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Mardi 11 Décembre 2018         

Grève des fonctionnaires : En perte de souveraineté, la Tunisie astreinte au gel des salaires

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Publié le Jeudi 22 Novembre 2018 à 09:29
Le dialogue est rompu entre le gouvernement et l'UGTT.La grève de la fonction publique n’a pu être évitée. Le gouvernement et la centrale syndicale ne sont pas parvenus à un accord sur les majorations des salaires des fonctionnaires, et leurs positions étaient antinomiques, voire inconciliables. Là où l’UGTT a réclamé instamment  de majorer la paie des cols blancs, et de leur donner du pouvoir d’achat ; le gouvernement a invoqué les difficultés des finances publiques, l’impératif de préserver les équilibres budgétaires, et de respecter les engagements pris par la Tunisie envers le FMI, s’agissant notamment de la baisse la masse salariale, que l’institution de Washington juge parmi les plus élevées au monde par rapport au PIB, et qu’elle n’a eu de cesse, ces dernières années, de presser le gouvernement de tirer vers le bas.

Quelque 670 000 fonctionnaires observent ainsi ce jeudi 22 novembre une grève d’une journée dans l’ensemble des ministères, des administrations centrales et des entités régies par le statut de la fonction publique à travers tout le pays. Ce débrayage ne concerne pas les entreprises publiques, le transport fonctionne normalement avec ses différents modes urbain, interurbain, ferroviaire, maritime, aérien. Idem pour la STEG, la SONEDE…le secteur public ayant déjà fait l’objet d’un accord entre les parties gouvernementale et syndicale, ce qui a entraîné l’annulation de la grève, prévue le 24 octobre dernier.

Les choses ont été plus compliquées pour la fonction publique et les négociations n’ont pu déboucher sur un modus vivendi. Les séances  de négociations tenues entre les deux parties particulièrement celle ayant réuni le chef du gouvernement, Youssef Chahed et le SG de l’UGTT, Noureddine Taboubi, ont été infructueuses, pour discorde de fond sur les sujets mis sur la table.

L’influente organisation syndicale a conséquemment maintenu son préavis de grève lancé il y a presque deux mois, et prévoit au cours de cette journée des rassemblements contestataires, dont le plus important aura lieu au Bardo devant l’ARP au milieu de la matinée. La colère syndicale ne se limitera pas à la paralysie de ce jeudi, l’organisation agite la menace de l’escalade en vue de faire bénéficier les fonctionnaires de leurs droits qu’elle estime légitimes, face à la hausse des prix et au renchérissement de la vie, ayant provoqué une forte dégradation du pouvoir d’achat de la classe moyenne composée, en grande partie, de fonctionnaires, fulmine-t-elle, annonçant la tenue samedi prochain de sa commission administrative, son instance suprême, devant déboucher sur les formes de militantisme à adopter pour ce faire.

Le gouvernement, lui, se résigne au fait accompli, et reconnait la légitimité pour la centrale syndicale d’observer cette grève, un droit constitutionnel. Le ministre des Affaires sociales, Mohamed Trabelsi, qui s’efforce à ménager al-Itihad et à le caresser dans le sens du poil, est allé jusqu’à dire hier, au JT de 20 heures sur al-Wataniya, que "la grève est une forme de négociation", et que la porte du dialogue n’est pas fermée avec l’UGTT, chose à laquelle cette dernière oppose une fin de non-recevoir. La négociation avec le gouvernement sur le dossier de la fonction publique est définitivement close, a asséné ces tous derniers jours Noureddine Taboubi.

Mais pourquoi, les négociations se sont soldées par un échec, et pour quelle raison l’accord conclu dans le secteur public n’a pu être réédité dans la fonction publique, pour éviter cette journée de travail perdu extrêmement préjudiciable pour une économie sous perfusion. La principale raison invoquée par le gouvernement est la situation des finances publiques et des grands équilibres budgétaires, ayant atteint un niveau critique et difficile. La préservation des équilibres macroéconomiques, et le sauvetage de l’économie nationale passent par le respect des engagements envers les bailleurs de fonds, notamment le fonds monétaire international, le crédit qu’il verse par tranches en fonction des résultats de l'action gouvernementale, est indispensable pour renflouer les caisses de l’Etat, en cette période de disette.

Accusé de se soumettre aux injonctions du FMI, d’appliquer sa politique, et de décréter le gel des salaires des fonctionnaires, le gouvernement s’en défend, affirme que sa décision est souveraine et écarte toute ingérence des bailleurs de fonds dans les affaires nationales. Il reconnait néanmoins que toute décision du FMI de suspendre son programme de soutien financier à la Tunisie aura des répercussions redoutables sur la pérennité des équilibres budgétaires, dans la mesure où elle entraînera un effet boule de neige sur les autres institutions financières qui lui emboîteront le pas et couperont les vivres au pays.

Le gouvernement nouvellement remanié et fraîchement confirmé après le vote de confiance du parlement, voit sa marge de manœuvre totalement réduite, et n’a aucunement la possibilité  de se plier aux revendications syndicales, comme c’était le cas pour la période antérieure, et les précédents gouvernements. Signe que la situation est alarmante, que le mode de gestion dans l’urgence ayant fait recette dès le lendemain de la révolution est désormais infaisable, et que le pays n’a aucunement d’autre voie pour s’en sortir qu’en accélérant le calendrier des réformes, suivant une approche concertée et consensuelle. D’autant que la formule des augmentations salariales périodiques suivie à l’envi pendant ces huit dernières années n’a pas évité l’érosion du porte-monnaie du commun des Tunisiens, face à la hausse des prix, à l’ascension continue de l’inflation, à la dépréciation du dinar… autant d’indicateurs qui ont connu une détérioration sans précédent, jamais connue en Tunisie.

Que faire à ce stade, maintenant que la crise a pris des airs plus graves et plus palpables. Il y a deux hypothèses en perspective : la première est que toutes les parties mettent la main dans la main en vue de favoriser la stabilité et la paix civile, et de permettre au nouveau gouvernement d’amorcer cette nouvelle étape par l'action et d’avancer sur l’agenda des réformes, de manière à envoyer des signaux positifs à l’intérieur et à l’extérieur dans le peu de temps qui lui est imparti, une année au plus d’ici les prochaines élections de décembre 2019. La seconde est d’opter pour le bras de fer et l’affrontement, comme l’envisage la centrale syndicale, ce qui serait synonyme d’enlisement. Déjà que le pays a perdu de facto de sa liberté de décision et de sa souveraineté ; tout risque supplémentaire de délitement mettra en péril la pérennité de l’Etat.
H.J.

 

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