grand nombre des partis qui se sont créés, ce qui suscite une confusion dans les mentalités. Pour ce qui est de notre programme, il concernera l’élection de l’assemblée constituante, voire quelle constitution nous voulons pour la Tunisie. Nous avons déjà commencé à donner des éléments de réponse, nous allons juste les finaliser dans un texte.
Vous trouvez que le foisonnement actuel des partis politiques est source de confusion…
Le foisonnement des partis politiques est salutaire pendant cette période transitoire. Après les élections, la clarification va se faire. Les partis qui ne vont pas avoir de représentants à l’assemblée constituante n’auront plus de raison d’être. D’après les premiers sondages d’opinion, dont le degré de fiabilité reste à prouver, les partis connus sont ceux qui ont été créés avant la révolution, Ennahdha, Ettajdid, le PDP, le POCT. Les autres ont beaucoup à faire pour être connus et avoir des représentants à l’assemblée constituante.
Un dernier mot ?
Mon dernier mot est d’appeler le peuple à être confiant et vigilant à la fois, et à contribuer à faire réussir cette transition à la démocratie. Les partis politiques, à eux seuls, ne peuvent pas faire réussir cette transition et instaurer une démocratie moderne, pérenne et viable. Le peuple doit faire entendre sa voix.
Propos recueillis par H.J.
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Commentaires
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Ecrit par Musulman. 16-05-2011 09:54
Étant activement recherché, notre martyr et héros émérite Bin Laden, s'est retiré du front. Aussi, dans toute action militaire organisée (et non les initiatives individuelles), il doit y avoir des commandants et Bin Laden était aux commandes.
Ceux qui exécutent ces actions jouissent pleinement de toutes leurs facultés intellectuelles et sont en dehors de toute contrainte. Seulement, ils suivent une jurisprudence comportant des erreurs.
Concernant l'attaque des civils, elle est autorisée et même ordonnée par Le Coran et La Sunna sous certaines conditions. Dieu Dit (وقاتلوا المشركين كافة كما يقاتلونكم كافة) où l'exhaustivité comprend les civils.
D'autre part et dans La Sunna, la conquête de La Mecque s'est produite par l'attaque des civils et s'était résolue sans effusion de sang par la capitulation des incroyants et leur conversion à l'Islam.
Ce que tu dis prouve que tu connais rien de la jurisprudence du Jihad. D'après la jurisprudence Malikite, ce que fait notre martyr et héros émérite Bin Laden n'est actuellement admis qu'en Palestine occupée.
Ecrit par lecteur 15-05-2011 14:53
ils envoient des jeunes endoctrinés se faire exploser dans des lieux publiques qui grouillent de civile et sans crier gare
Ecrit par Musulman. 14-05-2011 12:40
N'est point lâche celui qui combat au front. L'héroïsme de Bin Laden est dans le fait des Ijtihads et de l'application du Jihad. Aucun gouverneur actuel des musulmans n'a décrété le Jihad!
Ecrit par lecteur 13-05-2011 10:30
mais ben laden et sa bande ne peuvent en aucun cas être des héros car se sont des criminels lâches
Ecrit par Musulman. 13-05-2011 07:06
قال الله تعالى :
وَإِن طَآٮِٕفَتَانِ مِنَ ٱلۡمُؤۡمِنِينَ ٱقۡتَتَلُواْ فَأَصۡلِحُواْ بَيۡنَہُمَاۖ فَإِنۢ بَغَتۡ إِحۡدَٮٰهُمَا عَلَى ٱلۡأُخۡرَىٰ فَقَـٰتِلُواْ ٱلَّتِى تَبۡغِى حَتَّىٰ تَفِىٓءَ إِلَىٰٓ أَمۡرِ ٱللَّهِۚ فَإِن فَآءَتۡ فَأَصۡلِحُواْ بَيۡنَہُمَا بِٱلۡعَدۡلِ وَأَقۡسِطُوٓاْۖ إِنَّ ٱللَّهَ يُحِبُّ ٱلۡمُقۡسِطِينَ إِنَّمَا ٱلۡمُؤۡمِنُونَ إِخۡوَةٌ۬ فَأَصۡلِحُواْ بَيۡنَ أَخَوَيۡكُمۡۚ وَٱتَّقُواْ ٱللَّهَ لَعَلَّكُمۡ تُرۡحَمُونَ
روى البخاري في صحيحه عن أنس رضي الله عنه قال: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: انصر أخاك ظالماً أو مظلوماً، فقال: رجل يا رسول الله صلى الله عليه وسلم أنصره إذ كان مظلوماً، أفرأيت إذا كان ظالماً كيف أنصره؟! قال: تحجزه أو تمنعه من الظلم، فإن ذلك نصره.
Ces deux versets de la sourate Al Houjourat et ce Hadith nous précisent les Ordres Divins en la matière desquels est inspirée la philosophie de l'Islam dans ces cas où il apparaît clairement que l'Islam est une religion sociale de la paix et de l'amour. La société musulmane est unie et intègre. Il se produit que, parmi les musulmans, des individus ou un groupe soient des malfaiteurs ou des criminels et il est de notre devoir de les corriger par Ordre Divin (فأصلحوا بينهما). Cette correction peut aller jusqu'à la guerre. Pourquoi les corriger ? Car on les aime de par la fraternité Légiférée par Dieu (إنما المؤمنون إخوة) et aussi car on aime l'humanité et on la préserve des actions erronées de ces musulmans.
D'un point de vue scientifique, il n'existe aucun argument qui fait déchoir le statut de musulman de notre martyr et héros émérite Bin Laden, qu'Allah lui Pardonne et l'Accueille dans Son éternel Paradis. Aussi, aucun être humain n'est capable de connaître avec certitude si une personne déterminée ira au paradis ou en enfer.
Donc, si tu as un frère qui commet de graves erreurs tu devras le corriger pour le sauver, par amour, de l'enfer vers lequel il se dirige et ce, selon l'Islam et surtout ne point le livrer à l'ennemi (trahison suprême). Le soutien indéfectible à l'Islam fait qu'on éloigne les êtres humains (dont surtout les musulmans) de l'enfer pour les rapprocher du paradis par paix et amour et ce par la mentalité d'un Islam social et individuel.
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