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Samedi 25 Mai 2013         

Tunisie/Développement régional : Le possible et le souhaitable

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Publié le Dimanche 17 Avril 2011 à 16:10
Depuis près de trois mois, le discours politique, toutes tendances confondues, accorde un intérêt particulier au développement régional. Convaincus que les résultats des élections à venir seront étroitement liés à l’audibilité et la crédibilité des engagements sur ce dossier, les politiciens, les intellectuels et les leaders d’opinion se positionnent sur cette thématique de manière très perceptible. C’est ainsi que certains parlent de «développement local», d’autres d’«équilibre régional» ou de «promotion des régions défavorisées» quand d’autres enfin, évoquent la nécessité de «nouvelles approches en vue d’un développement équitable des régions». Si personne ne conteste l’urgence de cette question éminemment politique, il n’en demeure pas moins que l’audibilité ne doit pas y primer sur la crédibilité.

À travers le monde d’aujourd’hui, le développement local figure parmi les priorités de tous les gouvernements, indépendamment de leurs idéologies ou de leurs niveaux de développement. A l’instar de l’emploi et de la protection de l’environnement, le développement local est devenu une préoccupation universelle. L’affirmer haut et fort, c’est bien, le traduire dans les faits c’est mieux. Pour ma part, je pense que la gestion de ce dossier brûlant doit être précédée, en Tunisie, par un grand effort de communication ayant pour objectif de rappeler aux uns et aux autres quelques évidences. D’abord, il n’est pas possible de gommer les écarts entre les régions, notamment entre le littoral et l’intérieur. Je propose à ceux qui le contestent de considérer le cas des Etats-Unis et d’observer les écarts qui existent entre les Etats de la côte est ou de la côte ouest et ceux de l’intérieur. En France, un touriste peut douter que Nice et Clermont-Ferrand ou Saint-Etienne appartiennent à un même pays. Au risque de choquer, je pense que le littoral est voué à bénéficier d’avantages comparatifs structurels qu’il convient au mieux de confiner dans des limites acceptables. Ensuite, et au risque de choquer encore, j’ajoute que les gouvernements qui se sont succédé depuis l’indépendance ont fait des choix en partie discutables, mais dans l’ensemble recevables. Dès les années 1960, la Tunisie a mis en œuvre une politique de pôles de développement avec, entre autres, les investissements de l’industrie papetière à Kasserine et celle de la sidérurgique à Menzel Bourguiba. L’implantation de l’industrie chimique à Sfax a été le fait de la France en tant que puissance occupante et les gouvernements de l’indépendance ne pouvaient que faire dans la continuité. Plus tard, le complexe chimique de Gabès était géographiquement et économiquement justifié. Je comprends le dépit des habitants de ces deux grandes villes mais ces industries chimiques ne pouvaient pas être implantées à Hammamet ou à Bizerte. Le lancement de la zone touristique de Tozeur Nefta a précédé celui de Mahdia.

En d’autres termes, j’estime qu’en cinquante ans de développement régional, la Tunisie a commis de nombreuses erreurs mais elle n’a pas «tout faux». Enfin, s’il est vrai que le développement local peut être porté par des investissements étrangers ou extra régionaux, cela n’apporte qu’une partie de la réponse. Au risque de choquer encore une fois, je dirai que le principal moteur de ce développement est une bourgeoisie locale agissante. Alors n’insultons pas les bourgeois et la bourgeoisie comme certains révolutionnaires seraient tentés de le faire et faisons en sorte que les bourgeoisies de KASSERINE, THALA ou SIDI BOUZID soient de plus en plus entreprenantes.

En conclusion, la grande question du développement local, qui va consommer beaucoup d’encre et vraisemblablement de nombreux ministres, doit être posée avec le moins de démagogie possible. Le développement local est un travail de longue haleine et ce n’est pas un gouvernement qui est en place depuis moins de deux mois qui va effacer les écarts et transformer des contrées attardées en locomotives de la croissance économique. Le gouvernement actuel a d’ores et déjà entamé des efforts en la matière, en révisant les dotations budgétaires initialement attribuées aux régions. Faire en sorte que les gouvernorats non-côtiers bénéficient en 2011 de plus des trois quarts de ces dotations, est une décision visible et lisible. Par contre, continuer à réclamer la concrétisation immédiate de projets de développement qui n’existent même pas encore dans les songes relève de la démagogie et du populisme. Or aujourd’hui, nous avons besoin d’éviter de susciter des attentes démesurées qui risquent d’alimenter des déceptions du même ordre.

Sami Boussoffara

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Commentaires 

 
+1 #20 Tunisie/Développement
Ecrit par Touhami Garnaoui     02-05-2011 10:58
Le développement économique et social est lié aux réformes constitutionnelles et administratives qui doivent déterminer en particulier les pouvoirs, les attributions et les moyens financiers de l'Etat et des Autorités locales (Régions, communes et petites communes). C'est tout un travail nécessaire à faire. Un exemple: ce n'est pas aux gouvernorats actuels (préfectures qui dépendent du Ministère de l'Intérieur) de s'occuper du développemnt économique, social et culturel, mais aux Autorités régionales et municipales librement élues par les citoyens, et aux Autorités nationales compétentes.
 
 
+1 #19 VOUS ETES A COTE
Ecrit par NAJWA     29-04-2011 10:16
Monsieur si vous regardez un peu l'histoire de la Tunisie vous verrez comment Kairouan, une ville non côtiere a été le coeur battant de la civilisation arabo-musulmane sous le règne des Aghglabites, un centre nevralgique de l'economie , du commerce de la culture etc... donc ce n'est pas une malédiction que d'être une ville régionale et de subir le sort que connaît aujourd' hui Kasserine par exemple et juste au cas ou vous l' oublirez, Bourgoisie ou pas si ce n est Kasserine qui s'est mise debout, vous ne seriez probablement pas là pour écrire cet article, Oh pardon, je me trompe, ces lignes feraient bien plaisir a Ben Ali....
 
 
+1 #18 Repenser la périphérie!
Ecrit par Femme du Sud     26-04-2011 08:02
Tout à fait d'accord avec l'auteur de cet article. Mais....une nouvelle approche de la "périphérie" doit commencer dans la tête de la "bourgeoisie" dite tunisoise et autre! Tant que le tunisien dit "bourgeois", arriviste, snob et consommiste se condidère dans sa tête comme un être supérieur à tous les humains du "Rif" - rien ne changera. Il gardera son complexe de supériorité et son manque de culture pour toujours.
 
 
-1 #17 Toujours entre les mêmes mains
Ecrit par Ben Arfa     25-04-2011 16:54
Monsieur Nouri Jouini qui a été pendant 10 ans ministre du développement régional a été un bon liquidateur de cette notion. Il n'a rien fait ou proposé pour les régions de l'intérieur et il en a été récompensé par une longévité incomparable avant d'être reconduit après la révolution puis nommé conseiller chez Caïd Essebsi justement en développement régional en attendant d'être nommé à la tête d'une banque de la place. avec de l'ancien peut-on faire du nouveau. La Tunisie est-elle si dépouvue d'hommes compétents.
 
 
+1 #16 Un travail de fond
Ecrit par Mohamed     22-04-2011 19:33
Le développement régional n'est pas seulement une question de répartition de projets, de richesses et de budgets mais aussi et surtout une question de déconcentration administrative et de décentralisation institutionnelle. A commencer par la question essentielle de l'augmentation des attributions des conseils régionaux et des municipalités. Or, aucun parti n'en parle clairement et encore moins le gouvernement de transition.
 
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