sur   
Suivez-nous
Accueil l Temps Fort l National l Monde l Sport l Net & Informatique
Jeudi 19 Janvier 2017         

Tunisie : Bourguiba génétiquement démocrate

Imprimer Envoyer
Publié le Dimanche 08 Avril 2012 à 19:05
Habib Bourguiba.Je sais que la cacophonie qui prévaut actuellement à chaque fois qu’on cite le nom de Bourguiba, donne l’impression aujourd’hui qu’un témoignage ou toute autre analyse de son œœuvre peut paraitre comme une rengaine d’un air du temps.

N’empêche que par honnêteté intellectuelle, je me dois de répondre à la question qui me taraude depuis le 14 janvier : est-ce que mon option pour le bourguibisme au mois de Mai 1976 était le choix de l’autoritarisme et de la dictature ?

Lorsque je vois parader actuellement des jeunes, et des moins jeunes marteler et vociférer que notre pays a vécu 60 ans de dictature et de misère, je ressens aux fins fonds de moi-même une grande colère et aussi beaucoup de tristesse et surtout énormément d’amertume.

Je me vois encore dans la manifestation du premier Mai 76 à Paris où les Tunisiens formaient 4 ou 5 rangées et moi qui débarquait la veille d’Alger, étais ébloui par la participation cosmopolite et l’encadrement des syndicalistes français et surtout par cet air de fraternité et de camaraderie qui se dégageait de la foule participante, d’autant plus que c’était la première fois que j’assistais à une marche de cette ampleur : c’était inimaginable à Tunis ou à Alger.

Mais j’ai dû déchanter très vite, puisque la manifestation venait à peine de démarrer que chaque rangée de Tunisiens exhibait ses propre pancartes et criait ses propre slogans :les uns insultaient les maoïstes les autres s’en prenaient aux communistes et d’autres qui exprimaient leur solidarité avec les Palestiniens comme d’autres avec les Vietnamiens et je passe sur les qualificatifs par lesquels chaque groupuscule interpellait son voisin d’à côté ou du devant.

Moi, membre du comité universitaire provisoire et président de la section de l’UGET d’Alger à l’époque pensait que la préoccupation majeure des militants à Paris était la situations catastrophique des étudiants à Tunis et la situation des libertés dans notre pays et je n’avais jamais pensé que la légitimité de Trotski ou celle de Staline dans l’historique des luttes des peuples avait une quelconque importance.

C’était donc une opposition morcelée et déconnectée des préoccupations des Tunisiens ; mais ce qui me préoccupait le plus c’était le fait qu’aucune des composantes de cette diaspora politique ne croyait en la démocratie et tous pensait que la démocratie et les droits de l’homme ne sont que des illusions données aux peuples par les bourgeoisies et les occidentaux pour mieux dominer les peuples et la vraie démocratie pour les gens de gauche était la dictature prolétarienne tandis que pour les quelques zeitouniens qui étaient à Alger l’avenir était dans la charia.

J’ai remarqué aussi à quel point les quelques supporters de Ahmed Mestiri étaient vilipendés. Je ne veux pas m’étendre sur l’inféodation des personnalités politiques aux régimes en place à Damas, Baghdad, Alger et autres partis socialistes et communistes européens.

Dans l’offre politique d’en face à l’époque , il y avait le régime bourguibien qui réprimait toutes les libertés et qui m’avait arrêté à trois reprises et m’avait obligé à m’exiler à Alger.

Je veux rapporter une remarque qui m’était faite par feu docteur Tijani el Haddam, ambassadeur d’Algérie en Tunisie à l’époque, et qui était un ami de tous les habitants de Rasjebel parce qu’il s’était réfugié dans ce village lors de la lutte du peuple algérien, il m’avait dit –« si tu observes bien tous les régimes en place dans les pays arabes, aucun des présidents en place ne propose à son peuple un modèle sociétal cohérent pour les 20 ans à venir ».
Je n’ai jamais oublié cette remarque et 3 ans après, lorsque je devais choisir mon itinéraire politique : le critère déterminant devait être le choix sociétal.
Il était évident pour moi que la gauche, toutes tendances confondues, ne croyait pas en la démocratie et au-delà elles n’ont aucune considération pour l’être humain en tant qu’individu et pire il aspirait à bâtir une société uniforme et monochrome et pour avoir côtoyé les gens de l’Europe de l’Est. J’avais une idée de ce qui était un Russe ou un Bulgare, c’est-à-dire incolore et inodore.

