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Jeudi 15 Novembre 2018         

La STIR visée par une plainte, le maire et les pêcheurs réclament des indemnisations

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Publié le Mardi 16 Octobre 2018 à 14:35
Le ministère de l’Environnement a déposé une plainte à travers l’Agence Nationale de la Protection de l’Environnement (ANPE) contre la STIR. C’est ce qu’a annoncé le ministre Riadh Mouakher le 15 octobre à Bizerte, lors d’une visite du site pétrolier. La situation semble donc être plus grave que ce qu’on veut nous faire croire. Les plages aux alentours ont été contaminées, et la marée noire ne cesse de se propager jusqu’à aujourd’hui.

L’affaire n’a pas eu beaucoup d’échos au niveau national, malgré la gravité des faits. De nombreuses zones d’ombre restent encore à éclaircir. Où en est-on aujourd’hui ? Enquête sur une catastrophe environnementale que l’on essaie de minimiser.

Plus de 10 jours après les faits, le doute plane toujours autour de la quantité de pétrole déversée dans la mer. Les premiers chiffres officiels ont été annoncés par le gouverneur dès le lendemain de l’incident. Il avait alors confirmé le chiffre de sept tonnes. Difficile à croire quand on se rend aux abords des lieux de l’accident. A plusieurs reprises, Gnet a tenté d’obtenir un rendez-vous avec Salwa Sghaier, PDG de la STIR afin de faire la lumière sur cette affaire. Sans succès. Ses collaborateurs renvoient systématiquement vers leur dernier communiqué datant du 9 octobre dans lequel aucun détail sur les quantités n’est mentionné. C’est finalement l’ANPE qui a trouvé la réponse à cette question essentielle. Contacté par téléphone, Samir Khedhira, Ingénieur technicien chargé du dossier, estime la pollution a environ  25 tonnes. Loin donc des 7 tonnes annoncées au départ.

Où en est-on aujourd’hui ? Selon le dernier communiqué de presse officiel de la STIR, la situation est sous contrôle. Les rejets polluants ont été maîtrisés et les opérations de distribution au niveau national et d’export à l’international continuent leur cours.

Mohamed Gouider, gouverneur de Bizerte, suit de très prês les opérations de dépollution. Il répond aux questions de Gnet. «Nous avons réuni la commission régionale en charge de la pollution marine. Cette commission rassemble toutes les parties concernées par cette affaire. Le ministère de l’environnement, la marine nationale, les ports nationaux et la garde maritime nationale. Nous avons décidé la mise en place d’un plan à la fois terrestre et maritime. On a commencé la lutte dès le premier jour de la catastrophe. Nous avons mis en place des barrages flottants qui mesurent 1600m. Les actions de dépollution ont commencé dès le premier jour.  La STIR a installé cinq appareils de pompage. Nous les avons faits venir de tous les ports du pays. Zarzis, Sfax, Sousse, Rades. Nous avons aussi procédé à la mise en place de papier absorbant afin de récupérer la pellicule d’hydrocarbure qui flotte à la surface. Aujourd’hui (le 12 octobre), nous sommes en mesure de maitriser la quantité de fioul qui a été déversée. Nous avons affrété des embarcations pour le nettoyage de la zone polluée. Nous avons aussi sollicité un bon nombre de pêcheurs du port de pêche de Zarzouna, pour nous aider dans cette tâche ».

Pourtant sur le terrain, c’est une toute autre histoire. Afin de se rendre compte de l’étendue des dégâts, Gnet s’est rendu sur place. Si les autorités tentent de minimiser les impacts, la réalité, elle, ne se cache pas. Les plages de la corniche et de Sidi Salem ont été contaminées. Les digues qui entourent la toute nouvelle marina de Bizerte sont encrassées d’hydrocarbure. Mais les plus gros dégâts ont été constatés autour du quai de la STIR. Le plan d’eau qui l’entoure, a été littéralement transformé en réserve à pétrole, tellement les quantités déversées sont grandes.

Selon la STIR et les autorités locales, les mesures d’urgence ont été prises dans les heures ayant suivi l’accident. En effet, des barrages flottants ont été mis en place, mais d’après les pêcheurs, ceux-ci n’ont été installés que  deux jours après. Béchir est l’un d’entre eux. Nous l’avons rencontré. « Je sors pêcher tous les jours. Et j’ai vu que les barrages flottants n’ont été installés que le samedi, car la veille je n’en ai pas vu ».

