Tunisie : Quelques pistes de réflexions sur la transition démocratique |
|
|
|
Publié le Vendredi 08 Avril 2011 à 11:20 |
Quelle constitution ? Quel régime politique ? Quel mode de scrutin? Quelles coalitions ? Voici les quelques questions simples en apparence, mais oh combien complexes et décisives, pour nous et pour les générations futures et auxquelles nous devons répondre avant et après le rendez-vous qu’a pris notre pays avec l’histoire le 24 juillet 2011 avec les premières élections libres et démocratiques pour la mise en place d’une assemblée constituante.
Je commencerai par le mode de scrutin spécifique à cette élection de l’assemblée constituante. Vu que la mission principale de cette constituante est la mise en place d’une nouvelle constitution, le préalable pour la réussite de cette mission est l’obtention d’une entente nationale la plus large possible pour définir le tronc commun de la Tunisie nouvelle et les principes communs du vivre-ensemble de la 2ème république : l’Etat, les pouvoirs, la séparation des pouvoirs et les contre-pouvoirs, les institutions, la citoyenneté, l’identité…
Et afin de réussir cette mission, il faut qu’elle soit la plus consensuelle possible ! En effet, je crois que la priorité pour cette assemblée constituante est la représentativité la plus large possible de tous ceux qui pèsent plus de 5% des voies par exemple, à l’échelle régionale, afin que l'entente nationale la plus large possible soit obtenue à l’intérieur de l’assemblée constituante. En effet, les débats de fonds contradictoires doivent avoir lieu à l’intérieur de cette assemblée et non à l’extérieur dans la rue si des parties estiment qu'elles n'ont pas été représentées dans de cette assemblée.
C’est pourquoi et comme l’imminent professeur, Si Iadh Ben Achour, je pense que le mode de scrutin le plus adéquat spécifiquement pour cette élection du 24 juillet est le mode proportionnel par listes régionales, car la priorité des priorités pour la nouvelle assemblée est la représentativité pour atteindre la vraie entente nationale nécessaire pour la mise en place de la nouvelle constitution beaucoup plus que la stabilité politique avec une majorité hégémonique.
Quant aux appréhensions des indépendants d’être exclus par l’adoption du mode de la proportionnelle, je leur réponds qu'ils doivent faire des listes par circonscriptions ou même intégrer les partis les plus proches de leurs orientations politiques, économiques et sociales, car nul part dans le monde, on ne peut construire une vraie démocratie sans des partis démocratiques importants. A ces partis également de faire les efforts nécessaires dans les mois qui nous séparent du 24 juillet pour intégrer les indépendants, les jeunes, les femmes et les régions et surtout pour constituer des grandes coalitions au nombre de 3 ou 4 au maximum, dont le centre gauche regroupant les partis de Ben Jaafer, Chebbi, Brahim et Marzouki.
Concernant l’article premier de la constitution, comme l’a si bien rappelé le premier ministre M. Béji caid Essebsi, notre identité arabo-musulmane est une ligne rouge et non négociable. Je ne me retiens pas de voir et de revoir la citation du grand Bourguiba des années 60, même si je ne partage pas ses dérives non démocratiques, lors d’une interview à une chaîne française dont la vidéo circule actuellement sur Facebook : « La Tunisie n'est pas un pays laïc, la Tunisie est un pays musulman progressiste, c'est ça son originalité, une lecture moderne et éclairée de l'Islam qui n'est pas le monopole des lectures traditionnelles et archaïques!». Nous devons dire au monde que nous sommes des arabo-musulmans qui respectent la démocratie, la modernité, les libertés individuelles et collectives dont les libertés d’expression et de culte, la séparation et l’indépendance des pouvoirs et tous les principes universels, démocratiques et libéraux.
Quant au choix entre régime parlementaire et régime présidentiel qui se posera à la nouvelle assemblée constituante, ce qui est certain, sans se noyer dans le débat complexe technico-constitutionnel, c’est que le peuple tunisien a déjà dit son mot : il refuse le pouvoir absolu individuel despotique pratiqué depuis 55 ans par deux présidents monarchiques et pour cela un parlement fort et pluraliste avec une majorité forte qui exerce le pouvoir et une opposition forte qui exerce un contre-pouvoir est plus que nécessaire pour atteindre la démocratie tant rêvée.
Tunisien Libre
Soyez des journalistes citoyens
Cette rubrique est aussi la vôtre. Si vous souhaitez exprimer vos coups de cœur, coups de gueule ou revenir sur n’importe quel sujet qui vous tient à cœur, un événement qui vous interpelle, vous pouvez le faire en nous faisant parvenir vos écrits en cliquant ici.
