Depuis près de trois mois, le discours politique, toutes tendances confondues, accorde un intérêt particulier au développement régional. Convaincus que les résultats des élections à venir seront étroitement liés à l’audibilité et la crédibilité des engagements sur ce dossier, les politiciens, les intellectuels et les leaders d’opinion se positionnent sur cette thématique de manière très perceptible. C’est ainsi que certains parlent de «développement local», d’autres d’«équilibre régional» ou de «promotion des régions défavorisées» quand d’autres enfin, évoquent la nécessité de «nouvelles approches en vue d’un développement équitable des régions». Si personne ne conteste l’urgence de cette question éminemment politique, il n’en demeure pas moins que l’audibilité ne doit pas y primer sur la crédibilité.
À travers le monde d’aujourd’hui, le développement local figure parmi les priorités de tous les gouvernements, indépendamment de leurs idéologies ou de leurs niveaux de développement. A l’instar de l’emploi et de la protection de l’environnement, le développement local est devenu une préoccupation universelle. L’affirmer haut et fort, c’est bien, le traduire dans les faits c’est mieux. Pour ma part, je pense que la gestion de ce dossier brûlant doit être précédée, en Tunisie, par un grand effort de communication ayant pour objectif de rappeler aux uns et aux autres quelques évidences. D’abord, il n’est pas possible de gommer les écarts entre les régions, notamment entre le littoral et l’intérieur. Je propose à ceux qui le contestent de considérer le cas des Etats-Unis et d’observer les écarts qui existent entre les Etats de la côte est ou de la côte ouest et ceux de l’intérieur. En France, un touriste peut douter que Nice et Clermont-Ferrand ou Saint-Etienne appartiennent à un même pays. Au risque de choquer, je pense que le littoral est voué à bénéficier d’avantages comparatifs structurels qu’il convient au mieux de confiner dans des limites acceptables. Ensuite, et au risque de choquer encore, j’ajoute que les gouvernements qui se sont succédé depuis l’indépendance ont fait des choix en partie discutables, mais dans l’ensemble recevables. Dès les années 1960, la Tunisie a mis en œuvre une politique de pôles de développement avec, entre autres, les investissements de l’industrie papetière à Kasserine et celle de la sidérurgique à Menzel Bourguiba. L’implantation de l’industrie chimique à Sfax a été le fait de la France en tant que puissance occupante et les gouvernements de l’indépendance ne pouvaient que faire dans la continuité. Plus tard, le complexe chimique de Gabès était géographiquement et économiquement justifié. Je comprends le dépit des habitants de ces deux grandes villes mais ces industries chimiques ne pouvaient pas être implantées à Hammamet ou à Bizerte. Le lancement de la zone touristique de Tozeur Nefta a précédé celui de Mahdia.
En d’autres termes, j’estime qu’en cinquante ans de développement régional, la Tunisie a commis de nombreuses erreurs mais elle n’a pas «tout faux». Enfin, s’il est vrai que le développement local peut être porté par des investissements étrangers ou extra régionaux, cela n’apporte qu’une partie de la réponse. Au risque de choquer encore une fois, je dirai que le principal moteur de ce développement est une bourgeoisie locale agissante. Alors n’insultons pas les bourgeois et la bourgeoisie comme certains révolutionnaires seraient tentés de le faire et faisons en sorte que les bourgeoisies de KASSERINE, THALA ou SIDI BOUZID soient de plus en plus entreprenantes.
En conclusion, la grande question du développement local, qui va consommer beaucoup d’encre et vraisemblablement de nombreux ministres, doit être posée avec le moins de démagogie possible. Le développement local est un travail de longue haleine et ce n’est pas un gouvernement qui est en place depuis moins de deux mois qui va effacer les écarts et transformer des contrées attardées en locomotives de la croissance économique. Le gouvernement actuel a d’ores et déjà entamé des efforts en la matière, en révisant les dotations budgétaires initialement attribuées aux régions. Faire en sorte que les gouvernorats non-côtiers bénéficient en 2011 de plus des trois quarts de ces dotations, est une décision visible et lisible. Par contre, continuer à réclamer la concrétisation immédiate de projets de développement qui n’existent même pas encore dans les songes relève de la démagogie et du populisme. Or aujourd’hui, nous avons besoin d’éviter de susciter des attentes démesurées qui risquent d’alimenter des déceptions du même ordre.
Sami Boussoffara
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Commentaires
Ecrit par Touhami Garnaoui 02-05-2011 10:58
Ecrit par NAJWA 29-04-2011 10:16
Ecrit par Femme du Sud 26-04-2011 08:02
Ecrit par Ben Arfa 25-04-2011 16:54
Ecrit par Mohamed 22-04-2011 19:33