Pour ce qui est des nationalistes arabes, je peux affirmer qu’ils ne voyaient l’avenir de notre pays que sous domination militaire comme à Damas ou à Baghdad.

Par ailleurs, j’avais vu de mes propres yeux les potences installées dans une place publique et qui avaient servi à pendre des Syriens en plein centre-ville à Damas, j’ai vu aussi comment il était interdit d’approcher de 100 mètres du siège du Baâth, j’ai vu de mes propres yeux la police syrienne contrôler tous les faits et gestes de pratiquement chaque individu.
A Alger, j’ai vu comment les étudiants algériens nous regardaient lorsqu’on préparait une quelconque activité ou collions une affiche, on était regardés comme des extra-terrestres parce que les étudiants algériens n’avaient pas le droit à un syndicat estudiantin ou à une activité politique à part celle encadrée par le FLN.

Les étudiants marocains nous racontaient ce que Hassen 2 faisaient des militants arrêtés et on connaissait le sort réservé aux militants d’ANFAS.
A Damas, Alger, Tripoli, on suffoquait, aucune joie de vivre ; bref aucune comparaison avec ce qui se passait à Tunis.
Il était évident pour moi que je ne pouvais pas sacrifier ma vie pour transposer le modèle russe, chinois, syrien ou irakien en Tunisie.
J’ai considéré que la libération de la femme, la démocratisation de l’enseignement, l’accès aux premiers soins, ajoutés à la tolérance de Bourguiba ne pouvaient inéluctablement que nous amener à une société ouverte et polychrome.

En résumé, il m’est apparu que Bourguiba , nonobstant les restrictions qu’ils imposait aux libertés , il jetait les bases d’une démocratie dont la concrétisation devait être à la charge de la génération suivante.

Ma conclusion était que le régime bourguibien était génétiquement démocratique et ceci contrairement à ses adversaires qui était génétiquement despotiques.

J’ai pris la décision de rentrer à Tunis en prenant le risque de subir les affres des pratiques policières et c’est Bourguiba, en personne, et sur une intervention de feu Hassen Belkhodja qui a décidé de m’épargner et on m’a seulement saisi mon passeport. J’ai décidé librement et sans aucune condition d’adhérer au parti destourien tout en limitant mes activités à mon village.

Franchement, aujourd’hui je ne regrette rien, sauf de ne pas avoir eu assez de courage pour dénoncer les atrocités de Ben Ali ; et aujourd’hui je me rends compte que rien ne peut justifier mon silence ; même pas le combat contre les islamistes.
En somme, nous aurions pu faire notre 14 janvier avec moins de dégâts et beaucoup plus tôt et c’est certainement ce que se reprochent les destouriens aujourd’hui.

Honnêtement, le pays a besoin, aujourd’hui, plus que jamais du bourguibisme parce que elle est encore la seule philosophie génétiquement démocratique. Les autres sont, dans les meilleurs des cas des reconvertis à la démocratie, et dans les pire des cas des démocrates par opportunisme...
Lamine

Soyez des journalistes citoyens
Cette rubrique est aussi la vôtre. Si vous souhaitez exprimer vos coups de cœur, coups de gueule ou revenir sur n’importe quel sujet qui vous tient à cœur, un événement qui vous interpelle, vous pouvez le faire en nous faisant parvenir vos écrits en cliquant  ici.
GlobalNet se fera un plaisir de les publier, avec ou sans la signature de leurs auteurs. Vous avez tout à fait le droit de garder l’anonymat ou de signer avec un pseudo.