GlobalNet se fera un plaisir de les publier, avec ou sans la signature de leurs auteurs. Vous avez tout à fait le droit de garder l’anonymat ou de signer avec un pseudo.
|
Commentaires
Ecrit par Evan 09-05-2011 12:48
-l’économie est au ralenti
-l'ordre n'est pas rétabli sur le territoire
-des éléments de l'Ancien Régime sont à la manœuvre pour contrer la Révolution -un conflit grave se déroule à nos frontières dont on n'a pas encore vu toutes les conséquences
-les prix des matières premières augmentent partout dans le monde et grèvent notre économie déjà en grande difficulté...
Le contexte est plus propice à trouver un consensus national pour faire face aux urgences du moment. Malgré toutes les divergences d'opinion qui peut exister entre nous. Et ce n'est pas le gouvernement et l'appareil d’État (qu'on n'a pas encore régénéré) qui nous aidera à consolider les acquis de la Révolution si l'on se déchire.
Ce qui ne cherchent qu'à s'imposer et qu'à se promouvoir (au prétexte de la religion ou d'une idéologie) dans un contexte aussi critique frôlent la faute historique
Ecrit par zzzzzzzzzz 11-04-2011 18:04
la tunisie est un pays musulman
99% des tunisiens sont musulmans
c est la majorité,
en démocratie c est majorité qui compte.
si vous convainquez de voter pour votre partie laique (be sa7tek)
c est pas seulement la religion qui impose la loi, il y a aussi la moral
je ne croie qu'au temps des berbère les couples avaient le droit de vivre en concubinage.
l'intérêt de la majorité prime sur l'intérêt des personnes en occurrence le votre.
Ecrit par TunisieLaique 11-04-2011 12:10
Utiliser le mot "tolérance" à tort et à travers ne suffit pas pour prouver qu'il y en aura bien une au final.
En parlant de sanguinaire, ça me fait surtout penser aux conquêtes musulmanes, ou aux attentats terroristes commis tous les jours au nom de l'islam.
C'est bien beau d'évoquer l'histoire, mais le monde arabo-musulman n'a absolument rien accomplis depuis des centaines d'années, enfermé dans un immobilisme religieux.
Quand à la période "glorieuse" du monde-arabo-musulman, j'en retiens surtout que plusieurs cultures ont été éradiquées à jamais par les conquérants musulmans qui ont imposé leur langue et leur religion et effacé tout le reste.
Ecrit par Ali 10-04-2011 22:17
Ecrit par TunisieLaique 10-04-2011 17:03
OUI, "laïcité" est un mot franco-français, mais derrière, se cache un concept adopté par TOUS les pays développés: la séparation de la religion et de l'état.
Ce concept a été adopté par les USA, le Japon, la Corée, la Chine, et même Israël...
Pour prendre en exemple les USA, ça n'empêche pas une grande majorité d'américains d'être croyants et d'aller à l'église chaque dimanche, mais ça permet de ne pas imposer leurs croyances à la minorité qui en a d'autres.
Ce qui est marrant avec les musulmans, c'est qu'ils prétendent tous que l'islam est cette belle religion d'amour, de paix et de tolérance... mais dès qu'on pose les questions qui fâchent, l'intolérance ressort tout de suite.
Pourquoi doit-on continuer à subir vos croyances dans la vie de tous les jours, ou dans le mariage et l'héritage?
Pourquoi un couple d'athées n'a-t-il pas le droit de vivre en concubinage?
Pourquoi une femme tunisienne ne peut-elle pas se marier avec un non-musulman si elle le souhaite?
Pourquoi ne reçoit-elle que la moitié de l'héritage?
C'est ça que vous appelez "tolérance"???
Pourquoi refusez-vous la séparation de l'état et de la religion?
Les pays développés ont compris il y a très longtemps que c'était une étape NECESSAIRE au développement.
Elle ne menace en RIEN les croyances existantes ou l'identité ou quoi que ce soit, mais permet d'avoir une vraie démocratie républicaine qui n'est pas basée sur des préceptes archaiques, qui veille aux droits de tous (y compris les minorités), et permet à chacun de pratique la religion qu'il souhaite, aussi minoritaire soit-elle.
Tant que la majorité des tunisiens aura une mentalité aussi intolérante et obtue que la votre, la Tunisie restera un enfer sous-développé, totalement invivable pour les gens comme moi.
@anis: les athées attachés à la culture musulmane? Ben voyons...
Pour finir, une citation à méditer...
"Je me plais à croire que nous sommes tous deux athées. Je crois juste en un dieu de moins que vous. Quand vous comprendrez pourquoi vous rejetez tous les autres dieux possibles, vous comprendrez pourquoi je rejette votre dieu."