L’étendue des dégâts aurait-elle pu être évitée ? La STIR a-t-elle réagi à temps et dans les meilleures conditions ? Pour répondre à nos questions, Gnet s’est tourné vers un cabinet d’experts en environnement. «Les barrages flottants servent à confiner et limiter la propagation des hydrocarbures. Mais pour que cela soit efficace, il faut que ce soit fait de manière très urgente. Au maximum dans l’heure qui a suivi la fuite. Mais là, il  y a eu un temps de latence de la part de la STIR mais également des partenaires de la STIR. Il y a tous les ans des opérations blanches organisées pour se préparer à ce genre de crise. Si l’opération de confinement avait été engagée comme il faut… il n’y aurait pas eu de propagation » nous dit Sami Ben Haj, Ecologue du Cabinet Thetis.

On peut se demander à quoi servent ces opérations blanches si le jour J, on ne les déploie pas comme il faut.
 
Rappelons que cet incident a été provoqué par une fissure d’une citerne servant à stocker le pétrole. Il s’agit donc clairement d’une défaillance dans l’entretien des celles-ci. C’est l’enquête judiciaire qui déterminera les causes de cet accident.

En attendant, la priorité est à la dépollution. Pour cela, la STIR a fait appel à deux sociétés spécialisées qui se chargeront de nettoyer les rochers, les infrastructures et les plages. Cette opération durera entre 3 et 4 mois.

L’ANPE sera seule juge du niveau de dépollution et chiffrera les conséquences de cette fuite en vue des suites pénales financières. Il s’agit du principe de « pollueur/payeur ».

« La pollution, sous toutes ses formes est considérée comme une infraction pénale. A chaque fois que l’on observe des cas, nous dressons un procès-verbal que nous adressons au procureur de la république. Après une enquête approfondie de l’ANPE, c’est la justice qui fixera les dommages et intérêts que la STIR devra débourser », nous explique Samir Khedhira.
Cette marée noire a eu des impacts sur l’environnement, notamment sur la faune et la flore du littoral bizertin. Encore ici, la STIR essaie de minimiser et parle encore aujourd’hui d’un petit accident. Mais les experts s’accordent à dire que les conséquences environnementales ne doivent pas être négligées. « C’est dramatique pour la faune et la flore fixée sur les rochers. Nous n’avons pas beaucoup de population d’oiseaux marins et heureusement. C’est toute la chaîne alimentaire qui est touchée. Les  petits poissons se nourrissent de plantes aquatiques, les prédateurs mangent ces poissons, puis nous les retrouvons dans nos assiettes. Un poisson péché dans une nappe de pétrole, aura un goût de pétrole, c’est une réalité », nous confie Sami Ben Haj.

Un poisson qui évolue en dessous d’une nappe de pétrole sera donc invendable. L’impact de cette fuite aura donc un aspect économique également. Les premiers concernés, les petits pêcheurs. Et ils sont nombreux à Bizerte. Au port de pêche de Zarzouna, voisin direct de la STIR, on ne parle que de ça. GNET a rencontré un groupe pêcheurs au café du port. « La STIR fait comme si ce n’était pas grave. Mais en réalité c’est extrêmement grave. Notre métier est déjà difficile, et nous avons du mal à en vivre. Et cet accident n’a fait qu’aggraver la situation. Il y'a de moins en moins de poissons dans la mer et si elle est polluée bientôt il n’y en aura plus tout. Nous avons retrouvé des poissons morts sur les plages avant même qu’ils ne soient pêchés. Et nos bateaux ont été salis par les nappes d’hydrocarbure qui sont à la surface. Nous demandons à la STIR de nous indemniser ».

Autre acteur touché par la marée noire, la municipalité de Bizerte. Celle-ci intervient avec les moyens dont elle dispose, à savoir au niveau du nettoyage des plages. Mais c’est aussi l’image de la ville qui est mise en jeu. Rappelons que la ville accueillera à partir du 20 octobre le Forum international de la mer où il sera notamment question de la protection des littoraux. Kamel Ben Amor, Maire de Bizerte, se confie à Gnet. « Nous voulons des compensations financières suite à l’accident. Nous allons demander au ministère de l’environnement de faire l’évaluation des dégâts et nous allons les chiffrer. Je regrette que d’ici le forum de la mer, ça ne sera pas réglé car les interventions sont beaucoup trop importantes. Il reste encore beaucoup de travail à faire. Mais le premier problème reste environnemental. Nos plages ont été touchées et surtout la zone touristique. Par chance, le Vieux Port a été épargné ».

La STIR tente encore de minimiser les impacts. Elle aurait du fournir plus d’efforts en terme de communication, notamment avec la société civile et les différentes parties prenantes.
Wissal Ayadi



















 

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