 

Commentaires 

 
+2 #11 Bourguiba est mort le Bourguibisme restera etarnel
Ecrit par chokri.cj     27-06-2012 19:53
J'invite tous les tunisiens a méditer sur la vision de Bourguiba, le seul Hanibal de notre histoire.
Le Bourguibisme est la seule solution politique de l'essor de notre société au vues de sa situation géologique et sociale.
Le Bourguibisme prône le réel progrès tous en respectant nos fondamentaux arabo-musulman éclairé et non rétrograde tel que Nahdha et Ghannouchi veulent nous renvoyer; une société ou nous aurions que la misère à partager.
Ghannouchi a la même vision que Berkeley; une soumission totale du peuple à sa vision concoctée avec les plus grands dictateurs du moyen orient. NO PASARAN
Vous allez connaitre le vrai visage de Ghannouchi la cause de tous les maux de la tunisie et 1er admirateur de ZABA. Tunisien vous allez vivre la pire des dictature avec Ghannouchi et sa pieuvre Ennahdha.
 
 
-1 #10 LE VRAI VISAGE
Ecrit par assadik     26-05-2012 08:49
 
 
+4 #9 Un peu tiré par les cheveux.
Ecrit par lepoko     11-05-2012 11:13
Si Lamine, vous dites, indirectement, que Bourguiba proposait "...à son peuple un modèle sociétal...". Supposons que c'est le cas. Qui vous dit que le peuple adhérait à son modèle? comment l'a-t-il fait? A quel prix? Qui vous dit que d'autres leaders n'avaient pas un modèle de société à proposer? In fine, a-t-il réussi à imposer le modèle de société? Je n'en suis pas si sûr.Quels sont les conséquences? Dictature sanguinaire pour certains, Corruption dans tous les rouages de l’État, Vie culturelle limitée à 3 grandes villes max. Tissu économique TRES MODESTE pour un pays ayant 57 ans d'indépendance. Arrivée d'un IGNARE à la tête de l’État. Apparition d'extrémistes religieux WAHABISTES, et PIRE, suite à la lutte sans merci contre la ZITOUNA... Les Bons coté? Il y en a plusieurs. Le problème c'est qu'il est impossible d'affirmer qu'il était le seul à pouvoir faire ce qu'il a fait. Car il a éliminé toute personne qui osait le concurrencer (de tous bords gauche, droite, nationalistes). Bourguiba ne doit son salut qu'au fait que celui qui l'a succédé à été pire que lui. De même il n'a pas profité pour s'enrichir. Malgré tout ça j'aime beaucoup Bourguiba (tout en étant critique)
 
 
0 #8 RE: Tunisie : Bourguiba génétiquement démocrate
Ecrit par Montygolikely     23-04-2012 22:38
Oui, mais imbu de sa personne, c'est pour ça qu'il nous a légué Ben Ali...
 
 
-1 #7 Le petit pere du peuple
Ecrit par Dutrou     23-04-2012 10:04
Votre point de vue et votre temoignage sont sans aucun doute sinceres et vos idees respectables...mais...
Bourguiba etait un activiste instruit comme peu de tunisiens et avait compris que l'evolution d'une nation telle que la sienne etait entravee par la culture, il a aussi compris que la seule facon de conduire son pays dans une direction favorable ne pouvait se faire que par un autoritarisme dictatorial. La chance de la tunisie est que dans l'ensemble les choix de Bourguiba ont porte!
 
Ces commentaires n'engagent que leurs auteurs, la rédaction n'en est, en aucun cas, responsable du contenu.

Ajouter un Commentaire

Code de sécurité
Rafraîchir

 
  • Sur le vif
  • Temps fort
  • National
  • Monde
  • Sport
  • Net & Info
 Lire aussi



GlobalNet - 53, Rue des Minéraux, La Charguia I 2035 Tunis, Tunisie ( Plan d'accès )
Hotline commerciale : 70 132 133 - Hotline technique : 70 132 131 - Hotline réabonnement : 70 132 100
E-mail : globalnet@gnet.tn  - Fax : (216) 70 014 040
© Copyright GlobalNet 2006 : Fournisseur d'accès Internet en Tunisie - ADSL Tunisie . All rights reserved